Le beau monde d’après

Deux mois durant, nous avons été abreuvés de paroles, de bonnes paroles. Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’écœurement. Sans oublier les bons sentiments et les bonnes intentions (dont nous savons que l’enfer est pavé).

Nous avons applaudi les soignants à nos balcons, nous avons entendu que le monde ne serait plus le même, que nous allions changer, que la pandémie serait l’occasion d’une « prise de conscience » collective.

Mais comme d’habitude, nous nous sommes payés de mots (j’aime bien cette expression), autrement dit prononcé des tombereaux de paroles qui n’engagent finalement à rien.

Mon plaisir (mon bonheur) est, vous le savez, d’arriver au jardin à l’aube, en cette saison plus qu’en toute autre. Et cette semaine, j’ai pu constater qu’en effet la « vie » avait repris (je mets des guillemets car s’agit-il vraiment de vie ?), en trouvant quasiment quotidiennement le parvis du Fort Saint-André couvert de détritus, reliefs des agapes nocturnes qui s’y déroulent. Signe que nous sommes quand-même passés dans le « nouveau monde du COVID-19 », parmi les bouteilles, paquets de chips et mégots, on trouve désormais des masques : voilà la nouveauté, voilà le changement.

Je me suis régulièrement interrogé sur la nature et la qualité du rapport aux autres que cultivent un certain nombre de mes contemporains et, régulièrement, j’en suis arrivé à la conclusion que, hélas trop souvent, il était nul, inexistant, absent.

Dire que nous étions censés avoir redécouvert les méprisés, les oubliés, les invisibles de la société, ceux qui étaient soudainement mis « en première ligne » : les caissiers/caissières, les femmes et hommes de ménage, les éboueurs…

« Paroles, paroles, paroles, Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots », comme dit la chanson.

Quelle conscience celui qui jette son masque usagé au sol a-t-il de la vie de celui qui passera derrière lui pour le ramasser ? Aucune.

Pour changer, donc, des beautés de Saint-André ou d’ailleurs, c’est un peu de cet abject du comportement humain que je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

Et vive le monde d’après !

Dimanche 10 mai

 

Musique du jour

Franz Schubert (1797-1828), Mignons Gesang, Lied der Mignon, D. 321 / D. 877. Johannette Zomer (soprano) et Arthur Schoonderwoerd (pianoforte).

 

Poursuivre la route…

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous voici parvenus à la veille de ce « déconfinement » tant attendu.
Dans quelques jours, nous l’espérons, les jardins pourront réouvrir leurs portes et vous pourrez à nouveau venir y flâner, rêver, penser…

…reprendre vos esprits aussi, après cette étrange (et pour beaucoup douloureuse) parenthèse de deux mois que nous venons de vivre et, peut-être, à l’air libre et sous les arbres, commencer à faire le point sur ce que nous avons subi et appris.

Car il n’est pas possible de ressortir indemnes d’une telle expérience et il me semble que nous aurons besoin de toutes nos ressources intérieures pour pouvoir envisager l’avenir de la manière la plus intelligente, la plus courageuse et généreuse possible, avec tous les choix et décisions que cela suppose.

Vous vous en doutez, je ne suis pas de ceux qui souhaitent que « tout redevienne comme avant ». J’espère au contraire que ce « moment » de notre histoire collective nous permettra, paradoxalement, de nous prouver à nous-mêmes que nous sommes encore capables de penser et d’agir « au-delà de nous-mêmes » , de nos conforts, de nos assurances, de nos sécurités, au-delà de nos peurs. En définitive, la question est de savoir quel « poids d’amour » nous sommes prêts à mettre dans la balance, pour imaginer un monde que d’autres que nous pourront habiter…

La balle est dans notre camps, c’est à nous de jouer !

Avec toute mon amitié.

 

Et pour la route… Cambia, todo cambia (Tout change) par la magnifique Mercedes Sosa.

