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Chères amies, chers amis, chers visiteurs inconnus, voilà plus de deux mois que je suis arrivé à Saint-André… Déjà. Le temps du jardin est un temps bien à part, beaucoup d’entre vous le connaissez et l’expérimentez. Vous l’aurez compris, les jardins de Saint-André m’ont complètement accaparé !

Face à la difficulté croissante de tenir chacune et chacun au courant, j’ai décidé de tenir ce « blog-journal » de mes travaux, afin de partager avec vous, en textes et en images, ce qui fait le quotidien de ma vie dans les Jardins de l’Abbaye Saint-André. Comme l’annonce le titre, je me laisserai aller, de temps en temps, à quelques réflexions sur mon travail, sur ce que je découvre dans les jardins, les beautés et les cruautés du monde végétal, parfois aussi les beautés et les cruautés des humains qui passent par ici ! Bref, attendez-vous parfois à un billet d’humeur. Ceux qui me connaissent ne s’en étonneront pas ! Et à l’occasion, j’aurai aussi plaisir à partager avec vous quelques émerveillements de lectures, mon autre jardin…

Enfin, pour les chanceux qui ont le privilège d’avoir fait sa connaissance, ce blog vous permettra de suivre les aventures hortésiennes de Balthazar, un chat heureux…

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Après l’été…

Chères lectrices, chers lecteurs, comme vous avez pu vous en apercevoir, je n’ai pas tenu ma promesse du partage (presque) quotidien de mes activités aux Jardins de Saint-André. Peut-être ai-je été victime de cet été caniculaire provençal dont j’avais perdu l’habitude, après presque dix ans d’étés franciliens ?… Mais me revoilà et je vais tenter de rattraper le retard accumulé.

Ceci dit, comme vous le savez en bons amateurs de jardins que vous êtes, l’été n’est pas la saison des grands travaux et remaniements : tout le monde se repose, ou plutôt se protège, se met à l’abri, tente de survivre aux températures et à la sècheresse estivales :

Dans la région méditerranéenne, la mauvaise saison n’est pas l’hiver mais l’été, c’est pourquoi beaucoup de végétaux méditerranéens pour lesquels la période de végétation débute à l’automne ont accompli leur cycle de reproduction avant la fin du printemps et ont disparu de la surface du sol en été.

(Maurice Reille, Dictionnaire visuel des plantes de la garrigues et du Midi, Les Editions Ulmer, Paris, 2016, p.8)

Pour résumer la situation d’un point de vue météorologique, il n’a pas vraiment plu à Villeneuve-lès-Avignon depuis la fin du mois de mai et nous avons subi des températures exceptionnellement élevées (un relevé dans les parterres de rosiers du jardin italien, en début d’après-midi un jour de juin indiquait 47° C.) Et les spécialistes nous expliquent que ce qui jusque-là était exceptionnel allait devenir la règle… A bon entendeur, salut ! A ce sujet, je vous conseille l’écoute ou la réécoute d’une émission de France Culture diffusée cet été : https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre-dete/changement-climatique-le-temps-de-ladaptation

Mère Nature ne nous a gratifié que d’un orage sec au mois d’août, plein d’espérances déçues. Et nous attendons toujours la pluie.

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J’ai donc passé l’essentiel des mois d’été un tuyau d’arrosage à la main, afin d’aider au mieux les végétaux les plus fragiles et les plus vulnérables du jardin, notamment ceux qui sont en pots. Toutefois, quelques travaux typiquement estivaux m’ont bien occupé : taille des rosiers non-remontants, division des iris, taille des santolines, travaux auxquels je consacrerai des articles spécifiques.

Mais l’automne est là — enfin ! — et depuis quinze jours environs les températures ont très sensiblement chuté. Le jardin revit, et le jardinier avec ! Et en effet, comme on me l’avait dit, l’automne est comme un second printemps après les rigueurs de l’été : le jardin refleurit, la fraîcheur suffisant à lui donner un regain d’énergie.

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Les rosiers du Jardin italien refleurissent de manière inespérée : le goutte-à-goutte enterré et le paillage leur ont permis de supporter l’épreuve de l’été et ils nous remercient aujourd’hui avec générosité !

