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Chères amies, chers amis, chers visiteurs inconnus, voilà plus de deux mois que je suis arrivé à Saint-André… Déjà. Le temps du jardin est un temps bien à part, beaucoup d’entre vous le connaissez et l’expérimentez. Vous l’aurez compris, les jardins de Saint-André m’ont complètement accaparé !

Face à la difficulté croissante de tenir chacune et chacun au courant, j’ai décidé de tenir ce « blog-journal » de mes travaux, afin de partager avec vous, en textes et en images, ce qui fait le quotidien de ma vie dans les Jardins de l’Abbaye Saint-André. Comme l’annonce le titre, je me laisserai aller, de temps en temps, à quelques réflexions sur mon travail, sur ce que je découvre dans les jardins, les beautés et les cruautés du monde végétal, parfois aussi les beautés et les cruautés des humains qui passent par ici ! Bref, attendez-vous parfois à un billet d’humeur. Ceux qui me connaissent ne s’en étonneront pas ! Et à l’occasion, j’aurai aussi plaisir à partager avec vous quelques émerveillements de lectures, mon autre jardin…

Enfin, pour les chanceux qui ont le privilège d’avoir fait sa connaissance, ce blog vous permettra de suivre les aventures hortésiennes de Balthazar, un chat heureux…

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Deuxième moment solennel

Je reviendrai bientôt sur le sujet (problématique) des parterres de rosiers du Jardin italien mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette grande nouvelle : le paillage tant attendu des parterres à débuté ce matin !

DSC00864L’entreprise villenevoise Coop-élagage nous a livré de bonne heure un plein camion de broyât de peuplier tout frais. Gustave Viennet, propriétaire des lieux, m’a efficacement prêté main forte pour l’épandre aussitôt sur le premier parterre.

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Nous espérons beaucoup que cette opération, que nous répèterons régulièrement dans les années à venir, permettra de renouveler en profondeur un sol totalement épuisé et dans lequel les rosiers ne trouvent plus la matière organique nécessaire à leur croissance (il faudrait dire à leur survie !) Par ailleurs, le paillage protègera le sol des intempéries (nous savons désormais qu’il est néfaste de laisser les sols nus), permettra de limiter l’évaporation de l’eau d’arrosage mais aussi la réverbération excessive de la chaleur et de la lumière par une terre composée essentiellement de sable.

 

« Le Mistral en son jardin » accompagné d’une digressions sur le thème « Pas de fleurs en été : quel scandale ! »

Depuis mon arrivée à Saint-André je redécouvre les joies du Mistral, composante essentielle et incontournable d’un jardin provençal, ains que la règle du 3/6/9 (la tradition locale indique que si au bout de trois jours le vent n’est pas tombé, il continue de souffler trois jours de plus et… ainsi de suite ! Cette règle ne se vérifie pas toujours et il arrive que le Mistral ne se lève que pour quelques heures).

Eté comme hiver, il est là, il plie, brise parfois, gèle ou assèche. Impossible, donc, de compter sans lui.

Il a soufflé fort pendant ces deux derniers jours et semble s’être calmé aujourd’hui pour laisser place à une brise agréable et bienvenue sous laquelle on pressent toutefois la chaleur : ce matin les cigales chantent déjà depuis une bonne heure !

Au matin du premier jour de vent, vendredi, la température avait chuté de presque dix degrés en une nuit : brutalité des amplitudes thermiques dont nous nous ressentons tous, humains, animaux et plantes. Mais pas de répit pour le jardin : s’il n’est pas séché par la grosse chaleur, il l’est tout aussi efficacement (sinon davantage) par le Mistral !

Ce sujet me donne l’occasion d’une digression (mais qui est en fait le véritable objet de cet article) sur le refrain régulièrement entendu :

« Pas de fleurs en été : quel scandale ! » 

Le vent (comme la chaleur et la sècheresse) façonne le jardin et sa physionomie, vérité parfois difficile à transmettre à certains visiteurs qui s’attendent à trouver un jardin anglais, normand ou maralpin (navré, les jardins de Saint-André ne sont pas implantés à Saint-Jean-Cap-Ferrat…)

Pour répondre efficacement (du moins de l’espère) à cette injuste indignation, j’ai écrit le texte qui suit à l’intention des visiteurs. Ce texte est remis à chacun d’entre eux avant qu’ils ne débutent leur visite :

« Visiteurs des mois d’été, vous serez peut-être surpris de trouver peu de fleurs dans le jardin. Quelques mots de botanique pour vous aider à comprendre !

Les jardins de l’Abbaye Saint-André ne sont pas seulement méditerranéens mais typiquement provençaux, soumis aux conditions climatiques spécifiques à cette région : vents violents fréquents (Mistral et Tramontane), soleil brûlant, sècheresse excessive, tous ces éléments concourent à faire de l’été une saison aussi rude, pour les plantes, que l’hiver. Le printemps est ainsi la saison la plus propice aux floraisons.

