Dimanche 10 mai

 

Musique du jour

Franz Schubert (1797-1828), Mignons Gesang, Lied der Mignon, D. 321 / D. 877. Johannette Zomer (soprano) et Arthur Schoonderwoerd (pianoforte).

 

Poursuivre la route…

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous voici parvenus à la veille de ce « déconfinement » tant attendu.
Dans quelques jours, nous l’espérons, les jardins pourront réouvrir leurs portes et vous pourrez à nouveau venir y flâner, rêver, penser…

…reprendre vos esprits aussi, après cette étrange (et pour beaucoup douloureuse) parenthèse de deux mois que nous venons de vivre et, peut-être, à l’air libre et sous les arbres, commencer à faire le point sur ce que nous avons subi et appris.

Car il n’est pas possible de ressortir indemnes d’une telle expérience et il me semble que nous aurons besoin de toutes nos ressources intérieures pour pouvoir envisager l’avenir de la manière la plus intelligente, la plus courageuse et généreuse possible, avec tous les choix et décisions que cela suppose.

Vous vous en doutez, je ne suis pas de ceux qui souhaitent que « tout redevienne comme avant ». J’espère au contraire que ce « moment » de notre histoire collective nous permettra, paradoxalement, de nous prouver à nous-mêmes que nous sommes encore capables de penser et d’agir « au-delà de nous-mêmes » , de nos conforts, de nos assurances, de nos sécurités, au-delà de nos peurs. En définitive, la question est de savoir quel « poids d’amour » nous sommes prêts à mettre dans la balance, pour imaginer un monde que d’autres que nous pourront habiter…

La balle est dans notre camps, c’est à nous de jouer !

Avec toute mon amitié.

 

Et pour la route… Cambia, todo cambia (Tout change) par la magnifique Mercedes Sosa.

Le marcheur change de cap,

même si cela lui fait mal,

Et ainsi, comme tout change en ce monde,

que je change n’est pas étrange…

Tout change, mais mon amour ne change pas…

 

Dimanche 3 mai

Jardin de Cactus, César Manrique, Lanzarote (photo M. Mosser)

A Saint-André ces derniers jours

 

A voir

https://i0.wp.com/www.fbsr.it/wp-content/themes/fbsr/assets/images/new-identity@2x.pngLa Fondazione Benetton Studi Ricerche (Site de la Fondation), installée à Trévise, met en ligne de manière hedbomadaire des films consacrés aux lieux primés dans le cadre du Premio Carlo Scarpa (http://www.fbsr.it/paesaggio/premio-carlo-scarpa/). Cette fondation, créée à la fin des années 80 par Luciano Benetton, « est un centre d’études international qui promeut des activités de documentation, de recherche, d’expérimentation dans le domaine du paysage et des jardins qui poursuivent, de manière coordonnée, des orientations de travail telles que celle de la recherche, avec une forte connotation internationale qui se déploie autour du Prix international Carlo Scarpa pour le jardin, et celle de l’échange culturel et du débat qui s’articule autour des Journées internationales d’étude du paysage. » (réf. http://www.fbsr.it/paesaggio/)

En 2017, à l’occasion de sa 28ème édition, le prix était décerné au « Jardin de Cactus » créé par l’architecte et artiste César Manrique (1919-1992) sur son île natale de Lanzarote, dans les îles Canaries (http://www.fbsr.it/paesaggio/premio-carlo-scarpa/i-luoghi-premiati/lanzarote-jardin-de-cactus/).

Le film mis en ligne par la Fondation, consacré non-seulement à ce jardin mais au paysage de Lanzarote, met en lumière de manière splendide l’intelligence du rapport au lieu qu’ont développé les habitants depuis que leur île a été dévastée (et totalement remodelée) par une éruption volcanique au XVIIIe siècle (éruption de Timanfaya qui dura 6 ans à partir de 1730 et reprit au début du XIXe siècle).

Les intervenants du film s’expriment en Espagnol et les sous-titres sont en italien… mais je pense que cela ne vous empêchera pas de vous émerveiller de la beauté âpre de ces paysages et de l’inventivité de ceux qui les habitent. ATTENTION : le film ne reste en ligne qu’une semaine…

Lanzarote, Jardín de Cactus from Fondazione Benetton on Vimeo.

 

Action militante

Certains d’entre-vous le savent peut-être, l’ONF (Office national des forêts)  est une institution dont les membres sont en souffrance depuis plusieurs années, dans l’indifférence la plus totale. Si on a beaucoup parlé des vagues de suicides parmi les personnels de France Télécom ou EDF, on a peu entendu parler des 40 agents de l’ONF qui se sont donné la mort, ne supportant plus la pression de la loi du marché qui s’abat de manière violente sur nos forêts et ceux qui les soignent. Si vous souhaitez en apprendre davantage, écoutez cette émission de France Culture (De cause à effet, le magazine de l’environnement du 21/04/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/lonf-un-service-public-quon-abat

Dans ce contexte, une connaissance m’a récemment signalé une pétition en ligne pour s’opposer à la privatisation de l’ONF et par là-même, de nos forêts, qui sont et doivent demeurer un BIEN COMMUN immarcescible.