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Signe que l’automne est là, la floraison spectaculaire et soudaine des Sternbergia lutea (plante vivace bulbeuse de la famille des Liliaceae ou Amaryllidaceae, selon la classification phylogénétique), appelés Vendangeuses ou, improprement, Crocus d’automne, puisqu’il ne s’agit absolument pas d’un Crocus !

Lyristes plebejus

Sous ce titre énigmatique (peut-être pas pour tout le monde), j’inaugure une nouvelle catégorie de messages : « Parisiens, tendez vos mannes. » Les lecteurs d’Alphonse Daudet auront reconnu une citation du « Curé de Cucugnan », dans les « Lettres de mon moulin » :

Tous les ans, à la Chandeleur, les poètes provençaux publient en Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu’aux bords de beaux vers et de jolis contes. Celui de cette année m’arrive à l’instant, et j’y trouve un adorable fabliau que je vais essayer de vous traduire en l’abrégeant un peu… Parisiens tendez vos mannes. C’est de la fine fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois…

Je vous laisse découvrir (ou re-découvrir) la suite du fabliau dans le volume des « Lettres » qui doit certainement se trouver sur les rayonnages de votre bibliothèque.

Je me propose ainsi de partager avec vous des réalités spécifiquement méditerranéennes, au fil de mes découvertes, curiosités et selon les circonstances saisonnières.

Je commence donc en vous présentant Lyristes plebejus, la Cigale plébéienne, à la fois si familière et méconnue. La forte chaleur de ces derniers jours a provoqué une véritable explosion démographique de la population cigale dans le jardin et cela me donne l’occasion de vous dire quelques mots de cet insecte touchant et admirable (quoiqu’en dise et en pense Monsieur de la Fontaine).

La femelle Lyristes plebejus (famille des Cicadidae) pond ses œufs (environ 600) dans les tiges des arbres, arbustes et plantes herbacées. Les larvules qui naissent de ces œufs subissent une première mue (et acquièrent ainsi des pattes) et se laissent tomber dans le sol dans lequel elles vont s’enfoncer grâce à une paire de pattes fouisseuses.

La larve vit sous terre au moins deux ans, tout en subissant quatre autres mues. Aveugle, vivant isolément, elle creuse des terriers individuels à proximité des racines qui lui procurent la sève dont elle se nourrit. Après la quatrième mue, la larve passe au stade de larve nymphoïde et remonte à la surface en laissant dans le sol des trous caractéristiques.

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L’imago au sortir de l’exuvie

Sortie de terre, cette larve grimpe sur un support (souvent végétal : plante à développement bas mais aussi sur la base des troncs d’arbres ; parfois, comme ici, sur le pied d’une table…) et effectue sa dernière mue, la mue imaginale. L’imago apparaît en environ une quinzaine de minutes abandonnant l’exuvie, la peau morte de la larve nymphoïde.

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Exuvies

Trois heures après, l’imago acquiert sa pigmentation compète ainsi que l’usage de ses ailes. Elle présente la physionomie définitive de la cigale qui a notamment abandonné la paire de pattes fouisseuses qui ne lui sont plus d’aucune utilité.

Dès lors, la cigale entre dans la dernière période de sa vie, la plus courte puisqu’elle ne vit que deux à quatre semaines, le temps de se reproduire. Dès sa sortie de terre et une fois la dernière mue effectuée, le mâle commence à chanter ce qui s’apparente bel et bien à un chant du cygne…

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Je dois à l’exposé de Manuel Ibanez (publié sur le site de l’OnEm, Observatoire Naturaliste des Ecosystèmes Méditerranéens, http://www.onem-france.org/cigales/files/Expose_Cigales_MI.pdf) ma toute fraîche connaissance des cycles de la vie de Lyristes plebejus.

Photos : Olivier Ricomini

Deuxième moment solennel

Je reviendrai bientôt sur le sujet (problématique) des parterres de rosiers du Jardin italien mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette grande nouvelle : le paillage tant attendu des parterres à débuté ce matin !

DSC00864L’entreprise villenevoise Coop-élagage nous a livré de bonne heure un plein camion de broyât de peuplier tout frais. Gustave Viennet, propriétaire des lieux, m’a efficacement prêté main forte pour l’épandre aussitôt sur le premier parterre.