La production d’une fleur demande beaucoup d’énergie aux plantes et fleurir en été équivaudrait pour elles à se mettre en danger de mort. Les plantes ne sont pas folles ! Pour survivre, en été comme en hiver, elles se mettent au repos et se protègent, en un mot elles s’économisent. Il n’est d’ailleurs pas rares, avec le redoux de l’automne, de voir une remontée de végétation et de fleurs, comme un deuxième printemps après l’âpreté de l’été. En contre-partie, comme souvent en Méditerranée où les feuillus caducs sont rares, le jardin est sempervirens, toujours vert et cette caractéristique de jardin vert est particulièrement sensible en hiver et… en été.

En vertu des enjeux écologiques (gestion de l’eau) mais aussi économiques actuels, il nous semble plus sage de ne pas aller contre la nature mais d’accepter ses rythmes propres et de nous y adapter. C’est cette démarche que vous souhaiterions partager ici avec vous. Toutefois, et malgré les contraintes incontournables liées au climat du lieu, nous travaillons à l’introduction de variétés susceptibles de pouvoir fleurir au plus chaud de l’été tout en étant autonomes en matière d’eau (concept du jardin sec) mais il faut savoir que ces variétés sont rares sous nos latitudes. Nous les cherchons activement pour vous ! »

Espérons que ces efforts pédagogiques porteront leurs fruits !

Planter, déplanter, replanter…

Au début du mois d’avril, après avoir désherbé les quatre parterres de rosiers du Jardin italien, une de mes premières tâches a consisté à replanter une centaine de pieds de

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santolines qui composent les bordures de ces parterres. C’était sans compter sur les conditions climatiques provençales que j’avais un peu oubliées après un séjour de presque 10 ans à Paris : le sud-est n’est pas l’Île-de-France. Et je constate, première leçon, qu’il est déjà trop tard pour planter au début du mois d’avril. La grande chaleur, arrivée brutalement, a grillé sur place nos pauvres santolines, qui n’ont pas eu le temps de s’installer.

A cela s’ajoutent des conditions pédologiques peu favorables, j’aurais l’occasion d’y revenir bientôt lorsque je vous parlerai plus précisément du défi qui se présente à nous dans les parterres de rosiers. Le sol, vraisemblablement « importé » de la plaine du Rhône au moment de la création du Jardin italien, est essentiellement composé de sable et de limon et par conséquent d’une pauvreté extrême. Cette pauvreté en matière organique, si elle pose problème aux rosiers, ne devrait pas en poser aux santolines, habituées aux sols ingrats. Une autre caractéristique de ce sol est de ne pas retenir l’eau et de s’ouvrir en séchant. dsc02350.jpgExposé en permanence au plein soleil, la terre se fend et forme ainsi de nombreuses poches d’air autour des mottes des jeunes santolines qui n’ont pas pu développer leur système racinaire.

Je viens donc de passer ces deux derniers jours à déplanter les santolines pour les remettre en pots : bassinage intensif, paillage, rabattage drastique, mise à l’ombre, j’espère que ces soins permettront de les sauver pour une replantation ultérieure à l’automne qui semble désormais la saison la plus appropriée pour les plantation sous ces latitudes. Je ne manquerai pas de vous donner de leur nouvelles dans les semaines qui viennent.

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Joies simples du jardinier

Depuis deux jours me voilà équipé d’un objet simple mais qui change la vie : un dévidoir de tuyau sur roues ! Il me permet désormais d’arpenter allègrement le jardin pour venir en aide aux assoiffés qui ne bénéficient pas de l’arrosage automatique (notamment les plantes en pots) sans avoir à porter à bout de bras une vingtaine de mètres de tuyau (très lourds lorsqu’ils sont encore remplis d’eau…) Je n’ai pas pu résister au plaisir de vous le présenter.

Moment solennel

Aujourd’hui, l’arrosage automatique des massifs les plus sensibles du jardin est totalement opérationnel ! Le réseau primaire avait été installé cet hiver. Il y a quinze jours, une entreprise locale est venu installer les réseaux secondaires dans les différents massifs. Ce soir, point d’orgue de l’opération, j’ai paramétré les programmateurs de chaque secteur : me voilà pour l’essentiel libéré des séances d’arrosage au tuyau, ce qui me rendra disponibles pour d’autres tâches au jardin. Ce n’est pas du luxe puisque la radio ou la télévision ont dû vous informer que nous battions des records de chaleur à Avignon ces jours-ci… 38° au plus chaud de la journée un 13 juin : l’été débute en fanfare et avant l’heure.

Il s’agit d’un arrosage au goutte-à-goutte enterré, ce qui garantira un arrosage copieux et en profondeur, avec des taux d’évaporation moindres. Ce sont les parterres de rosiers du jardin italien qui inaugurent cette nuit notre tout nouveau système !

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Température prise à l’ombre aujourd’hui en fin d’après-midi… En plein soleil, rajouter quelques degrés supplémentaires !

Les microbes sont nos amis…

En prélude à un futur article consacré à l’épineuse question : est-il pertinent de vouloir appliquer le concept de propreté au jardin ? je vous conseille l’écoute de la dernière émission d’Alain Kruger (On ne parle pas la bouche pleine sur France Culture tous les dimanches à midi), qui recevait Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle : « Ces microbes qui donnent du goût à nos vies ». Passionnant.

« On ne parle pas la bouche pleine », dimanche 11 juin 2017

Où l’on comprend qu’un monde sans bactéries est un monde… sans vie !