Pour en savoir plus : https://www.canopee-asso.org/tribune-on/

Pour signer la pétition en ligne : https://www.canopee-asso.org/non-a-la-privatisation-de-lonf/

Si vous êtes sensibles à cette cause, n’hésitez pas à signer cette pétition et à la diffuser largement autour de vous !

Musique du jour

Charles Kœchlin (1867-1950), Chansons bretonnes op. 115, Recueil I (1931), n°2 : « Le Seigneur Nann et la Fée » suivi de « Iannik skolan » (Recueil II, n°5) ; Cameron Crozman (violoncelle) et Philip Chiu (piano).

Mercredi 22 avril

Chères lectrices, chers lecteurs,

Je ne me doutais pas, lorsque je commençais cette publication quotidienne « au fil du confinement », que ce confinement durerait si longtemps…

Et je crains d’avoir présumé de mes forces et de mon endurance numériques ! En effet, ceux qui me connaissent bien savent qu’il n’est pas vraiment dans ma nature d’être accroché à mon ordinateur de longues heures…

Par ailleurs, je sais que nous sommes tous, en ce moment, sollicités par de nombreuses propositions numériques, pour nous aider à traverser ce temps d’isolement, et je ne voudrais pas entrer dans un mouvement d’inflation qui peut user : inflation d’informations, d’images, de sons… jusqu’à saturation.

Je vais donc adopter un autre rythme, qui ne sera plus quotidien mais qui me permettra néanmoins de continuer à vous donner des nouvelles de Saint-André et de partager avec vous d’autres jardins. Une manière d’entrer, pourquoi pas, dans une période de « pré-déconfinement » !

Je vous remercie pour votre lecture fidèle et vos encouragements.

Et je vous dis à bientôt !

Aujourd’hui à Saint-André

Une minute parmi les coquelicots du sentier botanique…

A lire et à écouter

Ce matin, France Culture rediffusait une « Masterclasse » donnée par Gilles Clément le 13 juillet 2017. L’occasion de se plonger (ou de se replonger) dans la pensée de ce grand jardinier-paysagiste qui est à l’origine, notamment, du concept de « jardin en mouvement », créateur de jardins tels que le Parc André Citroën, à Paris, le jardin du Musée du Quai Branly, ou encore, plus près de nous, du Jardin des Méditerranées au Domaine du Rayol dans le Var.

Du même Gilles Clément, on peut lire cette interview donnée lundi dernier à la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) : LIRE L’INTERVIEW DE GILLES CLEMENT A LA RTBF

Musique du jour

De Sir Edward Elgar (1857-1934), O Happy Eyes (1890), interprété par l’ensemble Musica Beata.

Mardi 21 avril

Aujourd’hui à Saint-André…

 

Travaux du jour

Après avoir poursuivi mes travaux de désherbage (herbes folles, bien nommées, qui repoussez dès que j’ai le dos tourné !), je me suis remis, avec délices, à l’entretien du sentier de botanique, qui profite bien de la bonne pluie qui tombe sur la région depuis 24 heures…

A lire

Une amie (mille mercis Stéphanie !) me signale un article, paru hier sur le site du magasine Slate : « Cultiver un jardin comme le désir d’une existence normale quand on est réfugié », de Fanny Arlandis.

Ce très bel article qui, je dois dire, m’a fort bouleversé, est consacré à ces petits jardins « de fortune » aménagés par les réfugiés syriens dans leur camp, que nous découvrons ici à travers le regard du photographe néerlandais Henk Wildschut.

Une manière de se rappeler combien un jardin, même « symbolique », est toujours signe de vie et d’espérance pour ceux qui ont tout perdu. Manière aussi, peut-être, de se remettre les idées en place et de ne pas oublier complètement ceux dont nous avons cessé de parler depuis un peu plus d’un mois…

LIRE L’ARTICLE : Cultiver un jardin comme le désir d’une existence normale quand on est réfugié

Musique au jardin

Un des agréments de pouvoir écouter de la musique au jardin : écouter un opéra de plusieurs heures dans son intégralité !

Aujourd’hui, Der Rosenkavalier (« Le Chevalier à la rose »), de Richard Strauss (1864-1949), m’a accompagné dans mon travail.

Pour vous, le trio final, entre La Maréchale (Nina Stemme), Octavian (Vesselina Kasarova) et Sophie (Malin Hartelius). Orchestre de l’Opéra de Zurich dirigé par Franz Welser-Möst.

