Mardi 14 avril

Aujourd’hui : Villa Barbarigo à Valsanzibio (Vénétie)

… toujours en compagnie de Mrs. Wharton, donc. Le jardin de Valsanzibio se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Padoue, au pied des Monts Euganéens. Il est visitable et appartient, depuis 1929, à la famille Pizzoni Ardemani, qui continue de l’entretenir et de le valoriser.

Ce qu’Edith Wharton n’indique pas dans sa notice, c’est que ce jardin, dès sa création, a été conçu comme un parcours symbolique et initiatique. Voici ce qu’en dit l’introduction du site institutionnel du jardin (disponible en italien et en anglais seulement) :

Valsanzibio a été porté à sa splendeur actuelle au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle par le noble vénitien Zuane Francesco Barbarigo, aidé par ses fils Antonio et Gregorio. C’est ce dernier, le fils aîné Gregorio, cardinal, évêque de Padoue et futur saint, qui a inspiré la haute symbolique du projet dû à l’architecte et fontainier pontifical Luigi Bernini. Le cardinal Gregorio Barbarigo, à la suite d’un vœu solennel prononcé par son père en 1631 (dans le contexte d’une épidémie de peste, ndlr), voulait que le jardin de Valsanzibio soit un emblème monumental du chemin de la perfection qui conduit l’homme de l’erreur à la vérité, de l’ignorance à la Révélation.

Mais donnons maintenant la parole à Edith Wharton…

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Illustration de Maxfield Parrish

« A dix ou onze kilomètres de Battaglia, dans une vallée étroite et fertile des Monts Euganéens, se trouve un des plus beaux jardins d’agrément italiens, celui de la Villa de Val San Zibio. On arrive par un terrain public couvert de gazon et l’on se trouve face à un arc de triomphe imposant avec un façade de pierres rustiquées et un fronton orné de statues. L’arche, qui ressemble tout à fait à un portail d’entrée ouvert dans les hauts murs d’enceinte, semble avoir été placée là uniquement pour offrir, de la route, un point de vue sur le château d’eau*, l’un des principaux ornements du jardin. En France, on pratiquait souvent une brèche dans les murs de clôture pour dévoiler une belle perspective, mais c’était une coutume peu suivie en Italie, bien qu’on en trouve un exemple à Frascati, avec la grille de la Villa Aldobrandini.

La maison de Val San Zibio tourne le dos à la route et son architecture du XVIIème siècle, sans prétention, ressemble assez à celle de la Villa de Gori à Sienne, même si le rapprochement très palladien des fenêtres centrales trahit la proximité de Venise.

Elle donne sur une terrasse fermée par une balustrade d’où de vastes marches descendent vers les jardins qui épousent la pente douce du terrain. Ils sont d’une grande beauté avec leurs allées de hêtres en berceau, leur large tapis vert*, leurs fontaines, leurs bancs de marbre et leurs statues placées dans de délicieuses niches de verdure parfaitement taillée. D’un côté, se trouve un petit lac, de l’autre un « mont » couronné d’une statue, et une allée conduit à un labyrinthe bien conservé au centre duquel s’élève une plate-forme. A l’heure actuelle, on trouve peu de ces labyrinthes en Italie, où ils ne furent jamais aussi prisés qu’en Hollande ou en Angleterre. L’important château d’eau*, avec ses Néréides allongées et ses Tritons soufflant dans leurs conques, suit une pente qui n’est pas aussi escarpée qu’à l’ordinaire et, de chaque côté, de hauts rideaux de hêtres brodent les bois de grands arbres à feuilles caduques. Ces haies sont typiques du nord de l’Italie où les platanes, les hêtres et ormes remplacent les « feuillages persistants » du sud. Il y a, dans les jardins de Val San Zibio, un coin particulièrement enchanteur : quatre allées couvertes de gazon et bordées de hêtres élagués convergent vers un bassin de pierre enfoui dans une pelouse épaisse et décoré de quatre putti qui, assis sur la margelle, trempent leurs pieds dans l’eau. Le fait que les anciens jeux d’eau soient toujours en activité contribue aussi à la singularité de l’endroit : le visiteur, tout surpris, se retrouve trempé par des jets écumeux qui bondissent depuis le palier d’un escalier ou manque de mettre le pied dans une rigole courant à travers un dallage, se faisant ainsi une idée des surprises aquatiques qui procuraient à ses ancêtres un divertissement sans cesse renouvelé. »

Edith Wharton, Villas & Jardins d’Italie, « Les Villas de Vénétie », pp.131-133, traduit de l’anglais par Michèle Hechter, Editions Gérard-Julien Salvy, Paris, 1986.

* En français dans le texte.

Edith Wharton – Val San Zibio PDF

Musique du jour

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La « Barca di Venetia per Padova » (1605), d’Adriano Banchieri (1568-1634), moine olivétain natif de Bologne et néanmoins compositeur, théoricien de la musique et organiste.

La « Barca » raconte en 20 madrigaux, de manière très humoristique et parfois truculente (et oui), un voyage nocturne sur la Brenta, entre Venise et Padoue. Tout le petit monde vénitien du tout début du XVIIème siècle est ainsi réuni : marchands, bateliers, ecclésiastiques, habitants du Ghetto…

Je vous propose de voir l’œuvre dans une très jolie mise en scène réalisée pour la RSI (Radiotelevisione svizzera), très Commedia dell’arte. Interprétée par I Madrigalisti du Cœur de la Radio Svizzera, I Barrochisti dirigés par Diego Fasolis.

