Le Jardin du Feu

Le Jardin du Feu (cf. n° 4 sur le plan) est une petite « cellule régulière » incluse dans le jardin méditerranéen qui, comme je l’écrivais, s’apparente davantage à une garrigue jardinée. Il est implanté sur le lieu où, vraisemblablement, les bénédictins faisaient leur feu. Il semblerait aussi que le premier aménagement de cet espace soit dû à Elsa Kœberlé, ce qui explique peut-être son caractère régulier et italianisant, comme une réponse, dans la partie haute des jardins, aux jardins italiens situés en contrebas des terrasses.

Ce jardin est aménagé de manière classique selon un plan en croix : quatre parcelles irrégulières bordées de buis réparties symétriquement autour d’un espace central circulaire. Au centre du jardin, une grande vasque moderne ornée d’un bas-relief évoquant les Vestales. Le Jardin du Feu est situé en contrebas de l’oliveraie, au pied d’un mur de pierres sèches orné, sur sa margelle, de quatre vases Médicis. Le long de ce mur, à l’ouest, est plantée une haie de cyprès (Cupressus sempervirens non fastigiés). Au sud, bordant le chemin longeant le jardin, une haie de cyprès fastigiés (Cupressus sempervirens var. stricta). Le fond du jardin, au nord, est fortement marqué par l’oblique de la colline, soulignée par un mur en pierres sèches ; ce massif tout en pente est planté de cyprès, d’oliviers et d’un tapis de Ceratostigma plumbaginoides qui apprécient cette exposition ombragée et relativement fraîche, offrant en été une belle floraison bleue et à l’automne un feuillage rouge éclatant. Derrière ce massif, courant le long du mur d’enceinte nord, un chemin particulièrement attachant (un de mes lieux préférés dans le jardin ! mais j’aurai l’occasion de vous en reparler bientôt) qui conduit jusqu’à la chapelle Sainte-Casarie). Faisant couronne à l’ensemble, une strate arbustive essentiellement composée de Viburnum tinus (Laurier tin), de Rhamnus alaternus (Nerprun alaterne), et de quelques Pittosporum tobira. Enfin, chacune des quatre parcelles étaient plantées de lavandes (essentiellement Lavendula angustifolia).

Comme dans d’autres parties du jardin, il a fallu procéder à un « rajeunissement » de l’ensemble : la croissance excessive des végétaux, des semis spontanés et quelques plantations « intempestives » avaient gommé la structure du jardin. Ainsi, la haie de cyprès, tous très sénescents, masquait entièrement le mur et la vue sur l’oliveraie qui surplombe le jardin. Les vues traversantes sur le paysages (notamment à l’est, vers le Mont Ventoux) étaient perdues, ainsi que la perception de l’oblique qui marque le fond du jardin. Enfin, au sud, la plantation trop serrée des cyprès — qui produisent une ombre très compacte — empêchait la lumière de s’introduire dans le jardin, au grand dam des lavandes qui ne parvenaient plus à se développer.

Ce chantier a donc été le premier de l’automne et j’ai été efficacement secondé dans ce travail par une stagiaire, Kathleen Personnic, en formation au CFPPA d’Avignon (BTSA « Aménagement paysager » en formation continue), qui m’a été d’une aide précieuse pendant les quinze jours qu’elle a passés à Saint-André au début de l’automne.

Les travaux de taille, d’élagage et d’abattage ont été complétés par l’arrachage des lavandes qui, pour la majorité d’entre elles, étaient arrivées en bout de course. Quelques-unes semblaient pourtant avoir été plantées relativement récemment mais sans réussir à s’enraciner. Pauvreté du sol, manque de lumière ou plantation hâtive sans dé-chignonage préalable (certains pieds présentaient en effet un étranglement du collet par une racine) ? IMG_20171023_094831Il ne faut écarter aucune de ces hypothèses. Les lavandes les plus robustes ont été conservées pour être replantées dans les massifs de Sainte-Casarie (que je vous présenterai dans un prochain article).

Nous avons décidé, avec les propriétaires, de ne pas replanter de lavandes pour le moment. J’ai donc proposé, pour tenter de redonner vie à un sol très appauvri et très pulvérulent, de semer un engrais vert, essentiellement composé de céréales et de fabacées (Avoine, Seigle, Lentille, Serradelle, Trèfle incarnat, Vesce, Epinard, Lin, Moutarde, Phacélie, Sarrasin). J’ai procédé au semis après une légère préparation des parcelles au motoculteur. Je craignais d’avoir fait ce semis trop tard dans la saison mais la douceur exceptionnelle de cet hiver et quelques pluies bienfaisantes sont venues à ma rescousse : quelle n’a pas été ma joie, au courant du mois de décembre, de voir apparaître une légère brume verte à la surface du sol !

En début de floraison, IMG_20171116_085708je faucherai et enfouirai superficiellement les coupes préfanées. Pour le printemps, je pense semer un mélange de prairie fleurie adaptée aux terrains secs, mélange que je compte agrémenter copieusement de coquelicots pour réchauffer ce jardin dédié au feu. Toutes ces opérations ont pour but de préparer le terrain en vue de l’élaboration d’un plan de plantation plus pérenne et réfléchi, qui tiendra compte des contraintes pédologiques du lieu, des contraintes d’exposition et qui, espérons-le, honorera dignement la mémoire du feu des bénédictins !