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Nous espérons beaucoup que cette opération, que nous répèterons régulièrement dans les années à venir, permettra de renouveler en profondeur un sol totalement épuisé et dans lequel les rosiers ne trouvent plus la matière organique nécessaire à leur croissance (il faudrait dire à leur survie !) Par ailleurs, le paillage protègera le sol des intempéries (nous savons désormais qu’il est néfaste de laisser les sols nus), permettra de limiter l’évaporation de l’eau d’arrosage mais aussi la réverbération excessive de la chaleur et de la lumière par une terre composée essentiellement de sable.

 

« Le Mistral en son jardin » accompagné d’une digressions sur le thème « Pas de fleurs en été : quel scandale ! »

Depuis mon arrivée à Saint-André je redécouvre les joies du Mistral, composante essentielle et incontournable d’un jardin provençal, ains que la règle du 3/6/9 (la tradition locale indique que si au bout de trois jours le vent n’est pas tombé, il continue de souffler trois jours de plus et… ainsi de suite ! Cette règle ne se vérifie pas toujours et il arrive que le Mistral ne se lève que pour quelques heures).

Eté comme hiver, il est là, il plie, brise parfois, gèle ou assèche. Impossible, donc, de compter sans lui.

Il a soufflé fort pendant ces deux derniers jours et semble s’être calmé aujourd’hui pour laisser place à une brise agréable et bienvenue sous laquelle on pressent toutefois la chaleur : ce matin les cigales chantent déjà depuis une bonne heure !

Au matin du premier jour de vent, vendredi, la température avait chuté de presque dix degrés en une nuit : brutalité des amplitudes thermiques dont nous nous ressentons tous, humains, animaux et plantes. Mais pas de répit pour le jardin : s’il n’est pas séché par la grosse chaleur, il l’est tout aussi efficacement (sinon davantage) par le Mistral !

Ce sujet me donne l’occasion d’une digression (mais qui est en fait le véritable objet de cet article) sur le refrain régulièrement entendu :

« Pas de fleurs en été : quel scandale ! » 

Le vent (comme la chaleur et la sècheresse) façonne le jardin et sa physionomie, vérité parfois difficile à transmettre à certains visiteurs qui s’attendent à trouver un jardin anglais, normand ou maralpin (navré, les jardins de Saint-André ne sont pas implantés à Saint-Jean-Cap-Ferrat…)

Pour répondre efficacement (du moins de l’espère) à cette injuste indignation, j’ai écrit le texte qui suit à l’intention des visiteurs. Ce texte est remis à chacun d’entre eux avant qu’ils ne débutent leur visite :

« Visiteurs des mois d’été, vous serez peut-être surpris de trouver peu de fleurs dans le jardin. Quelques mots de botanique pour vous aider à comprendre !

Les jardins de l’Abbaye Saint-André ne sont pas seulement méditerranéens mais typiquement provençaux, soumis aux conditions climatiques spécifiques à cette région : vents violents fréquents (Mistral et Tramontane), soleil brûlant, sècheresse excessive, tous ces éléments concourent à faire de l’été une saison aussi rude, pour les plantes, que l’hiver. Le printemps est ainsi la saison la plus propice aux floraisons.

La production d’une fleur demande beaucoup d’énergie aux plantes et fleurir en été équivaudrait pour elles à se mettre en danger de mort. Les plantes ne sont pas folles ! Pour survivre, en été comme en hiver, elles se mettent au repos et se protègent, en un mot elles s’économisent. Il n’est d’ailleurs pas rares, avec le redoux de l’automne, de voir une remontée de végétation et de fleurs, comme un deuxième printemps après l’âpreté de l’été. En contre-partie, comme souvent en Méditerranée où les feuillus caducs sont rares, le jardin est sempervirens, toujours vert et cette caractéristique de jardin vert est particulièrement sensible en hiver et… en été.

En vertu des enjeux écologiques (gestion de l’eau) mais aussi économiques actuels, il nous semble plus sage de ne pas aller contre la nature mais d’accepter ses rythmes propres et de nous y adapter. C’est cette démarche que vous souhaiterions partager ici avec vous. Toutefois, et malgré les contraintes incontournables liées au climat du lieu, nous travaillons à l’introduction de variétés susceptibles de pouvoir fleurir au plus chaud de l’été tout en étant autonomes en matière d’eau (concept du jardin sec) mais il faut savoir que ces variétés sont rares sous nos latitudes. Nous les cherchons activement pour vous ! »

Espérons que ces efforts pédagogiques porteront leurs fruits !

