Leçon de jardinage subtil…

Après une nouvelle longue interruption, j’ai le plaisir de reprendre contact avec vous et vous propose, avant de vous donner des nouvelles fraîches des Jardins de Saint-André, une leçon de jardinage subtil, offerte par le Pays du Soleil levant, dans « Le Livre du Thé » de Okakura Kakuzô. Le désir de partager avec vous ce beau texte m’a été inspiré par la fureur herbicide et « hygiéniste » dont font preuve, depuis quelques temps, nombre de visiteurs des jardins… mais cette obsession fera l’objet d’un futur article !

Pour le moment, place à Okakura Kakuzô :

Savoir balayer, nettoyer et laver constitue en effet l’une des qualités éminentes d’un maître, car il existe bel et bien un art du nettoyage et du dépoussiérage — et l’on ne saurait récurer un objet ancien de métal avec le zèle irréfléchi d’une ménagère hollandaise. Qui irait essuyer les gouttes d’eau coulant d’un vase quand elles peuvent évoquer la rosée et la fraîcheur?

L’anecdote suivante témoigne assez de cet idéal de propreté cher aux maîtres de thé. Un jour, Rikyû regardait son fils Shoan occupé à balayer et à arroser l’allée du jardin. « Pas assez propre! » décréta le maître quand son fils eut achevé sa tâche, et il le somma de recommencer. Après une heure de travail épuisant, le jeune homme se tourna vers Rikyû :

— Père, dit-il, je ne puis rien faire de plus. J’ai lavé trois fois les dalles, arrosé les lanternes de pierre et les arbustes ; la mousse et les lichens brillent comme une verdure rafraîchissante. Je n’ai pas laissé la moindre brindille ni la moindre feuille sur le sol.

— Jeune sot, le tança le maître. Ce n’est pas ainsi qu’il convient de balayer une allée.

Sur ces mots, Rikyû descendit dans le jardin, secoua un arbre et répandit çà et là des feuilles d’or et de pourpre, comme autant d’éclats d’un brocart automnal. Car Rikyû n’exigeait pas seulement la propreté, mais aussi une beauté qui ne parût point artificielle.

OKAKURA Kakuzô, Le Livre du Thé, « La chambre de thé », traduit de l’anglais par Corinne Atlan et Zéno Bianu, Editions Philippe Picquier, Arles, 2006.

 

Photo : Jardin Albert-Kahn, Boulogne-Billancourt. Le Village japonais.

Kérylos

J’ai eu la chance, cette semaine, de passer 48 h sur la Côte-d’Azur. Le but premier de ce voyage était la découverte d’un jardin emblématique de la Riviera française, chef-d’œuvre de Ferdinand Bac. Mais je ne résiste pas au plaisir de venir partager avec vous une autre découverte, que je préparais depuis des années : celle de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer. Je vous invite à visiter la galerie de photos qui lui est consacrée et que je mets en ligne en même temps que cet article.

Kérylos est le chef-d’œuvre issu de la collaboration de Théodore Reinach (1860-1928), grand érudit et helléniste de renom, et de l’architecte Emmanuel Pontremoli (1865-1956). Le chantier, qui débute en 1902, s’achève en 1908. A partir de cette date, la famille Reinach prendra à la villa Kérylos ses quartiers d’hiver.  Le génie de ces deux hommes a donné naissance à ce lieu éminemment inspiré et unique en son genre. Car il ne s’agit pas, à Kérylos d’un pastiche kitsch à la manière de la maison pompéienne bâtie par le Prince Napoléon-Jérôme Bonaparte (alias Plon-Plon) avenue Montaigne à Paris, mais bien d’un hommage à la civilisation de la Grèce antique, d’une authentique création. Reinach et Pontremoli ne copient pas mais réinventent sans cesse des formes inspirées de la Grèce antique. Chaque détail a été pensé, imaginé et conçu en fonction des critères de la vie moderne, composant ainsi une œuvre totale qui va de la conception de la structure architecturale de la villa à la moindre poignée de porte, aux textiles, au mobilier, au luminaire, aux couverts et à la vaisselle en grès, imaginée par le céramiste Emile Lenoble.

Le programme décoratif est d’une invention sans cesse renouvelée et propose un répertoire de motifs et de formes qui ne se répète jamais. Tout en évoquant à certains moments le langage du mouvement de la Sécession viennoise, il préfigure l’Art Déco dans ses lignes épurées. On est loin du pochoir et des motifs au kilomètre chers au « néos » (gothiques, romans, byzantins, pompéiens, etc.) qui fleurirent au XIXe siècle.