Barca di Venetia per Padova – Antonio Banchieri

Lundi 13 avril

Etant parvenu à faire tout ce qui relevait de l’ « urgence urgente », j’ai profité de ce weed-end prolongé de Pâques (et d’un probable prolongement du confinement) pour faire une petite pause et prendre deux jours de repos. Je ne serai donc de retour à Saint-André que jeudi prochain et nul doute qu’en l’espace de ces quelques jours, il y aura eu du changement. Dont je vous ferai part, bien sûr !

Je me suis donc plongé (j’aurais dû le faire il y a longtemps) dans les quelques milliers de photos que j’ai prises ces trois dernières années, pour les classer et les trier, autant que faire se peut. Ce faisant, je me suis dit qu’il pourrait être agréable — et intéressant — de vous proposer un petit voyage (immobile) outre-monts, dans quelques jardins italiens que j’ai eu la chance de visiter en septembre 2018. Une manière aussi de faire un signe à nos amis italiens, avec qui nous partageons la même épreuve.

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Edith Wharton

Mais avant cela, c’est pour moi l’occasion d’évoquer ici la figure d’Edith Wharton (1862-1937), femme de lettres américaine, à qui nous devons la découverte (ou redécouverte) de l’art des jardins en Italie. Grande voyageuse, Edith Wharton se prend de passion pour l’Italie et notamment pour ses paysages et ses jardins. En 1904, elle publie « Villas & Jardins d’Italie », ouvrage qui fera date et fait toujours référence en la matière.edith-wharton-italian-cover

Je retranscris ici l’intégralité de l’introduction de cet ouvrage, qui m’a aidé a comprendre bien des aspects des jardins… de Saint-André, vous comprendrez pourquoi ! Cette introduction leur va comme un gant… Vous jugerez de la finesse et de l’intelligence des analyses d’Edith Wharton, spécialement en ce qui concerne l’art d’adapter un « style », qui nécessite qu’au-delà de la lettre on ait été capable d’en saisir l’esprit

Ce texte n’a été traduit pour la première fois en français qu’en 1986 par Michèle Hechter, pour les Editions Gérard-Julien Salvy. C’est dans cette traduction que vous pourrez lire l’introduction ci-dessous. Cette édition est aujourd’hui épuisée mais l’intégralité du texte est désormais disponible en livre de poche aux Editions Tallandier, coll. Texto.

Fiche de l’ouvrage sur le site des Editions Tallandier

Pour celles et ceux d’entre-vous qui seraient rétifs à la lecture au long cours sur un écran (j’en fais partie), vous pouvez télécharger ici une version PDF du texte que vous pourrez imprimer : Edith Wharton – Villas et Jardins d’Italie. Introduction

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Illustration de Maxfield Parrish pour la première édition – Boboli (Florence)
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Frontispice de la première édition

 » L’art des jardins, en Italie, ne s’est jamais soumis — bien que l’on s’en plaigne parfois — aux contraintes de l’art floral. Le jardin italien n’existe pas pour ses fleurs mais les fleurs existent pour lui : elles apportent à ses charmes une grâce tardive et rare, parenthèse qui ne fait qu’ajouter une note supplémentaire à l’enchantement général. Certes, la difficulté de cultiver les fleurs — excepté celles qui s’épanouissent au printemps — dans un climat particulièrement chaud et sec, explique en partie cette caractéristique, mais cela permet d’utiliser admirablement trois autres éléments de composition — le marbre, l’eau et la verdure persistante, aux effets plus durables — créant ainsi une ingénieuse harmonie qui n’était plus soumise aux saisons.

Il n’est pas aisé de convaincre aujourd’hui l’amoureux des jardins, dont le goût a été formé par une succession de tableaux floraux enchanteurs, qu’on peut être envoûté par quelque chose d’aussi terne et monotone qu’un simple assortiment de pelouses rases et de pierres.

Le voyageur, au retour d’Italie, a les yeux et l’imagination remplis de l’ineffable magie de ses jardins ; il a subi leur charme et sait, obscurément, qu’il agit avec plus de force et de persistance, qu’il trouble les sens plus puissamment que les réalisations les plus élaborées et les plus brillantes de l’horticulture moderne ; mais sans doute aura-t-il du mal à découvrir la clé de ce mystère. Serait-ce parce que le ciel est plus bleu, la végétation plus luxuriante ? Nos ciels d’été sont presque aussi profonds, nos feuillages aussi riches et peut-être même plus variés ; il y a, en effet, de nombreuses ressemblances entre l’été nord-américain et le printemps ou l’automne italien.

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Illustration de Maxfield Parrish pour la première édition. La Villa d’Este

Ceux qui ont succombé à cet envoûtement ont tendance à imputer la magie du jardin italien à l’effet du temps ; certes, la mémoire qu’il recèle provoque l’admiration, mais cela ne suffit pas à expliquer toute sa beauté. Il faut chercher la réponse plus profondément et étudier le jardin dans ses relations avec la villa, et tous deux dans leurs relations avec le paysage. Le jardin du Moyen-Age, représenté sur les enluminures des vieux missels et les premières gravures sur bois, n’était qu’un lopin de terre pris dans l’enceinte du château ; on y faisait pousser des « simples » autour d’un puits central, les fruits étant cultivés en espaliers le long des murs. Mais, avec l’épanouissement rapide de la civilisation italienne, les murs d’enceintes du château furent bientôt abattus, de sorte que le jardin put s’étendre en intégrant le vivier, le terrain de jeu, la tonnelle de roses et la promenade. La maison de campagne italienne, surtout dans le centre et dans le sud du pas, était la plupart du temps construite à flanc de coteau ; un jour, sans doute, un architecte voulut profiter de la vue depuis la terrasse de sa villa et dut se rendre compte que le jardin et le paysage alentour formaient une unité ; c’étaient deux éléments indissociables.