Le marcheur change de cap,

même si cela lui fait mal,

Et ainsi, comme tout change en ce monde,

que je change n’est pas étrange…

Tout change, mais mon amour ne change pas…

 

Dimanche 3 mai

Jardin de Cactus, César Manrique, Lanzarote (photo M. Mosser)

A Saint-André ces derniers jours

 

A voir

https://i0.wp.com/www.fbsr.it/wp-content/themes/fbsr/assets/images/new-identity@2x.pngLa Fondazione Benetton Studi Ricerche (Site de la Fondation), installée à Trévise, met en ligne de manière hedbomadaire des films consacrés aux lieux primés dans le cadre du Premio Carlo Scarpa (http://www.fbsr.it/paesaggio/premio-carlo-scarpa/). Cette fondation, créée à la fin des années 80 par Luciano Benetton, « est un centre d’études international qui promeut des activités de documentation, de recherche, d’expérimentation dans le domaine du paysage et des jardins qui poursuivent, de manière coordonnée, des orientations de travail telles que celle de la recherche, avec une forte connotation internationale qui se déploie autour du Prix international Carlo Scarpa pour le jardin, et celle de l’échange culturel et du débat qui s’articule autour des Journées internationales d’étude du paysage. » (réf. http://www.fbsr.it/paesaggio/)

En 2017, à l’occasion de sa 28ème édition, le prix était décerné au « Jardin de Cactus » créé par l’architecte et artiste César Manrique (1919-1992) sur son île natale de Lanzarote, dans les îles Canaries (http://www.fbsr.it/paesaggio/premio-carlo-scarpa/i-luoghi-premiati/lanzarote-jardin-de-cactus/).

Le film mis en ligne par la Fondation, consacré non-seulement à ce jardin mais au paysage de Lanzarote, met en lumière de manière splendide l’intelligence du rapport au lieu qu’ont développé les habitants depuis que leur île a été dévastée (et totalement remodelée) par une éruption volcanique au XVIIIe siècle (éruption de Timanfaya qui dura 6 ans à partir de 1730 et reprit au début du XIXe siècle).

Les intervenants du film s’expriment en Espagnol et les sous-titres sont en italien… mais je pense que cela ne vous empêchera pas de vous émerveiller de la beauté âpre de ces paysages et de l’inventivité de ceux qui les habitent. ATTENTION : le film ne reste en ligne qu’une semaine…

Lanzarote, Jardín de Cactus from Fondazione Benetton on Vimeo.

 

Action militante

Certains d’entre-vous le savent peut-être, l’ONF (Office national des forêts)  est une institution dont les membres sont en souffrance depuis plusieurs années, dans l’indifférence la plus totale. Si on a beaucoup parlé des vagues de suicides parmi les personnels de France Télécom ou EDF, on a peu entendu parler des 40 agents de l’ONF qui se sont donné la mort, ne supportant plus la pression de la loi du marché qui s’abat de manière violente sur nos forêts et ceux qui les soignent. Si vous souhaitez en apprendre davantage, écoutez cette émission de France Culture (De cause à effet, le magazine de l’environnement du 21/04/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/lonf-un-service-public-quon-abat

Dans ce contexte, une connaissance m’a récemment signalé une pétition en ligne pour s’opposer à la privatisation de l’ONF et par là-même, de nos forêts, qui sont et doivent demeurer un BIEN COMMUN immarcescible.

Pour en savoir plus : https://www.canopee-asso.org/tribune-on/

Pour signer la pétition en ligne : https://www.canopee-asso.org/non-a-la-privatisation-de-lonf/

Si vous êtes sensibles à cette cause, n’hésitez pas à signer cette pétition et à la diffuser largement autour de vous !

Musique du jour

Charles Kœchlin (1867-1950), Chansons bretonnes op. 115, Recueil I (1931), n°2 : « Le Seigneur Nann et la Fée » suivi de « Iannik skolan » (Recueil II, n°5) ; Cameron Crozman (violoncelle) et Philip Chiu (piano).