Sans oublier enfin le merveilleux piano-coffre, au clavier escamotable, portant l’inscription, en capitales grecques : ΠΛΕΙΕΛΟΣ ΕΠΟΗΣΕΝ  Pleielos epoesen ; « Pleyel m’a fait », reprenant l’usage des céramistes grecs qui signaient ainsi leur production. On imagine un des membres de la familles Reinach assis à ce piano, s’essayant aux « Danseuses de Delphes » de Debussy, ou interprétant l' »Hymne à Apollon » commandée à Fauré par Théodore Reinach qui l’avait déchiffrée (op. 63 de Gabriel Fauré, 1914).

Je ne peux donc que vous encourager à aller visiter Kérylos, si d’aventure vos pas vous conduisent à Beaulieu ou dans les environs. Vous y serez reçus par un personnel attentif et passionné, qui vous guidera dans votre découverte de ce lieu hors normes, d’une élégance et d’une intelligence qui défient l’espace et le temps.

La Villa Kérylos, propriété de l’Institut de France par la volonté de Théodore Reinach, est gérée par le CMN (Centre des monuments nationaux) depuis 2016.

Impasse Gustave-Eiffel / 06310 Beaulieu-sur-Mer

http://www.villakerylos.fr

A lire :

La Villa Kérylos, Institut de France, Editions du Patrimoine, Centre des monuments nationaux, coll. « Itinéraires », Paris, 2016.

Adrien Goetz, Villa Kérylos, roman, Editions Grasset & Fasquelle, Paris, 2017.

Un introuvable mais magnifiquement documenté, qui m’a été indiqué par le guide conférencier de la Villa :

La Villa Kérylos, sous la direction de Régis Vian des Rives, préface de Karl Lagerfeld, Editions de l’Amateur, Paris, 1997.

Jardins d’ici et d’ailleurs

Un petit mot pour vous informer que l’émission « Jardins d’ici et d’ailleurs » consacrée aux Jardins de Saint-André est d’ores et déjà disponible en ligne sur le site internet d’Arte :

https://www.arte.tv/fr/videos/076282-006-A/jardins-d-ici-et-d-ailleurs/

Ainsi que d’autres émissions de la saison 2018 !

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-015850/jardins-d-ici-et-d-ailleurs/

Disponible en version française sous-titrée à l’intention des sourds et malentendants ; réglages au niveau de la petite roue crantée située dans la partie basse du lecteur vidéo.

Lecture partagée…

Et tout à coup, à travers cette ombre neigeuse, une musique lointaine venue on ne sait d’où, passa sur la mer. Je crus qu’un orchestre aérien errait dans l’étendue pour me donner un concert. Les sons affaiblis, mais clairs, d’une sonorité charmante, jetaient par la nuit douce un murmure d’opéra.

Une voix parla près de moi.

— Tiens, disait un marin c’est aujourd’hui dimanche et voilà la musique de San Remo qui joue dans le jardin public.

J’écoutais, tellement surpris que je me croyais le jouet d’un joli songe. J’écoutai longtemps, avec un ravissement infini, le chant nocturne envolé à travers l’espace.

Mais voilà qu’au milieu d’un morceau il s’enfla, grandit, parut accourir vers nous. Ce fut d’un effet si fantastique et si surprenant que je me dressai pour écouter. Certes, il venait, plus distinct et plus fort de seconde en seconde. Il venait à moi, mais comment ? Sur quel radeau fantôme allait-il apparaître ? Il arrivait, si rapide, que, malgré moi, je regardai dans l’ombre avec des yeux émus ; et tout à coup je fus noyé dans un souffle chaud et parfumé d’aromates sauvages qui s’épandait comme un flot plein de la senteur violente des myrtes, des menthes, des citronnelles, des immortelles, des lentisques, des lavandes, des thyms, brûlés sur la montagne par le soleil d’été.

C’était le vent de terre qui se levait, chargé des haleines de la côte et qui emportent ainsi vers le large, en la mêlant à l’odeur des plantes alpestres, cette harmonie vagabonde.

Je demeurai haletant, si grisé de sensations, que le trouble de cette ivresse fit délirer mes sens. Je ne savais plus vraiment si je respirais de la musique, ou si j’entendais des parfums, ou si je dormais dans les étoiles.

Guy de Maupassant, La vie errante, chapitre II, « La Nuit »

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Presque un an… l’heure du bilan !

Chers lectrices et lecteurs,

Voilà presque un an que je suis arrivé à Saint-André et que j’y travaille. Les « grands travaux » d’automne et d’hiver sont terminés et je reprends l’entretien courant du jardin, qui vient de réouvrir ses portes au public. Le temps s’est radouci, après un intempestif retour d’hiver la semaine dernière, et je vais pouvoir commencer la taille des vivaces et des arbustes à floraison estivale.

C’est aussi le moment pour moi de faire le bilan du travail accompli et de ce que j’ai appris au cours de cette année écoulée.