Grâce à cette découverte, le premier pas était franchi dans la voie de l’accomplissement artistique du jardin de la Renaissance : il fallait ensuite que l’architecte trouvât le moyen d’unir l’art et la nature en un seul tableau. Trois problèmes se posèrent alors : le jardin devait s’harmoniser avec les lignes architecturales de la villa contigüe ; il devait s’adapter aux exigences de ses occupants et leur fournir, par exemple, des promenades ombragées, des pelouses ensoleillées, des parterres de fleurs et des vergers facilement accessibles ; enfin il devait être en accord avec le paysage environnant. Jamais, dans un autre pays, ce triple problème n’a été plus élégamment traité qu’en Italie, entre le début du XVIème siècle et la fin du XVIIIème siècle. C’est dans la combinaison d’éléments différents, dans la subtile transition qui s’opère entre les lignes fixes et structurées de l’art et les courbes mouvantes et irrégulières de la nature, enfin dans son observance des règles d’agrément et de commodité que se trouve le secret des vieux jardins enchanteurs.

D’autres facteurs contribuent néanmoins à créer cette pression de charme mais, même si on élimine les uns après les autres en effaçant les fleurs, le soleil, les riches nuances du passé, il demeure une sorte d’harmonie profonde et générale qui semble ne rien devoir aux effets accidentels. Cela ne veut ps dire pour autant que les plans d’un jardin italien soient aussi beaux que le jardin lui-même. Les éléments les plus stables qui le composent — les constructions de pierre, les frondaisons toujours vertes, les cascades ou les eaux dormantes et, par-dessus tout, l’ensemble des lignes du décor naturel — entrent dans le projet de l’artiste ; leur beauté ne peut être altérée par les saisons. Pourtant, ils ne sont qu’accessoires par rapport au plan d’ensemble. La beauté essentielle du jardin tient à la disposition de ses volumes, aux lignes convergentes de ses longues allées de yeuses, à l’alternance des espaces ouverts et ensoleillés avec les bois ombreux et frais, à l’harmonie des proportions entre la terrasse et les pelouses ou entre la hauteur d’un mur et la largeur d’un chemin. L’architecte paysagiste de la Renaissance ne négligeait aucun de ces détails : il se préoccupait autant de la distribution entre l’ombre et la lumière, ou entre les angles nets des constructions de pierre et les mouvements onduleux des feuillages, que des rapports de sa composition avec le paysage environnant.

Si l’on s’intéresse aux vieux jardins italiens, on ne peut qu’être frappé par le fait que les architectes avaient tendance à dégager et à simplifier les perspectives dès qu’ils travaillaient dans un paysage grandiose. Les foisonnements de détails, les superpositions de terrasses, les fontaines, les labyrinthes et les portiques n’existent pas dans les sites ouverts où l’œil recherche les vastes horizons. Plus on remonte vers le nord de l’Italie, mois les paysages sont vastes et plus les jardins sont sophistiqués. Les grands parcs qui dominent la campagne romaine dessinent des lignes austères et majestueuses, presque sans diversité ; l’effet général est d’ampleur et de simplicité.

Et c’est justement parce qu’aujourd’hui les paysagistes se soucient peu d’appliquer ces trois principes fondamentaux, que l’amateur ne devrait pas se contenter d’une vague fascination pour les jardins d’Italie, mais tenter plutôt d’en extraire quelques règles utilisables chez lui. Il devrait noter, par exemple, que les jardins italiens étaient faits pour qu’on y vive, usage qu’on leur accorde rarement de nos jours, en Amérique du moins. Le parc était donc conçu aussi soigneusement et commodément que la maison : de larges allées (dans lesquelles deux personnes ou plus pouvaient marcher de front) permettaient tous les déplacements ; de la maison, on pouvait aussi aisément gagner les endroits ombragés que les chemins couverts de tonnelles laissant passer le soleil en hiver ; des allées poussiéreuses et posées d’arbres, on accédait facilement aux parterres fleuris et aux pelouses bien planes du terrain de jeu. Le voyageur devrait se rappeler que les terrasses, et les jardins à proprement parler, jouxtaient la maison, que les chênes verts et les lauriers bordant les allées étaient soigneusement taillés de manière à ménager une transition entre les lignes nettes de la villa et le foisonnement touffu des bois, chaque pas qui vous éloignait de l’architecture de l’édifice vous familiarisant davantage avec la nature.

Les Britanniques ont légué aux Américains leur culte pour les jardins à l’italienne ; ces derniers ont l’impression qu’il suffit de placer un banc de marbre ici, un cadran soleil là, pour obtenir l’effet d’« italianité » voulu. Les résultats sont loin d’être satisfaisants malgré les sommes et l’énergie dépensées ; quelques critiques en ont donc conclu que le jardin italien était inexploitable et qu’il ne pouvait souffrir un quelconque changement d’époque ou de lieu.

