Leçon de jardinage subtil…

Après une nouvelle longue interruption, j’ai le plaisir de reprendre contact avec vous et vous propose, avant de vous donner des nouvelles fraîches des Jardins de Saint-André, une leçon de jardinage subtil, offerte par le Pays du Soleil levant, dans « Le Livre du Thé » de Okakura Kakuzô. Le désir de partager avec vous ce beau texte m’a été inspiré par la fureur herbicide et « hygiéniste » dont font preuve, depuis quelques temps, nombre de visiteurs des jardins… mais cette obsession fera l’objet d’un futur article !

Pour le moment, place à Okakura Kakuzô :

Savoir balayer, nettoyer et laver constitue en effet l’une des qualités éminentes d’un maître, car il existe bel et bien un art du nettoyage et du dépoussiérage — et l’on ne saurait récurer un objet ancien de métal avec le zèle irréfléchi d’une ménagère hollandaise. Qui irait essuyer les gouttes d’eau coulant d’un vase quand elles peuvent évoquer la rosée et la fraîcheur?

L’anecdote suivante témoigne assez de cet idéal de propreté cher aux maîtres de thé. Un jour, Rikyû regardait son fils Shoan occupé à balayer et à arroser l’allée du jardin. « Pas assez propre! » décréta le maître quand son fils eut achevé sa tâche, et il le somma de recommencer. Après une heure de travail épuisant, le jeune homme se tourna vers Rikyû :

— Père, dit-il, je ne puis rien faire de plus. J’ai lavé trois fois les dalles, arrosé les lanternes de pierre et les arbustes ; la mousse et les lichens brillent comme une verdure rafraîchissante. Je n’ai pas laissé la moindre brindille ni la moindre feuille sur le sol.

— Jeune sot, le tança le maître. Ce n’est pas ainsi qu’il convient de balayer une allée.

Sur ces mots, Rikyû descendit dans le jardin, secoua un arbre et répandit çà et là des feuilles d’or et de pourpre, comme autant d’éclats d’un brocart automnal. Car Rikyû n’exigeait pas seulement la propreté, mais aussi une beauté qui ne parût point artificielle.

OKAKURA Kakuzô, Le Livre du Thé, « La chambre de thé », traduit de l’anglais par Corinne Atlan et Zéno Bianu, Editions Philippe Picquier, Arles, 2006.

 

Photo : Jardin Albert-Kahn, Boulogne-Billancourt. Le Village japonais.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s