Et quel apprentissage ! Car il s’agissait pour moi de ma première année « complète », de printemps à printemps, au service d’un jardin patrimonial, ce qui m’a permis, outre les aspects techniques, de réfléchir plus sérieusement aux problématiques (et défis) liés à un jardin historique. Comme vous le savez, ou comme vous vous en doutez, un jardin classé monument historique n’est pas un monument comme les autres. C’est un monument vivant, en perpétuel mutation. Une œuvre d’art qui se compose et se recompose sans cesse.

Pour cela, il faut que le jardin s’adapte et c’est certainement le point le plus délicat à mettre en œuvre car, bien souvent, le classement a tendance à fixer (figer) le monument dans le temps. Il s’agit de le conserver en l’état, éventuellement de le restaurer. Mais l’entreprise se révèle difficile et hasardeuse quand il s’agit d’un jardin. Car le jardin reste l’œuvre du temps présent. Il n’est pas possible de le conserver pour toujours dans la forme qui aurait été la sienne à un instant « T » de sa création. Si on s’y essaie, on risque de le faire mourir. Et c’est certainement le paradoxe du rapport (ou du retour) à l’origine : la référence contraignante à un modèle original situé dans le passé bloque toute possibilité d’avenir. Elle va finalement à l’encontre de la vie, à l’encontre de l’histoire. Car un jardin historique ne serait-il pas, avant tout, un jardin qui continue de s’inscrire dans l’histoire, dans une histoire ? Dont l’histoire continuerait de s’écrire, au fil des ans ?

Un jardin c’est éminemment la vie. Le lieu où se développe la vie, sous toutes ses formes, selon ses règles, ses lois, contre lesquelles il est possible de travailler (c’est aussi une part du jardin, contraindre le vivant) mais dans les contours de certaines limites.

Un jardin, comme tout organisme vivant, vieilli. C’est normal. Rien de catastrophique dans ce constat. Et il me semble que c’est le travail à la fois des propriétaires et du jardinier que d’accompagner le jardin dans sa maturité, sa croissance mais aussi, à un moment donné, sa sénescence.

Il est évident pour moi aujourd’hui que certaines parties des jardins de Saint-André, après 100 ans d’existence, réclament cet accompagnement, cette attention mais aussi une reprise de fond qui seule pourra permettre d’aller au-delà de certaines apories techniques.

L’exemple emblématique, me semble-t-il, étant le jardin italien, la partie la plus ancienne du jardin conçue à partir des années 20 par Elsa Kœberlé et Génia Lioubow. Si l’on excepte les problèmes liés au bâtit (pergola, mobilier, bordures), dont la pierre du Gard, tendre et très coquillée, a tendance à fondre comme neige au soleil, la problématique majeure reste celle des parterres de rosiers (dont je vous ai déjà parlé, aux prémices de ce blog). Au-delà des questions liées au choix de la variété, qui semble désormais inadaptée, compte tenu de l’évolution du climat en 100 ans, de l’appauvrissement du sol, il est évident que ces parterres souffrent de l’ombre opaque et dense formée par la couronne de cyprès qui ferme au sud le jardin italien. Les cyprès, combinés à plusieurs arbres de Judée, plantés trop près les uns des autres, ayant grossi avec le temps, ne permettent plus à la lumière de pénétrer suffisamment dans cette partie du jardin. Pour le comprendre, il suffit de comparer le développement des rosiers situés immédiatement à proximité de cette couronne de cyprès, qui ne reçoivent quasiment pas de lumière, et celui des rosiers qui en sont les plus éloignés. Le même constat s’impose en ce qui concerne les santolines en bordure, qui se contorsionnent pour trouver la lumière.

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On est donc là face à un problème structurel qui réclame, selon moi, des interventions importantes, qui relèvent d’une reprise de fond de la structure même du jardin.

Pendant ces derniers mois, j’ai tenté, dans les limites de ce qui me semblait légitime dans le cadre de mes fonctions et des initiatives que je pouvais prendre, de retravailler en profondeur certaines parties du jardin sans toutefois, du moins je l’espère, outrepasser ces limites.

Il m’apparaît maintenant que les futures interventions devront s’inscrire dans le cadre précis d’un plan de gestion, établi en concertation avec les Monuments historiques et la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), qui pourra projeter des travaux d’une telle importance sur les dix années qui viennent (au moins).

Voilà un beau projet d’avenir pour le jardin !

Un exemple

C’est par hasard que je suis tombé sur ce qui me semble être un bon exemple de reprise d’un jardin, surtout dans les similitudes qu’il présente avec Saint-André. Ne vous moquez pas de moi, je vous prie, je l’ai trouvé en regardant un film qui, je le reconnais volontiers, n’est pas un chef-d’œuvre du 7ème Art ! « Meurtre au soleil » (« Evil under the sun »), avec l’excellent Peter Ustinov… L’essentiel des scènes extérieures ont été tournées dans un jardin qui attiré mon attention par sa ressemblance avec Saint-André : cyprès vieillissants et monumentaux, lauriers-tin envahissants, fermeture des vues, etc.