Il est certain qu’on ne peut reproduire tous ses aspects, la somptuosité architecturale, par exemple, ni certaines couleurs pâlies par le temps. Pourtant, les jardins italiens ont beaucoup à nous apprendre si l’on accepte de suivre leur inspiration, non dans la lettre mais dans l’esprit. Un sarcophage de marbre et une douzaine de colonnes torsadées de feront jamais un jardin à l’italienne ; en revanche, une étendue de terrain bien plantée et aux contours harmonieux, conçue selon ces principes éprouvés, ne donnera pas un jardin italien, au sens littéral, mais, ce qui est de loin plus intéressant, un jardin qui sera aussi bien adapté à l’environnement que les modèles dont il s’inspire.

Tel est le secret que nous livrent les villas d’Italie ; celui qui a fait une fois l’effort de les observer de ce point de vue ne pourra plus se satisfaire d’une admiration vague. Comme Browning, passant le cap Saint-Vincent et la baie de Trafalgar, s’exclamait : « Here and here did England help me : how can I help England ? » – say,

l’amoureux des jardins qui rêve de donner à son petit bout de terre quelque chose de la magie italienne, se promenant sous les pins parasols de la Villa Borghese ou le long des massifs fleuris de la Villa Lante, se demandera : « Que pourrais-je en rapporter ? » Plus il y réfléchira, plus la réponse s’imposera d’elle-même : « Ni ceci, ni cela ; ni cette statue amputée, ni ce morceau de bas-relief ; non, aucun effet fragmentaire de ce genre ; il s’agit plutôt de s’imprégner de l’esprit de l’artiste et d’étudier les moyens qu’il a mis en œuvre pour réaliser son inspiration. » »

Demain : visite du Jardin de la Villa Barbarigo à Valsanzibio, toujours sous la houlette de Mrs. Wharton…

 

Musique du jour

Pour rester dans l’esprit de ce voyage, Harold en Italie, d’Hector Berlioz mais dans la splendide transcription pour piano et alto qu’en a fait Franz Lizst dans les années 1836-1837.

Gérard Caussé à l’alto, François-René Duchable au piano.

 

Photo en tête de l’article : Jardin de la Villa Barbarigo à Valsanzibio (Vénétie). Septembre 2018.

Dimanche 12 avril

DSC01019A chacune et à chacun d’entre vous,

Je souhaite une belle fête de Pâque, malgré les circonstances qui nous enchainent les uns loin des autres, particulièrement de ceux que nous aimons.

Je pense à celles et ceux d’entre-vous qui vivront ce jour dans la solitude, privés de leur famille et de leurs amis ou qui, peut-être, ont perdu un être cher. A celles et ceux, soignants ou malades, qui ont perdu le fil du temps dans les hôpitaux…

Puisse ce mot vous apporter un peu de réconfort et un peu de joie.

Avec toute mon amitié.

Florilège de Christ-jardinier…

Marguerite Yourcenar, Le Temps, ce grand sculpteur, essais, X. Fête de l’an qui tourne, « Séquence de Pâques : une des plus belles histoire du monde », 1977. Editions Gallimard, Paris, 1983.

La nuit venue, ce maître, plus seul encore dans ce coin de verger qui domine la ville où tous, sauf ses ennemis, l’ont oublié : les longues heures noires où la prescience se change en angoisse ; la victime qui prie pour que l’épreuve attendue lui soit épargnée, mais sait aussi qu’elle ne peut pas l’être et que, « si c’était à refaire », il referait le même chemin ; « l’âme éternelle » qui observe son vœu « malgré la nuit seule ». (Qu’Aragon et Rimbaud nous aide à comprendre Marc ou Jean.) Pendant qu’il souffre, ses amis dorment, incapables de sentir l’urgence du moment. « Ne pouvez-vous veiller un moment avec moi ? » Non : ils ne peuvent pas ; ils ont sommeil ; et celui qui les appelle n’ignore pas d’ailleurs que le temps viendra où ces malheureux auront aussi à souffrir et à veiller.

L’arrivée de la troupe, prête à arrêter l’inculpé. Le bouillant défenseur qui risque d’empirer encore les choses et presque aussitôt se dégonflera. Les deux établissements, l’ecclésiastique et le laïque, gênés quand même, ce repassant l’accusé ; l’éternel dialogue de la ferveur et du scepticisme, se complétant l’un l’autre : « Quiconque aime la vérité m’écoute. — Qu’est-ce que la vérité ? » Le grand fonctionnaire excédé, qui voudrait bien se laver les mains de cette affaire, laissant à la foule le choix du prisonnier qu’on libérera pour la fête toute proche et ce qu’on choisit est, bien entendu, la vedette du crime et non le juste innocent. Le condamné, insulté, frappé, tourmenté par d’épaisses brutes dont plusieurs sont probablement de bons pères de famille, de bons voisins, de bons types, forcé de traîner la poutre de son gibet, comme dans les camps, parfois, les prisonniers traînaient une pelle pour creuser leur fosse. Le petit groupe des amis restés tout près du supplicié, acceptant l’humiliation et le danger qu’encourt la fidélité. Les chamailleries des gardiens qui se disputent la défroque vide, comme en temps de guerre les camarades d’un mort se dispute parfois son ceinturon et ses bottes.

