Les massifs de Sainte-Casarie

La chapelle Sainte-Casarie (XIe siècle) est à la fois le point culminant du jardin mais elle en est aussi le « pivot » historique. C’est en effet en raison de l’existence d’un pèlerinage très populaire à Casarie, sainte ermite du VIe siècle qui s’était retirée ici dans la solitude, que les bénédictins se sont installés au sommet du Mont Andaon dès le Xe siècle (la première abbaye est fondée au début de l’année 980).

_DSC4321

Cette chapelle romane minuscule (une « chapelle-reliquaire » pourrait-on dire) est juchée au sommet d’un promontoire rocheux qui affleure de toutes parts. Entourée d’une _DSC4312plate-forme qui mêle harmonieusement roche et maçonnerie, elle surplombe l’oliveraie et l’emplacement de la grotte occupée par l’ermite, murée depuis le Moyen-Âge. De l’entrée de la chapelle on a une vue splendide vers le sud, vers Avignon et sur la cime des oliviers.

Deux massifs encadrent ce promontoire : un à l’est, s’étendant entre le muret de la plate-forme et une allée des cyprès ; l’autre au sud, en contre-bas de la plate-forme, au pied d’une sorte d’abrupte falaise miniature. Au fil du temps, ces deux massifs se sont transformés en petites friches, mêlant pèle-mèle quelques vénérables cistes (mais devenus peu florifères en raison même de leur ancienneté), des Perovskia, des Iris échappés des bordures, les incontournables lauriers tin qui se ressèment allègrement partout dans le jardin, sans compter les adventices de toutes sortes et résidus de choix malheureux. Sans oublier une clématite sauvage extravagante qui avait recouvert la paroi sud du promontoire et était partie à l’assaut des oliviers.

DSC02272
Massif est, avant intervention
_DSC3784
Massif sud, avant intervention

_DSC4100

Après un défrichage en règle (mais sélectif ! j’ai ainsi conservé l’ensemble des yuccas mais aussi les vieux cistes très beaux dans leurs ramifications), j’ai proposé un nouveau plan de plantation, exclusivement composé de plantes résistantes à la sècheresse :

Euphorbes (Euphorbia myrsinites, rigida, ‘Portugese Velvet’), Cistes (Cistus purpureus, x verguinii ‘Paul Pecherat’, oblongifolius, pulverulentus), Phlomis, Tanacetum densum, Bulbine frutescens ‘Hallmarck’, Stipa tenuifolia, Myrthus communis ‘Flore pleno’, Senecio vira-vira, Yucca rostrata, Muhlenbergia capillaris 

Nous sommes allés chercher ces plantes avec Marie Viennet, propriétaire des lieux, à la pépinière Quissac (à Souvignargues, Gard), spécialisée en plantes méditerranéennes et de jardins secs, dont je vous recommande chaleureusement la visite.

Après avoir transplanté les lavandes retirées du Jardin du Feu (cf. article précédent), qui semblent à ce jour avoir bien supporté l’opération, j’ai pu, fin novembre, procéder à la plantation des nouvelles venues. Cette date peut sembler tardive mais, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’automne est désormais, du moins sous nos latitudes, la période la plus favorable pour les plantations. Les plantes ont ainsi le temps de s’installer tranquillement sans avoir à faire face aux rigueurs de l’été qui arrivent très brutalement dès que le printemps s’achève, et qui sont bien plus dangereuses que les rigueurs (toutes relatives maintenant) de l’hiver. Elles bénéficient des pluies automnales et hivernales mais aussi (et de cela, il n’y a pas lieu de s’en féliciter, me semble-t-il), de la douceur des hivers méridionaux d’aujourd’hui.

Du déchignonage…

J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’évoquer cette pratique importante sans jamais rentrer dans le détail. Je profite donc de cet article pour le faire brièvement ! Il est indispensable, à la plantation, de procéder à un déchignonage méticuleux de la plante. De quoi s’agit-il ? Les plantes de pépinières sont généralement issues de semis ou de boutures et n’ont jamais connu que la vie en godet, puis en pot ou en container. Le système racinaire de la plante est donc contraint par l’espace du pot et, pour poursuivre sa croissance, n’a d’autre choix que de se développer en pivotant. Cette spirale compacte de racines que vous découvrez lorsque que vous retirez la motte du pot est appelée « chignon ». Il existe aujourd’hui des pots « anti-chignon » qui permettent aux racines de s’échapper un peu et de ne pas se lancer dans leur spirale infernale ! Mais leur efficacité est relative.

Il convient donc, avant de planter, de briser ce chignon de racines c’est à dire de briser leur mouvement hélicoïdal qui, sans cette opération, se poursuivra en pleine terre (cf. article précédent, au sujet des lavandes qui avaient été plantées sans déchignonage préalable). Et il faut pour cela trancher dans le vif, ce qui peut paraître brutal (c’est pourquoi beaucoup n’osent pas le faire) mais qui est pourtant indispensable. Il ne faut pas hésiter à briser cette dure motte de racines en la coupant au couteau (un couteau bien propre et désinfecté) pour permettre aux racines saines et vigoureuses d’émettre des radicelles latérales qui pourront librement investir leur bout de terrain.

_DSC4162
Euphorbia myrsinites au sortir du pot…
_DSC4164
Après déchignonage

Empierrement des massifs

Comme partout ailleurs dans le jardin, la terre de ces massifs est excessivement pauvre, pulvérulente et donc très vulnérable à l’érosion. Pour éviter que ces sols ne soient trop durement exposés, pour limiter leur lessivage et le ravinement, mais aussi pour conserver au maximum la fraicheur pendant les périodes chaudes de l’année, j’ai pensé que la solution de l’empierrement pourrait être pertinente. Elle présentait de plus l’avantage d’intégrer visuellement ces massifs dans un ensemble déjà très minéral, non exempt d’une certaine austérité que je qualifierais volontiers « d’érémitique » ! J’ai donc écumé le jardin à la recherche de pierres, ce qui m’a permis par ailleurs de faire un grand ménage, un certain nombre de ces pierres provenant des allées et cheminements sur lesquels elles entravaient la marche, mais aussi de l’oliveraie. J’ai donc fait,… d’une pierre deux coups !

_DSC4166

 

Petit journal des travaux

Massif est

DSC02272
Etat juin 2017

_DSC3785

_DSC4107

_DSC4167

Massif sud

Etat octobre 2017, vu depuis la plate-forme de la chapelle et depuis l’oliveraie

_DSC3784_DSC3808_DSC3813

Après les plantations, l’empierrement…

_DSC4276

_DSC4293

_DSC4435
Etat décembre 2017

_DSC4705

 

Quelques portraits des nouvelles venues

_DSC4180
Tanacetum densum
_DSC4170
Bulbine frutescens ‘Hallmarck’
_DSC4120
Euphorbia rigida (à droite), Euphorbia characias ‘Portugese Velvet’ (à gauche), avant plantation
_DSC4174
Euphorbia rigida en pleine terre, prenant très légèrement sa teinte d’hiver. Cette euphorbe devient normalement rouge avec le froid mais celui-ci n’étant jamais venu, elle s’est plutôt décidée à fleurir (photo à venir)…

 

 

 

 

2 commentaires sur « Les massifs de Sainte-Casarie »

  1. Merci pour toutes ces nouvelles horticoles et botaniques, c’est agréable et instructif … pas de doute, il faut que je retourne faire un tour dans les jardins …

    J'aime

  2. Merci, cher Olivier, pour ce message merveilleusement illustré et qui nous apporte l’odeur des lavandes et du thym en cet hiver parisien si maussade. Affectueusement. Françoise

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s