J’ai donc essayé de savoir où se trouvait ce jardin et ce qu’il avait pu devenir, 40 ans après le tournage du film, en me disant que les jardiniers du lieu avaient dû être confrontés aux mêmes problèmes que moi !

J’ai cherché, j’ai trouvé et je n’ai pas été déçu ! J’ai donc découvert qu’il s’agissait d’un jardin historique majorquin, la Finca de Raixa, situé sur la commune de Bunyola à Majorque. Pour l’essentiel, le jardin est l’œuvre de Giovanni Lazzarini (1740-1802) pour le Cardinal Despuig.

Cette photo le montre dans l’état qui était plus ou moins le sien lors du tournage du film.

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Au cours de mes recherches, j’ai appris que le lieu avait été déclaré « Bien d’intérêt culturel pour sa haute valeur historique et artistique » en 1993 et qu’en 2002 il est acquis par la Fundación Parques Nacionales conjointement avec le Consell de Mallorca.

Un article m’appris par ailleurs que des travaux de restauration avaient été entrepris dès 2003, restauration qui s’est achevée par les jardins en 2009, après l’établissement d’un plan de gestion (cf. ‘El «espíritu ilustrado» sustenta la restauración de los jardines de Raixa’ : https://ultimahora.es/noticias/local/2010/01/17/1232/el-espiritu-ilustrado-sustenta-la-restauracion-de-los-jardines-de-raixa.html mais aussi http://www.diariodemallorca.es/sociedad-cultura/2009/12/22/primeros-trabajos-restauracion-jardines-raixa-comienzan-huerto/532166.html).

Et voilà le résultat…

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Je vous le concède volontiers, l’intervention a été radicale et je ne saurais juger, dans ce cas précis, ni de sa pertinence ni de son bien fondé, ne connaissant pas le dossier dans ses détails. Il serait d’ailleurs intéressant d’avoir l’avis d’un(e) historien(ne) de l’art des jardins espagnols pour se faire une idée juste. A première vue, le jardin est méconnaissable dans sa version 2ème millénaire ! Mais je comprends (pour le vivre) que la situation présentée dans la première photo ait, à un moment donné, pu constituer un cul-de-sac technique inextricable, malgré le charme indéniable de ce « fouillis » arbustif !

Quoiqu’il en soit, il me semble que ce cas montre qu’un jardin historique peut, dans le cadre d’une étude argumentée, faire l’objet de remaniements de fond d’ampleur, certes drastiques dans le cas de la Finca de Raixa, mais qui peuvent permettre de sortir d’impasses techniques insurmontables.

Je ne me permettrais pas de dire que les jardins de Saint-André nécessitent une telle « remise à zéro », mais il aura certainement besoin, dans certaines de ses parties en tout cas, de bénéficier d’une petite cure de jeunesse ! Privilège du grand âge…

Photo « à la une » : les bassins de Saint-André pris dans les glaces, février 2017.

 

Post-scriptum à l’Immortelle de Corse…

… au dernier message, relatif à l’émission de France Culture.

J’ai trouvé cette émission passionnante à plus d’un titre mais elle a attiré mon attention sur un point particulier, sur lequel je voudrais revenir maintenant en quelques mots.

Vous entendrez (ou vous avez entendu) Marc Jeanson dire — pour expliquer la désaffection de ces dernières décennies à l’égard de la botanique — que les enjeux financiers étaient tels qu’une discipline comme la botanique ne pouvait qu’en souffrir. L’argent dominant et régissant l’ensemble des activités humaines, étant devenu le moteur et le motif de toute activité, la botanique s’est trouvée reléguée au rang des activités d’amateurs-poètes : en effet, elle ne rapporte rien ou pas grand chose. Problème de rentabilité, donc.

Or, la tendance s’est inversée depuis quelques années, qui explique le « nouveau printemps de la botanique » dont il est question dans l’émission de France Culture. Car les industriels ont pris conscience de l’extraordinaire potentiel financier du monde végétal : industrie pharmaceutique, cosmétique, agronomique… Nous avons redécouvert que les plantes étaient utiles et qu’elles pouvaient rapporter gros. Prenons pour exemple la culture de l’Immortelle de Corse (Helichrysum italicum), que vous avez peut-être plaisir à cultiver dans votre jardin, pour les plus méridionaux d’entre vous, et que vous retrouvez à peu près partout désormais dans vos crèmes de jour et de nuit, à prix d’or cela va de soit. La culture de l’immortelle a explosé : comment refuser une telle manne ? D’ailleurs, faites l’expérience suivante. Tapez « Immortelle de Corse » sur votre moteur de recherche préféré et vous verrez quels résultats édifiants vous obtiendrez. Peu de botanique mais beaucoup de cosmétique…

Nous nous intéressons donc à nouveau aux plantes (et par conséquent à la botanique) parce que nous avons réévalué leur utilité pour nous et, finalement, parce que nous avons reconnu en elles des auxiliaires efficaces (bien que placebo parfois) à nos peurs ancestrales de souffrir (les médicaments), de vieillir (les crèmes et autres sérum), de mourir.