La tendresse se faisant jour sous la forme de recommandations aux siens, de la part d’un être trop pris jusque-là par sa mission pour songer beaucoup à eux : le mourant donnant pour fils à sa mère son meilleur ami. (Ainsi, de notre temps, par tous pays, les dernières lettres de condamnés ou de soldats partant pour une mission dont ils ne reviendront pas, pleines de conseils quant au mariage de la sœur ou à la pension de la vieille mère.) L’échange de propos avec un condamné de droit commun en qui on a reconnu un homme de cœur ; la longue agonie au soleil, au vent aigre, à la vue de la foule qui, peu à peu, s’écoule parce que ça n’en finit pas. L’exclamation qui semble indiquer que, pour que tout soit accompli, le désespoir est un état par lequel il faut passer. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et, dans quelques heures, ces pauvres gens obtiendront pour leur mort l’aumône d’un tombeau et les factionnaires (on se méfie des rassemblements) dormiront près du mur comme naguère près du vivant angoissé les humbles compagnons fatigués.

Quoi encore ? Les heures, les jours, les semaines qui s’écoulent ensuite entre deuil et confiance, entre fantôme et Dieu, dans cette atmosphère crépusculaire où rien est tout à fait avéré, vérifié, probant, mais où passe le courant d’air de l’inexplicable, comme tel de ces pauvres rapports fait à des sociétés pour l’avancement des sciences psychiques, d’autant plus troublants qu’ils sont inconclusifs.

L’ancienne fille de joie venue au cimetière prier et pleurer, et croyant reconnaître celui qu’elle a perdu sous l’aspect du jardinier. (Quel plus beau nom donné à celui qui fait lever tant de semences dans l’âme humaine ?)

Et plus tard, quand l’émotion, comme disent les rapports de police, s’est un peu calmée, les deux fidèles marchant le long d’une route, rejoints par un sympathique voyageur qui consent à s’attabler avec eux à l’auberge et disparaît au moment où ils se disent que c’est Lui. L’une des plus belles histoires du monde s’achève par ces reflets d’une Présence, assez semblables à des nuages que colore encore le soleil passé sous l’horizon.

« Je me sentirais plus près de Jésus s’il avait été fusillé plutôt que crucifié », me disait un jour un jeune officier ayant fait la guerre de Corée. C’est pour lui et pour tous ceux qui ne parviennent pas à retrouver l’essentiel sous ce qu’on pourrait appeler les accessoires du passé, que je me suis risquée à écrire ce qui précède.

Musique pour ce jour

Jean-Sébastien Bach

Cantate BWV 31

Oratorio de Pâques (BWV 249).

Samedi 11 avril

Avant d’entrer dans la Nuit,

Huit minutes (et des poussières) contemplatives, pour se préparer à l’aube qui vient.

L’image semble immobile, mais elle ne l’est pas… Laissez-vous porter par la musique d’Antonín Dvořák (1841-1904), Quatuor à cordes en Mi mineur Op. 10, Andante religioso.

 

Et encore ceci pour la route…

Olivier Messiaen, Turangalîla-Symphonie (1946-1948).

VI. Jardin du sommeil d’amour (très modéré, très tendre).

Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung ; Roger Muraro au piano ; Valérie Hartmann-Claverie aux ondes martenot (enregistré Salle Pleyel le 3 octobre 2008).

 

Vendredi 10 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Musique au jardin

De Jean-Sébastien Bach, la Cantate BWV 106, « Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit » dite Actus Tragicus,

et de Frederic Mompou, deux extraits de ses magnifiques Impropères (les Impropères font partie, dans la liturgie catholique latine, de l’Office de la Passion du Vendredi Saint).

Mompou. Los Improperios. I. Preludio

Mompou. Los Improperios. II. Popule meus

Vous pouvez retrouver les Impropères en intégralité ici : Frederic Mompou ; Les Impropères

 

Jeudi 9 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Mon aide-jardinier du jour…

J’ai aujourd’hui bénéficié de la présence (précieuse) de mon aide-jardinier préféré : mon chat Balthazar…

Travailler…

 

…et bien sûr, se reposer.

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Travaux du jour

Après avoir complété l’arrosage d’hier, j’ai repris mes travaux de désherbage, dans les allées qui longent l’oliveraie au pied de la chapelle Sainte-Casarie. Sous haute surveillance…

Musique du jour

Olivier Messiaen
Olivier Messiaen, portrait par Arnaud Baumann

Olivier Messiaen, toujours, pour rester dans l’esprit de la semaine…

Pièces interprétées par Olivier Latry (j’ai tenté de savoir sur quel instrument, sans succès).

Le Banquet céleste

Livre du Saint-Sacrement. VIII. Institution de l’Eucharistie

Mercredi 8 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Travaux du jour

Aujourd’hui, arrosage méticuleux du sentier de botanique méditerranéenne, qui commençait à en avoir bien besoin. Je n’avais pas arrosé depuis les plantations en décembre. Comme la météo a dû vous l’apprendre (si vous n’habitez pas le sud-est), ici c’est quasiment l’été. Il était donc grand temps de venir en aide à nos nouvelles arrivées, qui se portent toutes très bien.

La grande floraison de coquelicot se prépare patiemment… parmi eux, quelques messicoles semées l’an dernier qui se sont ressemées et font leur vie. Un vrai bonheur !