Planter, déplanter, replanter…

Au début du mois d’avril, après avoir désherbé les quatre parterres de rosiers du Jardin italien, une de mes premières tâches a consisté à replanter une centaine de pieds de

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santolines qui composent les bordures de ces parterres. C’était sans compter sur les conditions climatiques provençales que j’avais un peu oubliées après un séjour de presque 10 ans à Paris : le sud-est n’est pas l’Île-de-France. Et je constate, première leçon, qu’il est déjà trop tard pour planter au début du mois d’avril. La grande chaleur, arrivée brutalement, a grillé sur place nos pauvres santolines, qui n’ont pas eu le temps de s’installer.

A cela s’ajoutent des conditions pédologiques peu favorables, j’aurais l’occasion d’y revenir bientôt lorsque je vous parlerai plus précisément du défi qui se présente à nous dans les parterres de rosiers. Le sol, vraisemblablement « importé » de la plaine du Rhône au moment de la création du Jardin italien, est essentiellement composé de sable et de limon et par conséquent d’une pauvreté extrême. Cette pauvreté en matière organique, si elle pose problème aux rosiers, ne devrait pas en poser aux santolines, habituées aux sols ingrats. Une autre caractéristique de ce sol est de ne pas retenir l’eau et de s’ouvrir en séchant. dsc02350.jpgExposé en permanence au plein soleil, la terre se fend et forme ainsi de nombreuses poches d’air autour des mottes des jeunes santolines qui n’ont pas pu développer leur système racinaire.

Je viens donc de passer ces deux derniers jours à déplanter les santolines pour les remettre en pots : bassinage intensif, paillage, rabattage drastique, mise à l’ombre, j’espère que ces soins permettront de les sauver pour une replantation ultérieure à l’automne qui semble désormais la saison la plus appropriée pour les plantation sous ces latitudes. Je ne manquerai pas de vous donner de leur nouvelles dans les semaines qui viennent.

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Joies simples du jardinier

Depuis deux jours me voilà équipé d’un objet simple mais qui change la vie : un dévidoir de tuyau sur roues ! Il me permet désormais d’arpenter allègrement le jardin pour venir en aide aux assoiffés qui ne bénéficient pas de l’arrosage automatique (notamment les plantes en pots) sans avoir à porter à bout de bras une vingtaine de mètres de tuyau (très lourds lorsqu’ils sont encore remplis d’eau…) Je n’ai pas pu résister au plaisir de vous le présenter.

Moment solennel

Aujourd’hui, l’arrosage automatique des massifs les plus sensibles du jardin est totalement opérationnel ! Le réseau primaire avait été installé cet hiver. Il y a quinze jours, une entreprise locale est venu installer les réseaux secondaires dans les différents massifs. Ce soir, point d’orgue de l’opération, j’ai paramétré les programmateurs de chaque secteur : me voilà pour l’essentiel libéré des séances d’arrosage au tuyau, ce qui me rendra disponibles pour d’autres tâches au jardin. Ce n’est pas du luxe puisque la radio ou la télévision ont dû vous informer que nous battions des records de chaleur à Avignon ces jours-ci… 38° au plus chaud de la journée un 13 juin : l’été débute en fanfare et avant l’heure.

Il s’agit d’un arrosage au goutte-à-goutte enterré, ce qui garantira un arrosage copieux et en profondeur, avec des taux d’évaporation moindres. Ce sont les parterres de rosiers du jardin italien qui inaugurent cette nuit notre tout nouveau système !

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Température prise à l’ombre aujourd’hui en fin d’après-midi… En plein soleil, rajouter quelques degrés supplémentaires !

Les microbes sont nos amis…

En prélude à un futur article consacré à l’épineuse question : est-il pertinent de vouloir appliquer le concept de propreté au jardin ? je vous conseille l’écoute de la dernière émission d’Alain Kruger (On ne parle pas la bouche pleine sur France Culture tous les dimanches à midi), qui recevait Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle : « Ces microbes qui donnent du goût à nos vies ». Passionnant.

« On ne parle pas la bouche pleine », dimanche 11 juin 2017

Où l’on comprend qu’un monde sans bactéries est un monde… sans vie !