Je ne peux m’empêcher de penser que tout ceci, bien qu’inéluctable et même légitime (il faut bien se nourrir, se soigner ; quant à réparer les outrages du temps je suis plus sceptique… j’ai connu des personnes fort ridées qui étaient pourtant très belles), est un peu triste. Mais tout jardinier se doit d’être un peu poète et… un brin mélancolique. In fine, il semblerait que nous ne soyons pas capables de nous intéresser à une réalité (surtout quand elle est vivante) en dehors de l’utilité qu’elle peut avoir pour nous. Vous me direz peut-être, sur fond d’expérience, que vous connaissez des gens qui fonctionnent ainsi avec leurs semblables… Je vous croirai sur parole.

Bref, le champ particulier de la gratuité semble avoir fui notre horizon.

Je ne suis pas de ceux qui soupirent après un Âge d’Or, croyant naïvement « qu’avant c’était mieux ». Je pense en revanche que nos capacités techniques ont dû décupler le problème. De tout temps, des hommes et des femmes ont dû lutter contre la marchandisation et la réification de toutes choses : les artistes — peintres, musiciens, poètes, littérateurs —, les philosophes, les saints aussi, pour certains. Saint François d’Assise, qui se met tout nu devant la cathédrale de sa ville, autant pour glorifier le Christ que pour embêter son riche commerçant de papa, finit sa « carrière » en composant une ode à « Frère Soleil », qui se conclut sur une adresse à… « Sœur la Mort corporelle ». En rapportant les créatures à un autre (un Autre dans ce cas) plutôt qu’à soi, François les considère — et les aime — pour elles-mêmes. Il se réjouit simplement du fait qu’elles sont.

Par ailleurs, le monde végétal se trouvant tout en bas de l’échelle dans notre relation au monde, la question s’en trouve compliquée. Selon Francis Hallé, n’étant spontanément capable de nous intéresser qu’à ce qui nous ressemble (en l’occurence l’animal), la plante, dans son altérité radicale, nous déroute, nous déconcerte.

A nouveau, j’enfonce sans aucun doute — et maladroitement (il faudrait prendre le temps d’argumenter tout ceci de manière plus sérieuse) — une porte ouverte mais cela me fait plaisir de l’écrire : l’injonction permanente à consommer articulée à celle (non moins permanente) à faire de l’argent menace radicalement et dangereusement notre faculté d’émerveillement.

Peut-être est-ce une des missions du jardin (et du jardinier ?) que de réveiller, encourager et cultiver notre faculté d’émerveillement, sans laquelle la vie me semble sinon impossible, du moins incomplète.

Et peut-être est-ce cette capacité à nous émerveiller qui, plus que n’importe quelle crème à l’Immortelle de Corse, nous rendra notre jeunesse !

 

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Helichrysum italicum, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. Coll. Plantes vasculaires (P). Spécimen P03315885 ; http://coldb.mnhn.fr/catalognumber/mnhn/p/p03315885

 

A écouter sur France Culture !

Je vous recommande l’écoute de la très belle émission de « La méthode scientifique » du 26 février dernier, consacrée au renouveau de la botanique : « Un nouveau printemps pour la botanique« , avec Marc Jeanson, responsable de l’herbier du Muséum national d’Histoire naturelle, et Sébastien Thomine, directeur de recherche CNRS à l’Institut de Biologie Intégrative de la Cellule de Paris Saclay.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-du-lundi-26-fevrier-2018

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L’herbier du MNHN – Photo O. Ricomini, avril 2014

Photo d’ouverture : planche de l’herbier de Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland, constitué au cours de leur voyage en Amérique équinoxiale, en Nouvelle-Espagne à Cuba et aux Etats-Unis (1799-1804) et déposé au Muséum à leur retour à Paris. Photo O. Ricomini, avril 2014.

Le sentier nord

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Voici venu le moment de vous présenter le dernier « chantier » de cet hiver. Au nord du jardin, le long du mur d’enceinte (n° 7 sur le plan), un chemin permet de rejoindre la chapelle Sainte-Casarie depuis les terrasses. Souvent « oublié » des visiteurs, tout en marches et en roches, ce sentier longe en son départ le fond du Jardin du Feu, puis l’oliveraie est. Il est bordé de restanques sur sa plus grande longueur. C’est un de mes endroits préférés dans le jardin, plein de charme et de poésie. On y accède par une porte (un portique plutôt), surmontée d’un linteau renaissance : une fois cette porte passée, on a le sentiment d’être passé de l’autre côté du miroir… On voit le sentier monter, mais sans savoir vers où il nous mène.