Mea culpa, mea maxima culpa…

Dans l’article que j’ai consacré au sentier botanique (week-end du 28/29 mars) j’ai commis deux omissions impardonnables (qui, je l’espère, me seront néanmoins pardonnées !)

J’ai omis de rappeler que la magnifique palette végétale du sentier botanique a été composée par la botaniste-jardinière Véronique Mure : pardon Véronique ! Je vous invite à nouveau à aller visiter son site internet pour découvrir son travail : https://www.botanique-jardins-paysages.com/

Enfin, j’ai oublié de dire (mais où avais-je la tête, ingrat que je suis ?) que plusieurs personnes s’étaient jointes à nous pour les plantations en décembre, des « amis » des jardins de Saint-André qui ont répondu à l’appel que j’avais lancé à l’occasion du dernier atelier de la saison ou qui se sont proposés spontanément pour nous aider, venant parfois de loin : MILLE MERCIS A EUX !

Souvenirs des plantations, le 5 décembre 2019

Musique au jardin

Aujourd’hui, Olivier Messiaen : Trois petites liturgies de la présence divine (œuvre créée le 21 avril 1945). Olivier Messiaen fait partie des compositeurs dont j’emporterais les œuvres sur une île déserte, comme on dit… Sa musique m’accompagne depuis longtemps, depuis que mon professeur de philosophie, au Lycée (c’était au Lycée Camargue, à Nîmes) me l’a fait découvrir en me tendant un jour, à la fin d’un cours, un enregistrement 33 tours du Quatuor pour la fin du temps, en me disant : « Je pense que cela devrais te plaire ». Je n’ai jamais pu dire à ce professeur ce que je lui devais, combien je lui étais reconnaissant d’avoir permis cette découverte et c’est toujours pour moi un regret.

Les poèmes des Trois petites liturgies sont de Messiaen. Je vous les propose ci-dessous, pour accompagner l’écoute. Ils condensent toute sa spiritualité, faite de joie, de couleurs, d’oiseaux, de fleurs… Bonne écoute !

I – Antienne de la conversation intérieure (Dieu présent en nous…)

Mon Jésus, mon silence,
Restez en moi.
Mon Jésus, mon royaume de silence,
Parlez en moi.
Mon Jésus, nuit d’arc-en-ciel et de silence,
Priez en moi.

Soleil de sang, d’oiseaux,
Mon arc-en-ciel d’amour,
Désert d’amour,
Chantez, lancez l’auréole d’amour,
Mon Amour.
Mon Amour,
Mon Dieu.

Ce oui qui chante comme un écho de lumière,
Mélodie rouge et mauve en louange du Père,
D’un baiser votre main dépasse le tableau,
Paysage divin, renverse-toi dans l’eau.

Louange de la Gloire à mes ailes de terre,
Mon Dimanche, ma Paix, mon Toujours de lumière,
Que le ciel parle en moi, rire, ange nouveau,
Ne me réveillez pas: c’est le temps de l’oiseau !

II. Séquence du Verbe, cantique divin (Dieu présent en lui-même…)

Refrain: Il est parti le Bien-Aimé, C’est pour nous ! Il est monté le Bien-Aimé, C’est pour nous ! Il a prié le Bien-Aimé, C’est pour nous ! Pour nous!

I

Il a parlé, il a chanté, Le Verbe était en Dieu ! Il a parlé, il a chanté, Et le Verbe était Dieu ! Louange du Père, Substance du Père, Empreinte et rejaillissement toujours, Dans l’Amour, Verbe d’Amour !

II

Par lui le Père dit: C’est moi, Parole de mon sein! Par lui le Père dit: C’est moi, Le Verbe est dans mon sein ! Le Verbe est la louange, Modèle en bleu pour anges, Trompette bleue qui prolonge le jour, Par Amour, Chant de l’Amour !

III

Il était riche et bienheureux, Il a donné son ciel! Il était riche et bienheureux, Pour compléter son ciel ! Le Fils, c’est la Présence, L’Esprit, c’est la Présence ! Les adoptés dans la grâce toujours, Pour l’Amour, Enfants d’Amour !

IV

Il a parlé, il a chanté, Le Verbe était en Dieu ! Il a parlé, il a chanté, Et le Verbe était Dieu ! Louange du Père, Substance du Père, Empreinte et rejaillissement toujours, Dans l’Amour, Verbe d’Amour !

V

Il est vivant, il est présent, Et Lui se dit en Lui ! Il est vivant, il est présent, Et Lui se voit en Lui ! Présent au sang de l’âme, Étoile aspirant l’âme, Présent partout, miroir ailé des jours, Par Amour, Le Dieu d’Amour !

III. Psalmodie de l’ubiquité par amour (Dieu présent en toutes choses…)

I

Tout entier en tous lieux,

Tout entier en chaque lieu,

Donnant l’être à chaque lieu,

A tout ce qui occupe un lieu,

Le successif vous est simultané,

Dans ces espaces et ces temps que vous avez créés,

Satellites de votre Douceur.

Posez-vous comme un sceau sur mon cœur.

II

Temps de l’homme et de la planète,

Temps de la montagne et de l’insecte,

Bouquet de rire pour le merle et l’alouette,

Eventail de lune au fuchsia,

A la balsamine, au bégonia ;

De la profondeur une ride surgit,

La montagne saute comme une brebis

Et devient un grand océan.

Présent, vous êtes présent.

Imprimez votre nom dans mon sang.