 

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Etat mars 2017
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Etat novembre 2017

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Faire entrer de la lumière…

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La haie de cyprès à l’ouest
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Retrouver les vues

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Histoire d’un semis…

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Janvier 2018. Vu depuis l’oliveraie. On aperçoit l’ombre portée particulièrement dense des cyprès plantés en bordure du jardin. Mais aussi, la petite brume verte du semis qui a levé…

Topographie des Jardins de l’Abbaye Saint-André

Les Jardins de l’Abbaye Saint-André sont implantés au sommet du Mont-Andaon, grand promontoire rocheux qui surplombe Villeneuve-lès-Avignon et la vallée du Rhône. L’abbaye et le bourg qui s’était établi à son ombre ont été fortifiés à partir du début du XIVe siècle, dans le contexte du conflit qui opposait le roi de France au pape installé en Avignon (pour un exposé plus complet de l’histoire du lieu, je me permets de vous renvoyer au site officiel de l’abbaye  : http://www.abbayesaintandre.fr/histoire/).

Les jardins s’organisent sur deux niveaux, qui se distinguent nettement l’un de l’autre grâce aux grandes terrasses, supportées en leur extrémité est par des voutes, édifiées par les moines bénédictins mauristes au XVIIIe siècle et destinées à gagner de la surface sur la colline pour y construire un ensemble monumental de bâtiments conventuels, aujourd’hui disparus.

Dans la partie basse (à la porte d’entrée de l’Abbaye), l’altitude est de 55 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans la partie la plus haute (chapelle Sainte-Casarie), elle est de 70 mètres (données Géoportail).

La partie inférieure du jardin a été aménagée (à partir des années 1920) en Jardins italiens par Elsa Kœberlé (1881-1950). Ils se composent au sud, le long du rempart, d’une promenade ouvrant sur Avignon et la vallée du Rhône et, pris entre cette promenade et les terrasses, d’un ensemble très architecturé : parterres de rosiers en éventail (Elsa Kœberlé était passionnée par les éventails et les collectionnait), deux bassins, deux massifs d’iris et une pergola, initialement plantée de vigne, adossée à la terrasse. L’ensemble ponctué régulièrement de cyprès d’Italie et agrémenté de quelques statues soigneusement choisies : Diane au centre de l’éventail de parterres de rosiers ; Cérès, au centre de la pergola (cette statue se trouvait originellement à l’extrémité de la terrasse sud) ; Mnémosyne, déesse de la Mémoire et mère des Muses, qui domine paisiblement le bassin est du jardin italien.

La partie haute du jardin, à laquelle on accède soit par un escalier construit sur le flanc du Palais abbatial à l’ouest de la pergola, soit par un plan incliné passant sous les voûtes à l’est, est essentiellement l’œuvre de Roseline Bacou (1923-2013) qui hérite du lieu à la mort d’Elsa Kœberlé en 1950. On lui doit de nombreux travaux archéologiques qui ont permis de mettre en valeur les ruines des églises Saint-André et Saint-Martin, de redécouvrir le cimetière des moines, mais aussi la restauration de la chapelle Sainte-Casarie. Ces jardins ont été judicieusement aménagés en jardins méditerranéens et s’apparentent à une « garrigue jardinée », dominée par la présence d’oliviers plus que centenaires qui composent un écrin à la chapelle Sainte-Casarie. Dans cette partie du jardin, la roche-mère affleure partout, lui conférant une dimension tellurique très marquante.

J’espère que ce plan en trois dimensions vous permettra de mieux visualiser l’implantation du lieu, sa topographie complexe et de me suivre plus à l’aise dans les pérégrinations que je vous proposerai bientôt, au fil de mes travaux d’automne et d’hiver ! Vous pouvez retrouver ce plan en grandes dimensions (et donc bien plus lisible) sous la rubrique « Plan de Saint-André », dans la colonne de droite. A bientôt… au Jardin du Feu !

 

Plan Jardins Saint-André copie

Grandes manœuvres d’automne et d’hiver

Si les périodes automnales et hivernales sont normalement des temps de repos pour le jardin, elles ne le sont pas pour le jardinier ! C’est en effet le moment idéal pour entreprendre des travaux de fond sur la structure du jardin. Ces travaux, sans cesse renouvelés, sont essentiels à plus d’un titre. Ils permettent de conserver sa lisibilité au jardin, de ne pas perdre les vues et ouvertures sur le grand paysage (essentielles à Saint-André). C’est aussi le moment idéal pour reprendre et renouveler des massifs, préparer le terrain pour des projets et interventions à venir.

Si ces travaux ne sont pas effectués régulièrement et attentivement chaque année, on court vite le risque d’être débordé : les vues se referment, les éléments structurants du jardins disparaissent sous la végétation, l’équilibre des masses végétales se perd petit à petit. Et cela va très vite, les plantes poursuivant leur croissance régulière sans se soucier de tous ces détails qui incombent… au jardinier !

Taille, élagage et débroussaillage tous azimuts donc, depuis la fermeture du jardin, plus quelques plantations au pied de la chapelle Sainte-Casarie, que je vous présenterai dans un article à venir.

J’ai pu venir à bout de l’énorme quantité de déchets verts générée par ces travaux grâce à l’arrivée, en octobre, d’un broyeur de végétaux, outil indispensable, qui m’a permis de redistribuer toute cette matière verte dans le jardin sous forme de broyât.

Mais avant de rentrer dans le détail de ces différentes interventions, je souhaiterais, à l’intention de celles et ceux qui n’ont jamais visité les Jardins de l’Abbaye Saint-André, vous présenter rapidement la topographie des lieux et la répartition dans l’espace des différents jardins qui composent cet ensemble.

Belle et heureuse année 2018

Je vous souhaite à toutes et à tous une heureuse année 2018. Qu’elle soit riche en belles rencontres, en projets passionnants et placée sous le signe de la joie et de la paix, pour vous et tous ceux qui vous sont chers.

Avec toute mon amitié et mes remerciements pour votre fidélité à la lecture de mes aventures hortésiennes !

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