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Comme dans les autres cas, la végétation avait poussé anarchiquement, bouchant les vues latérales sur l’oliveraie, envahissant certaines plantes remarquables, notamment un Anthyllis barba-jovis (« Barbe de Jupiter ») ancien et de toute beauté, ainsi qu’un superbe lentisque pistachier (Pistacia lentiscus). Cette strate arbustive, composée quasi exclusivement de lauriers-tin et de Rhamnus alaternus (Nerprun alaterne), avait fait disparaitre presque complètement la structure en restanques mais commençait aussi à déborder excessivement sur le sentier, rendant la circulation laborieuse.

Enfin, des lilas avaient envahit tout l’espace disponible, parasitant visuellement la compréhension de l’ensemble. Par ailleurs, ces lilas étaient devenus peu adaptés à la situation : ne souffrant pas assez de la sècheresse pour disparaître d’eux-même, ils n’en devenaient pas moins très inesthétiques dès les premières chaleurs, fleurissant peu et présentant aux visiteurs un bosquet au feuillage cramoisi…

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L’Anthyllis barba-jovis avant et après intervention

Il m’a donc fallu tailler, recéper, déssoucher, arracher, pour réouvrir des vues sur l’oliveraie, sur Sainte-Casarie au loin, retrouver les restanques, en piteux état, remonter (modestement) un muret en pierres sèches qui avait complètement disparu sous les lilas et que les fortes racines de ces derniers avaient abimé. J’ai aussi pu faire réapparaitre la roche qui affleure partout et qui marque fortement l’identité de cette partie du jardin.

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Sur la gauche : les lilas ; à droite, le Pistacia lentiscus (avant intervention)
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Le massif des lilas après intervention ; à ce jour, les iris ont pu reprendre le dessus et tapissent l’ensemble du massif. Débarrassés des lilas, ils vont pouvoir reprendre leur développement.

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« Re-découverte » des restanques disparues…

Projets d’avenir…

L’ensemble, sans perdre de son charme mystérieux (je l’espère tout du moins !) est redevenu lisible et pourra se prêter, dans les années qui viennent, à un programme de plantations. J’ai pour ma part suggéré de transformer ce chemin en « sentier de botanique méditerranéenne ». Les visiteurs se plaignent régulièrement de ne pouvoir identifier les végétaux dans le jardin. Il semble difficile et peu pertinent de truffer le jardin d’étiquettes, d’autant plus que la diversité botanique n’y est pas importante. Ce sentier permettrait donc de concentrer l’étiquetage dans une seule partie du jardin, tout en étoffant des collections de plantes méditerranéennes, ou en proposant, pourquoi pas, une collection d’intérêt national consacrée à un seul genre (Cistus par exemple). De plus, la structure en restanques du sentier se prêterait bien, me semble-t-il, à ce type d’aménagement. A suivre…

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Arrivés en haut du sentier, Sainte-Casarie se profile à nouveau à l’horizon…

Ex Cursus technique : gare au taille-haie !

Cet article me donne l’occasion de parler d’un problème récurrent à Saint-André, auquel je n’ai cessé de me confronter au cours de ces travaux d’automne et d’hiver : celui des conséquences de la taille au taille-haie.

Le taille-haie (manuel ou électrique) est en effet une tentation pour le jardinier : il permet, rapidement (et sans avoir à trop réfléchir…) de contraindre un arbuste à peu de frais tout en lui donnant une forme qui satisfera grosso modo son sens pointu de l’esthétique. Cette forme, on le sait, reste majoritairement la sphère (finalement la plus simple à mettre en œuvre). On sait que l’ars topiaria a promu bien d’autre formes, jusqu’aux plus farfelues, mais malgré tout la boule domine. On taille donc en boule (voire en « bouboule », la bouboule étant, comme on le sait, le nec plus ultra de la boule, son apogée, son ultime perfection). « Vite fait, bien fait »… Cela reste encore à vérifier.

Car il faut savoir que rares sont les végétaux qui s’accommodent bien de ce traitement. Si le buis et l’if s’y prêtent sans trop de difficultés, la plupart supportent mal l’opération et finissent même par développer des maladies. Car non seulement la taille au taille-haie ne respecte pas l’architecture propre aux arbustes mais elle représente un traumas indéniable : le taille-haie, surtout quand il est électrique, déchiquète les parties ligneuses ainsi que les feuilles, laissant leur limbe blessé et à nu.