III

Dans le mouvement d’Arcturus, présent.

Dans l’arc-en-ciel d’une aile après l’autre,

(Écharpe aveugle autour de Saturne),

Dans la race cachée de mes cellules, présent,

Dans le sang qui répare ses rives,

Dans vos Saints par la grâce, présent

(Interprétations de votre Verbe, Pierres précieuses au mur de la Fraîcheur.)

Posez-vous comme un sceau sur mon cœur.

IV

Un cœur pur est votre repos,

Lis en arc-en-ciel du troupeau

Vous vous cachez sous votre Hostie,

Frère silencieux dans la Fleur-Eucharistie,

Pour que je demeure en vous comme une aile dans le soleil,

Vers la résurrection du dernier jour.

Il est plus fort que la mort, votre Amour.

Mettez votre caresse tout autour.

V

Violet-jaune, vision,

Voile blanc, subtilité,

Orangé-bleu, force et joie,

Flèche azur, agilité,

Donnez-moi le rouge et le vert de votre amour

Feuille-flamme-or, clarté.

Plus de langage, plus de mots,

Plus de prophètes ni de science

(C’est l’Amen de l’espérance, Silence mélodieux de l’Éternité.)

Mais la robe lavée dans le sang de l’Agneau,

Mais la pierre de neige avec un nom nouveau,

Les éventails, la cloche et l’ordre des clartés

Et l’échelle en arc-en-ciel de la Vérité,

Mais la porte qui parle et le soleil qui s’ouvre,

L’auréole tête de rechange qui délivre,

Et l’encre d’or ineffaçable sur le livre ;

Mais le face à face et l’Amour.

VI

Vous qui parlez en nous,

Vous qui vous taisez en nous,

Et gardez le silence dans votre Amour,

Vous êtes près, vous êtes loin,

Vous êtes la lumière et les ténèbres,

Vous êtes si compliqué et si simple,

Vous êtes infiniment simple. — L’arc-en-ciel de l’Amour, c’est vous,

L’unique oiseau de l’Éternité, c’est vous!

Elles s’alignent lentement, les cloches de la profondeur.

Posez-vous comme un sceau sur mon cœur.

XII

Vous qui parlez en nous,

Vous qui vous taisez en nous,

Et gardez le silence dans votre Amour,

Enfoncez votre image dans la durée de mes jours.

Mardi 7 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Travaux du jour

Jour sans vent, j’ai donc pu terminer le semis dans le jardin italien.

Comme promis, voici la composition des deux mélanges utilisés.

« Gazon » : Cynodon dactylon ; Festuca arundinacea (Fétuque élevée) ; Poa pratensis (Pâturin des près) ; Achillea odorata (Achillée odorante) ; Trifolium fragiferum (Trèfle fraise).

Prairie fleurie : Antirrhinum majus (Muflier) ; Callistephus chinensis (Reine marguerite) ; Centaurea cyanus (Bleuet des champs) ; Consolida regalis (Pied d’alouette) ; Cosmos bipinatus (Cosmos) ; Eschscholzia californica (Coquelicot de Californie) ; Gypsophila elegans (Gypsophile élégante) ; Iberis umbellata (Iberis en ombelle) ; Lobularia maritima (Alysse maritime) ; Nigella damascena (Nigelle de Damas) ; Saponaria vaccaria (Saponaire des vaches) ; Silene coeli-rosa / viscaria oculata (Silene visqueux).

Ces très beaux mélanges sont composés par la société Phytosem, installée à Gap, qui nous avait déjà fourni les semences l’an dernier (pour en savoir plus : Site de Phytosem)

Le semis (avec Olivier Messiaen… merci à Marie Viennet qui a fait la vidéo !) et l’arrosage automatique en fonction !

Musique au jardin

Aujourd’hui, Les Années de pèlerinage de Franz Liszt (1811-1886).

Deux extraits :

Les cloches de Genève (Nocturne) (Quasi Allegretto — Cantabile con moto — Animato — Più lento), pièce qui clôture le recueil Première année : Suisse (S 160).

Les jeux d’eau à la Villa d’Este (Allegretto), quatrième pièce du recueil Troisième année : Italie (S 163). Elle est ici interprétée par Claudio Arrau : l’enregistrement n’est pas fameux, l’image non-plus, mais c’est Arrau ! Une merveille.

Lundi 6 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Travaux du jour

Le vent s’étant manifesté plus tard que prévu, j’ai pu commencer le semis de prairie fleurie dans le jardin italien. Deux palmettes sur quatre… puis le vent s’est levé ! Suite et fin demain, si le vent est tombé.

Cette année, je vais tester une nouveauté… L’an dernier, nous avons constaté que, bien que très belle, la prairie fleurie était un peu trop haute, surtout sur les bords des palmettes dont elle masquait le dessin. Afin de conserver au mieux ce dessin, j’ai donc proposé de semer une « alternative » au gazon (dont je vous donnerai la composition demain), adaptée à un terrain pauvre, sec et ensoleillé, que je tondrai donc régulièrement afin de conserver une bande rase et tapissante sur les bords des parcelles. Seul le centre des palmettes est semé en prairie fleurie. Voilà le projet de l’année, sur le papier en tout cas…  Nous verrons dans quelques mois si le résultat concret est à la hauteur concept ! Croisons les doigts.

