Mardi 14 avril

Aujourd’hui : Villa Barbarigo à Valsanzibio (Vénétie)

… toujours en compagnie de Mrs. Wharton, donc. Le jardin de Valsanzibio se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Padoue, au pied des Monts Euganéens. Il est visitable et appartient, depuis 1929, à la famille Pizzoni Ardemani, qui continue de l’entretenir et de le valoriser.

Ce qu’Edith Wharton n’indique pas dans sa notice, c’est que ce jardin, dès sa création, a été conçu comme un parcours symbolique et initiatique. Voici ce qu’en dit l’introduction du site institutionnel du jardin (disponible en italien et en anglais seulement) :

Valsanzibio a été porté à sa splendeur actuelle au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle par le noble vénitien Zuane Francesco Barbarigo, aidé par ses fils Antonio et Gregorio. C’est ce dernier, le fils aîné Gregorio, cardinal, évêque de Padoue et futur saint, qui a inspiré la haute symbolique du projet dû à l’architecte et fontainier pontifical Luigi Bernini. Le cardinal Gregorio Barbarigo, à la suite d’un vœu solennel prononcé par son père en 1631 (dans le contexte d’une épidémie de peste, ndlr), voulait que le jardin de Valsanzibio soit un emblème monumental du chemin de la perfection qui conduit l’homme de l’erreur à la vérité, de l’ignorance à la Révélation.

Mais donnons maintenant la parole à Edith Wharton…

Maxfield-Parrish-le-bassin
Illustration de Maxfield Parrish

« A dix ou onze kilomètres de Battaglia, dans une vallée étroite et fertile des Monts Euganéens, se trouve un des plus beaux jardins d’agrément italiens, celui de la Villa de Val San Zibio. On arrive par un terrain public couvert de gazon et l’on se trouve face à un arc de triomphe imposant avec un façade de pierres rustiquées et un fronton orné de statues. L’arche, qui ressemble tout à fait à un portail d’entrée ouvert dans les hauts murs d’enceinte, semble avoir été placée là uniquement pour offrir, de la route, un point de vue sur le château d’eau*, l’un des principaux ornements du jardin. En France, on pratiquait souvent une brèche dans les murs de clôture pour dévoiler une belle perspective, mais c’était une coutume peu suivie en Italie, bien qu’on en trouve un exemple à Frascati, avec la grille de la Villa Aldobrandini.

La maison de Val San Zibio tourne le dos à la route et son architecture du XVIIème siècle, sans prétention, ressemble assez à celle de la Villa de Gori à Sienne, même si le rapprochement très palladien des fenêtres centrales trahit la proximité de Venise.

Elle donne sur une terrasse fermée par une balustrade d’où de vastes marches descendent vers les jardins qui épousent la pente douce du terrain. Ils sont d’une grande beauté avec leurs allées de hêtres en berceau, leur large tapis vert*, leurs fontaines, leurs bancs de marbre et leurs statues placées dans de délicieuses niches de verdure parfaitement taillée. D’un côté, se trouve un petit lac, de l’autre un « mont » couronné d’une statue, et une allée conduit à un labyrinthe bien conservé au centre duquel s’élève une plate-forme. A l’heure actuelle, on trouve peu de ces labyrinthes en Italie, où ils ne furent jamais aussi prisés qu’en Hollande ou en Angleterre. L’important château d’eau*, avec ses Néréides allongées et ses Tritons soufflant dans leurs conques, suit une pente qui n’est pas aussi escarpée qu’à l’ordinaire et, de chaque côté, de hauts rideaux de hêtres brodent les bois de grands arbres à feuilles caduques. Ces haies sont typiques du nord de l’Italie où les platanes, les hêtres et ormes remplacent les « feuillages persistants » du sud. Il y a, dans les jardins de Val San Zibio, un coin particulièrement enchanteur : quatre allées couvertes de gazon et bordées de hêtres élagués convergent vers un bassin de pierre enfoui dans une pelouse épaisse et décoré de quatre putti qui, assis sur la margelle, trempent leurs pieds dans l’eau. Le fait que les anciens jeux d’eau soient toujours en activité contribue aussi à la singularité de l’endroit : le visiteur, tout surpris, se retrouve trempé par des jets écumeux qui bondissent depuis le palier d’un escalier ou manque de mettre le pied dans une rigole courant à travers un dallage, se faisant ainsi une idée des surprises aquatiques qui procuraient à ses ancêtres un divertissement sans cesse renouvelé. »

Edith Wharton, Villas & Jardins d’Italie, « Les Villas de Vénétie », pp.131-133, traduit de l’anglais par Michèle Hechter, Editions Gérard-Julien Salvy, Paris, 1986.

* En français dans le texte.

Edith Wharton – Val San Zibio PDF

Musique du jour

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La « Barca di Venetia per Padova » (1605), d’Adriano Banchieri (1568-1634), moine olivétain natif de Bologne et néanmoins compositeur, théoricien de la musique et organiste.

La « Barca » raconte en 20 madrigaux, de manière très humoristique et parfois truculente (et oui), un voyage nocturne sur la Brenta, entre Venise et Padoue. Tout le petit monde vénitien du tout début du XVIIème siècle est ainsi réuni : marchands, bateliers, ecclésiastiques, habitants du Ghetto…

Je vous propose de voir l’œuvre dans une très jolie mise en scène réalisée pour la RSI (Radiotelevisione svizzera), très Commedia dell’arte. Interprétée par I Madrigalisti du Cœur de la Radio Svizzera, I Barrochisti dirigés par Diego Fasolis.

Barca di Venetia per Padova – Antonio Banchieri

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