De plus, surtout lorsqu’il s’agit de tailler des arbustes acrotones*, on s’expose à devoir s’affronter tôt ou tard à des problèmes qui ont peu de solutions… En effet, le taille-haie ne permet de tailler qu’en surface. Mais la plante poursuit implacablement sa croissance, en hauteur et en épaisseur. A plus ou moins longue échéance, on court le risque de produire de très belles boules qui finiront par déborder, soit sur un cheminement, soit sur une vue qui sera alors obstruée. On se heurte alors à une impasse. Car si vous souhaitez tailler un peu plus sévèrement pour retrouver la vue ou regagner de l’espace, l’arbuste, qui la plupart du temps s’est dégarni de la base, présentera invariablement l’aspect d’une pelote de bois sec juchée au sommet d’un manche à balais… Il ne reste plus d’autre solution que de repartir à zéro en recépant.

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Viburnum tinus (Laurier-tin) après plusieurs années de taille au taille-haie.

Enfin, il faudrait invoquer des motifs esthétiques : si la « géométrisation » du végétal par la taille est légitime dans certaines parties du jardin, en fonction de son style et de son époque, elle ne l’est pas nécessairement partout. Signe et symbole de notre volonté de maîtrise du vivant jusque dans l’imposition d’une forme qui n’est pas la sienne, ce type de taille risque, si elle est répétitive, de provoquer l’ennui. En tout cas, elle ne cesse de renvoyer à une main-mise par trop marquée de l’humain sur la nature.

Pour ma part, j’apprécie particulièrement le travail dans la partie méditerranéenne du jardin (qu’Elsa Kœberlé appelait « le jardin sauvage ») car je peux y travailler des heures et des jours sans que mon passage de ne se remarque. Une autre manière d’être jardinier, en essayant de s’effacer… Cela nous invite aussi à réévaluer notre idée du beau, qui pendant trop longtemps s’est articulée (pour ne pas dire identifiée) à celle du propre (concept éminemment néfaste pour le jardin).

Donc, méfiez-vous du taille-haie et préférez-lui la taille douce ou raisonnée, plus longue et plus complexe mais qui vous donnera l’occasion d’entrer dans l’intimité de la vie et du développement de vos plantes, ce qui se révèlera passionnant !

Je terminerai en soulignant l’importance du choix des végétaux : anticipez leur croissance et leur développement avant de les planter. Car la taille ne pourra résoudre tous les problèmes. Si un arbre ou un arbuste est génétiquement « programmé » pour mesurer 10 mètres dans sa pleine maturité, vous le rendrez malheureux en le taillant pour qu’il ne dépasse pas un mètre ou deux. J’ai le sentiment d’énoncer là une vérité première mais on n’insiste jamais assez sur la nécessité de respecter ce critère particulier de sélection.

Si la question de la taille vous intéresse particulièrement, je vous conseille la lecture des ouvrages de Pascal Prieur, récemment réédités par Ulmer dans des éditions mises à jour et augmentées : « La pratique de la taille raisonnée des arbustes » et « Les fondamentaux de la taille raisonnée des arbustes » qui constitue le volet théorique de son travail. Votre pratique de la taille s’en trouvera changée.

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Taille sévère des lauriers tin, pour réouvrir la vue sur l’oliveraie

 

* Acrotone – Acrotonie : « Principe de ramification selon lequel un axe développe plus vigoureusement les bourgeons situés à son extrémité que ceux situés à sa base. » (Pascal Prieur). S’oppose à la basitonie, qui présente la tendance inverse.

 

A vos agenda !

Peut-être connaissez-vous la très belle série documentaire « Jardins d’ici et d’ailleurs« , diffusée au printemps sur Arte depuis trois ans ?

La troisième saison sera diffusée du lundi 5 mars au 30 mars, à 17h35 sur ARTE. Et l’émission du 12 mars sera consacrée… aux Jardins de l’Abbaye Saint-André ! Notez donc scrupuleusement cette date sur vos tablettes…

Chaque épisode sera disponible en replay pendant 60 jours (https://www.arte.tv/fr/).

Au programme :