Musique du jour

Je voudrais partager avec vous une œuvre qui me tient très à cœur, en étant conscient qu’elle sera peut-être difficile et déconcertante : Verklärte Nacht, « La Nuit transfigurée » op. 4, d’Arnold Schönberg (1874-1951), composée en 1899. Œuvre d’ombre et de lumière, que j’écoute souvent au jardin. Elle se joue d’un seul souffle. Ne vous laissez pas décourager par l’âpreté de la première partie, tendue, nocturne, dissonante, déchirante, presque angoissante et qui nous saisit aux tréfonds de l’âme (et du corps) : elle prépare à la lumière, qui vient tout apaiser avec douceur de manière bouleversante. La Nuit transfigurée est un cheminement.

Je vous propose de l’entendre dans sa version pour sextuor à cordes (qui a ma préférence ; il existe aussi une version pour orchestre à cordes), magistralement interprétée par les membres du Quatuor Ébène, auxquels se sont joints Arnaud Thorette à l’alto et Felix Drake au violoncelle.

Samedi 4 / Dimanche 5 avril

Comme promis, je vais vous donner ce week-end quelques nouvelles du grand parterre du jardin italien.

Vous le savez déjà (ou peut-être pas…) mais voilà un an déjà qu’a été prise la décision de tourner la page des rosiers. Je vous ai souvent parlé des problèmes liés à ces massifs de rosiers (des Rosa chinensis ‘Old Blush’) et des nombreuses difficultés auxquelles il fallait faire face : pauvreté extrême d’un sol très abimé, exposition problématique, inadaptation des rosiers aux conditions climatiques et pédologiques. Sans compter le fait que, au grand dam des visiteurs estivaux, les rosiers étaient réduits à leur plus simple expression à partir de la mi-juin et ne se refaisaient « une beauté » qu’en septembre, fleurissant à partir de novembre, pendant toute la période de fermeture des jardins au public !

Souvenons-nous… du temps des rosiers

En décembre 2018, une rencontre « au sommet » a réuni à Saint-André, autour de Gustave et Marie Viennet, des membres de la DRAC Occitanie, Jean-Michel Sainsard, expert Parcs et Jardins au Ministère de la Culture, rencontre centrée sur le devenir des rosiers et du grand parterre. A l’issu de cette réunion, nous avons eu le feu vert pour l’arrachage des rosiers et pour lancer une réflexion de fond sur le réaménagement de cet espace emblématique, d’une manière qui soit à la fois adaptée au site (tant d’un point de vue technique qu’esthétique) mais aussi aux nouvelles conditions climatiques, au caractère précieux de l’eau, etc. … Bref, une réflexion qui permette de penser l’adaptation du monument historique vivant qu’est un jardin à son époque et à ses défis.

Cette réflexion, qui doit aboutir à un projet pérenne, est toujours en cours et demandera du temps : il ne faut pas se tromper ! Le sujet est complexe car les paramètres problématiques sont nombreux : je l’ai déjà dit, pauvreté du sol, exposition difficile, alternant plein soleil (redoutable en été) et ombre compacte du rideau de cyprès planté au sud du parterre, sachant que cette exposition varie d’une saison à l’autre : des parties qui sont longtemps à l’ombre des cyprès au printemps passent brusquement au soleil alors que celui-ci est le plus brûlant. Un vrai casse-tête…

A cela s’ajoute (et c’est pour moi la difficulté majeure, tant d’un point de vue technique qu’esthétique) la très grande surface que représente ce parterre (un peu plus de 300 m2) : comment « habiter » intelligemment et efficacement une telle surface ? Les archives photographiques des jardins montrent que le problème s’est posé dès l’origine et n’a cessé de se poser jusqu’à aujourd’hui. Ces mêmes archives ont aussi confirmé que, depuis les premières années, les rosiers se sont trouvés en difficulté et ont été plusieurs fois remplacés suite à des vagues de mortalité. Roseline Bacou, qui trouve le grand parterre vide à son arrivée à Saint-André en 1950, décide de replanter des rosiers mais se retrouve rapidement confrontée aux mêmes difficultés. Un document des années 90 montre qu’elle prend conseil, auprès d’un paysagiste, pour savoir que planter parmi les rosiers qui puisse « masquer la misère » des Rosa chinensis déplumés en été…

En attendant que ce projet pérenne ait vu le jour, nous avons décidé, l’an dernier déjà, de procéder à un semis de prairie fleurie. L’expérience a été assez concluante, suffisamment pour que nous la reconduisions cette année (avec une variante dont je vous entretiendrai dans un prochain article… suspens !)

Last, but not least, Gustave Viennet, qui prend soin de moi, a décidé d’installer une ligne d’arrosage automatique, munie d’asperseurs, autour de chacune des quatre palmettes de ce grand éventail et ce afin de m’éviter la corvée d’un fastidieux arrosage au tuyau, pendant de longues heures ! Arrosage indispensable pour maintenir la prairie en vie pendant l’été… Mille mercis, Gustave, pour ce travail de romain !

Le parterre est donc fin prêt et je me prépare à semer, vraisemblablement mardi (car lundi Météo France nous annonce du vent…) A suivre !

La prairie fleurie à Saint-André, l’an dernier…

Musique du jour

Dimanche des Rameaux oblige, la Cantate BWV 182 « Himmelskönig, sei willkommen » (« Roi du Ciel, sois le bienvenu »), de Jean-Sébastien Bach, bien sûr.