Mercredi 15 avril

Aujourd’hui, je vous propose une promenade dans le Jardin botanique de Padoue, le plus ancien d’Europe.

Peut-être parce qu’elle était plus sensible aux jardins d’agrément qu’aux jardins à visée scientifique, Edith Wharton est assez lapidaire dans sa notice consacrée au jardin botanique de Padoue :

Peu de jardins en Italie peuvent être comparés à Val San Zibio, mais il en est un, à Padoue, qui a conservé, lui aussi, ses charmes d’antan. Il s’agit du fameux jardin botanique créé en 1545 ; on dit qu’il est le plus vieux jardin d’Italie. A l’extérieur, des plantations d’arbres exotiques entourent un large espace circulaire que cerne un magnifique mur de brique ancien surmonté d’une balustrade où alternent les bustes et les statues. Ce mur est ouvert par autre portails ; l’un constitue l’entrée principale, les trois autres donnant sur des hémicycles ornés de statues qui se détachent sur fond de verdure. Dans le jardin lui-même, les plantations de « simples » sont ceinturées par de petites grilles et, à l’intérieur des massifs, des murets de pierres dessinent des subdivisions pour chaque espèce de plantes.

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Complétons donc sa présentation, en lisant ce que nous en dit l’introduction historique du site internet de l’Orto botanico di Padova :

Le Jardin botanique de Padoue a été créé en 1545 pour la culture des plantes médicinales, qui constituaient alors la grande majorité des « simples », c’est-à-dire ces médicaments qui provenaient directement de la nature. C’est précisément pour cette raison que les premiers jardins botaniques ont été appelés « jardins des simples » ou horti simplicium.

À cette époque, la renommée de l’Université de Padoue était déjà consolidée dans l’étude des plantes, en particulier en tant qu’application de la science médicale et pharmacologique : les travaux botaniques d’Aristote et de Théophraste étaient lus et commentés ; toujours ici, entre autres, avaient étudié Albert le Grand (1193-1280), considéré comme le plus grand spécialiste en science botanique après Aristote, et Pietro D’Abano (1253-1316), qui avait traduit la thérapeutique grecque de Galien en latin.

Au moment de la création du jardin, une grande incertitude régnait quant à l’identification des plantes utilisées en thérapie par les célèbres médecins de l’antiquité : les erreurs et les fraudes étaient fréquentes, avec de graves dommages pour la santé publique. L’institution d’un horto medicinale, encouragée par Francesco Bonafede qui occupait alors la chaire de « lecture des simples », aurait permis aux étudiants de reconnaître plus facilement les vraies plantes médicinales avec précision. A cet effet, le premier « gardien » du Jardin, Luigi Squalermo (1512-1570), appelé Anguillara, y fit introduire et cultiver un grand nombre d’espèces.

Le jardin, en raison de la rareté des plantes qu’il contient et du prix des médicaments obtenus, était victime de vols nocturnes continus, malgré les lourdes sanctions infligées à ceux qui avaient causé des dommages (amendes, prison et exil). Un mur de clôture circulaire fut bientôt construit (d’où aussi les noms de hortus sphaericus, hortus cinctus et hortus conclusus).

Le jardin était continuellement enrichi de plantes provenant de diverses parties du monde, en particulier des pays où la République de Venise avait des possessions ou des échanges commerciaux ; pour cette raison, Padoue a joué un rôle de premier plan dans l’introduction et l’étude de nombreuses espèces exotiques.

http://www.ortobotanicopd.it/it/la-nascita

Johann Wolfgang von Gœthe le visite le 27 septembre 1786 et cette découverte est pour lui décisive dans l’élaboration de sa théorie de la métamorphose des plantes. Voici ce qu’il en dit, non dans son journal de voyage, mais dans un texte publié bien plus tard, en 1831, « Histoire de mes études botaniques » :

Le passage des Alpes réveilla vivement en moi le goût que j’avais pour la nature en général et pour les plantes en particulier ; les mélèzes, plus nombreux que dans la plaine, les cônes du pin pignon, nouveaux pour moi, me rendirent attentif aux influences climatériques. Malgré la rapidité du trajet, je remarquai d’autres plantes plus ou moins modifiées ; mais en entrant dans le jardin botanique de Padoue, je fus ébloui par l’aspect magique d’un Bignonia radicans, dont les rouges campanules tapissaient une longue et haute muraille qui paraissait tout en feu. Je compris alors toute la richesse des végétations exotiques ; plus d’un arbrisseau que j’avais vu végéter misérablement dans nos serres, s’élevait librement dans la campagne. Les plantes qu’un léger abri avait défendues contre les froids passagers d’un hiver peu rigoureux, jouissaient en pleine terre de l’influence bienfaisante de l’air et du soleil. Un palmier en éventail (Chamærops humilis) attira toute mon attention. Les premières feuilles, qui sont simples et lancéolées, sortaient de terre ; leur division allait en se compliquant de plus en plus, et enfin elles apparaissaient complètement digitées. Une petite branche chargée de fleurs s’élevait au milieu d’une gaîne spathiforme, et semblait une création singulière, inattendue, complètement étrangère à la végétation transitoire qui l’entourait. A ma prière, le jardinier me coupa des échantillons représentant la série de ces transformations, et je me chargeai de plusieurs grands cartons pour emporter cette trouvaille. Je les ai encore sous les yeux tels que je les recueillis alors, et je les vénère comme des fétiches qui, en éveillant et fixant mon attention, m’ont fait entrevoir les heureux résultats que je pouvais attendre de mes travaux.

in Goethe, Johann Wolfgang von (1749-1832). Œuvres d’histoire naturelle de Goethe : comprenant divers mémoires d’anatomie comparée, de botanique et de géologie / traduits et annotés par Ch.-Fr. Martins,.. ; avec un atlas in-fol. … enrichi… d’un texte explicatif sur la métamorphose des plantes, par P.-J.-F. Turpin,…. 1837. pp. 202-203.

Source : gallica.bnf.fr : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6577881q.texteImage

Le Chamærops humilis est toujours visible à Padoue et le souvenir du passage de Gœthe toujours vivant…

Notons que le jardin botanique de Padoue s’est agrandi en 2014, avec l’adjonction aux anciennes collections d’un « Jardin de la biodiversité », constitué d’un ensemble de serres rassemblant près de 1300 espèces présentées en fonction de caractéristiques climatiques allant du climat tropical au climat désertique. Une très belle réussite, notamment du point de vue écologique et pédagogique. http://www.ortobotanicopd.it/it/il-giardino-della-biodiversit%C3%A0

38 Orto botanico di Padova

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Plan du jardin botanique de Padoue incluant le « Jardin de la biodiversité » (à droite) ; à gauche, le premier jardin circulaire, clos de murs.

Et maintenant, bonne promenade !

 

Dans les serres du « Jardin de la biodiversité »

 

Musique du jour

Aujourd’hui, Claudio Monteverdi (1567-1643)

Madrigali guerrieri e amorosi (1638), « Lamento della Ninfa », par Paul Agnew et Les Arts Florissants.

Et pour celles et ceux qui ont le temps, L’Orfeo, œuvre considérée comme le premier opéra de l’histoire de la musique (1607), ici dans une très belle interprétation de Jordi Savall à la tête de La Capella Reial de Catalunya, représentation donnée au Gran Teatro del Liceo de Barcelona en 2002. Un bijou.

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