Lundi 5 mars Kerdalo (France) réalisé par Hugo Benamozig

Mardi 6 mars Marqueyssac (France) réalisé par Lelio Moehr

Mercredi 7 mars Jardin alpin du Lautaret (France) réalisé par Emmanuel Descombes

Jeudi 8 mars Hermannshof (Allemagne) réalisé par Emmanuel Descombes

Vendredi 9 mars Tresco Abbey (Royaume-Uni) réalisé par Timo Ebermann

Lundi 12 mars Abbaye de Saint-André (France) réalisé par Mathieu Despiau

Mardi 13 mars Les Hortillonnages (France) réalisé par Lelio Moehr

Mercredi 14 mars Jardins de Linne (Suède) réalisé par Mathieu Despiau

Jeudi 15 mars Sezincote (Angleterre) réalisé par Timo Ebermann

Vendredi 16 mars Babylonstoren (Afrique du Sud) réalisé par Julien Naar

Lundi 19 mars La Garenne Lemot (France) réalisé par Timo Ebermann

Mardi 20 mars Arboretum de Trsteno (Croatie) réalisé par Timo Ebermann

Mercredi 21 mars Englischer Garten (Allemagne) réalisé par Emmanuel Descombes

Jeudi 22 mars Jardin Georges Delaselle (France) réalisé par Hugo Benamozig

Vendredi 23 mars La Mortella (Italie) réalisé par Emmanuel Descombes

Lundi 26 mars à Little Sparta (Ecosse) réalisé par Timo Ebermann

Mardi 27 mars Villa Gamberaia (Italie) réalisé par Simon Watel

Mercredi 28 mars Jardin botanique Hanbury (Italie) réalisé par Simon Watel

Jeudi 29 mars Rosendal (Suède) réalisé par Mathieu Despiau

Vendredi 30 mars Kirstenbosch (Afrique du Sud) réalisé par Julien Naar

 

L’Iris de Suse

Certains d’entre vous connaissent ma passion et mon admiration pour Jean Giono et son œuvre. Il y a quelques années j’ai entrepris la lecture de son dernier roman, paru en 1969, un an avant sa mort, « L’iris de Suse ». Ignorant tout de la trame du roman, j’imaginais une aventure dont le héros serait un iris : j’en fus pour mes frais. La notice d’introduction de mon édition (Gallimard, collection Folio) se chargea en effet de me détromper sans détours, en citant Giono lui-même (mais sans indiquer de source précise) :

L’iris de Suse n’a jamais été une fleur (il n’y a pas d’iris à Suse)  ; c’était en réalité un crochet de lapis-lazuli qui fermait les portes de bronze du palais d’Artaxerxès (voir Mme Dieulafoy). Ici, il n’est qu’un os minuscule, pas plus grand qu’un grain de sel (au surplus inventé) qui crochète la voûte crânienne des oiseaux…

Et voilà. J’étais averti : il ne serait pas question d’iris dans le roman ! Je n’en goûtais pas moins les tribulations de Tringlot, de Toulon aux montagnes de Haute-Provence, où il finit par trouver sa place et son vrai bonheur (ses vraies richesses ?…) Et, bien évidemment, je crus Giono sur parole : l’iris de Suse n’existait pas.

Quelle ne fut donc pas ma surprise, lors de mon incursion dans les archives de Saint-André, de découvrir une facture des Etablissements Cayeux et Le Clerc (sis quai de la Mégisserie), spécialisés, comme chacun sait (la maison Cayeux existe toujours) dans les iris, qui mentionnait la commande par Elsa Kœberlé, en 1929 (facture datée du 23 décembre 1929), de plusieurs variétés d’iris, dont 40 rhizomes d’Iris de Suse (et des gros) : Giono m’avait trompé !

De retour chez moi je fis donc une petite recherche et découvrais qu’Iris susiana existait bel et bien. Le site de la WCSP (World Checklist of Selected Plant Families), liée au Jardin botanique de Kew, m’apprit qu’il s’agissait d’Iris susiana L.,  par conséquent nommé et décrit par Linné (en 1753), que sa zone de distribution était limitée au Liban (selon Linné ; cette zone de distribution s’est ensuite élargie à toute l’Asie Mineure). La base de donnée botanique du MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle) a confirmé cette identification (cf. http://coldb.mnhn.fr/catalognumber/mnhn/p/p01840911).

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Planche de l’herbier du MNHN (n° d’inventaire MNHN-P-P01840911) ; Iris susiana L., collecté par l’Abbé Michon en Palestine en 1852

De son côté, le site internet de la RHS (Royal Horticultural Society) mentionne plusieurs synonymes : « Iris de Chalcédoine » (c’est sous ce nom qu’il apparaît dans l’herbier de Basilius Besler) et « Iris deuil », cette dernière dénomination faisant certainement référence à la nuance très particulière du violet de la fleur, tirant subtilement vers le noir, qui n’est pas sans rappeler le violet des ornements liturgiques dédiés aux temps de pénitence ou aux funérailles.

 

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Herbier de Basilius Besler (1613) ; au centre, Iris calcedonica

Reste-t-il des descendants de ces Iris de Suse plantés par Elsa Kœberlé à Saint-André ? Je ne saurais le dire. Il me faudra les scruter plus attentivement lors de la prochaine floraison !

Grâces soient donc rendues à Elsa qui, au détour d’une recherche dans ses archives, m’a permis de faire cette jolie découverte.

Et je n’en veux pas à Jean Giono d’avoir affirmé de manière si définitive que l’Iris de Suse n’existait pas : il a eu le génie poétique de le réinventer.

 

Jean GIONO, L’iris de Suse, Editions Gallimard, collection « Folio », Paris, 1970.