Le beau monde d’après

Deux mois durant, nous avons été abreuvés de paroles, de bonnes paroles. Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’écœurement. Sans oublier les bons sentiments et les bonnes intentions (dont nous savons que l’enfer est pavé).

Nous avons applaudi les soignants à nos balcons, nous avons entendu que le monde ne serait plus le même, que nous allions changer, que la pandémie serait l’occasion d’une « prise de conscience » collective.

Mais comme d’habitude, nous nous sommes payés de mots (j’aime bien cette expression), autrement dit prononcé des tombereaux de paroles qui n’engagent finalement à rien.

Mon plaisir (mon bonheur) est, vous le savez, d’arriver au jardin à l’aube, en cette saison plus qu’en toute autre. Et cette semaine, j’ai pu constater qu’en effet la « vie » avait repris (je mets des guillemets car s’agit-il vraiment de vie ?), en trouvant quasiment quotidiennement le parvis du Fort Saint-André couvert de détritus, reliefs des agapes nocturnes qui s’y déroulent. Signe que nous sommes quand-même passés dans le « nouveau monde du COVID-19 », parmi les bouteilles, paquets de chips et mégots, on trouve désormais des masques : voilà la nouveauté, voilà le changement.

Je me suis régulièrement interrogé sur la nature et la qualité du rapport aux autres que cultivent un certain nombre de mes contemporains et, régulièrement, j’en suis arrivé à la conclusion que, hélas trop souvent, il était nul, inexistant, absent.

Dire que nous étions censés avoir redécouvert les méprisés, les oubliés, les invisibles de la société, ceux qui étaient soudainement mis « en première ligne » : les caissiers/caissières, les femmes et hommes de ménage, les éboueurs…

« Paroles, paroles, paroles, Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots », comme dit la chanson.

Quelle conscience celui qui jette son masque usagé au sol a-t-il de la vie de celui qui passera derrière lui pour le ramasser ? Aucune.

Pour changer, donc, des beautés de Saint-André ou d’ailleurs, c’est un peu de cet abject du comportement humain que je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

Et vive le monde d’après !

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