Lundi 20 avril

Aujourd’hui à Saint-André…

… enfin la pluie.

 

Musique du jour

Raffaele Calace (1863-1934), Prélude n°1 pour mandoline,

suivi du Concerto pour mandoline en ré majeur RV 93

et du Concerto pour mandoline en ut Majeur RV 425 d’Antonio Vivaldi.

Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Rinaldo Alessandrini ; Julien Martineau, mandoline.

et à partir de ce soir, sur le site de l’Opéra national de Paris, Les Contes d’Hoffmann, opéra de Jacques Offenbach : Les Contes d’Hoffmann / Jacques Offenbach

J’ai par ailleurs découvert sur le site de l’Opéra national de Paris qu’il était désormais possible de visiter « virtuellement » l’Opéra Garnier, en 3D : Visite virtuelle du Palais Garnier. Belle déambulation dans ce chef-d’œuvre de Charles Garnier !

Samedi 18 / Dimanche 19 avril

Aujourd’hui…

Quelques nouvelles floraisons à Saint-André…

 

…puis un tableau que j’aime particulièrement : Rubens Peale avec un géranium (1801), par le peintre américain Rembrandt Peale (1778-1860).

Rembrandt Peal Rubens Peal with a geranium

Et pour finir, pour les amateurs et passionnés de plantes, quelques liens vers des sites de référence en matière de botanique, des bases de données essentiellement. Je réunirai ces liens dans une rubriques « Bases de données botaniques » qui apparaîtra dans la colonne de droite du blog.

– La base de données du Museum national d’Histoire naturelle de Paris (MNHN), qui donne notamment accès aux collections numérisées de l’Herbier national : https://science.mnhn.fr/all/search#botany

Accès direct aux collections de l’Herbier (Plantes vasculaires) : https://science.mnhn.fr/institution/mnhn/collection/p/item/search

Plants of the World Online, base scientifique du Kew Garden, jardin botanique de Londres : http://powo.science.kew.org/

International Plant Names Index (IPNI) : https://www.ipni.org/

– Plus « pratique », le « Plant finder » de la RHS (Royal Horticultural Society), qui permet de trouver une plante en fonction d’un certain nombre de critères concrets (exposition, type de sol, besoins en eau, etc.) : https://www.rhs.org.uk/plants/search-form

 

Musique du jour

Palazzetto-Bru-Zane

Je voudrais aujourd’hui vous « orienter » vers une radio internet magnifique : Bru Zane Classical Radio. Cette radio « en ligne » (que nous ne pouvez donc écouter qu’au moyen d’une connexion internet, sur votre ordinateur ou sur une radio internet, si vous en possédez une) est une vraie caverne d’Ali Baba musicale. La programmation de cette radio est assurée par le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française basé à Venise (https://bru-zane.com/fr/#).

 

Pour écouter la radio : https://bru-zane.com/fr/classical-radio/#

Un an après…

La Maîtrise de Notre-Dame de Paris, confinée et « nomade » depuis ce terrible 15 avril 2019, rend hommage à la cathédrale.

 

A voir dès ce soir…

… sur le site de l’Opéra national de Paris, le ballet Cendrillon de Sergueï Prokofiev (mon préféré, je l’avoue).

Cendrillon / Sergueï Prokofiev – Opéra national de Paris

Vendredi 17 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Les glycines et les rosiers de Banks commencent à défleurir. Mais il y a de nouvelles venues ! Et encore et toujours, mes chers coquelicots (pour lesquels, vous l’aurez compris, j’ai une vraie passion…)

 

Travaux du jour

Ô ratissoire, mais que deviendrais-je sans toi ?…

Aujourd’hui, le cimetière des moines et l’église Saint-Martin. Ce travail minutieux m’a permis de porter une attention plus soutenue aux détails, notamment à tout ce qui pousse spontanément dans et sur les murs ruinés : un vrai jardin de rocaille.

 

Musique du jour

Gabriel Pierné (1863-1937), Cydalise et le Chèvre-pied, ballet en deux actes et trois tableaux, composé entre 1914 et 1915 et créé à l’Opéra de Paris, alors sous la direction de Jacques Rouché, en 1923.

Deux extraits…

et pour celles et ceux qui aimeraient en écouter davantage, le ballet dans son intégralité…

 

Puisqu’il est question de Jacques Rouché, éminent directeur de l’Opéra de Paris de 1914 à 1945, je vous encourage à écouter la passionnante série consacrée à l’histoire de l’Opéra de Paris, en rediffusion sur France Musique : L’Opéra de Paris, toute une histoire/Jérémie Rousseau

 

Jeudi 16 avril

De retour à Saint-André…

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…sous un ciel un peu plombé à l’aurore, mais qui a laissé place ensuite à un soleil resplendissant et déjà brûlant. Comme je l’espérais, les coquelicots étaient au rendez-vous…

 

Travaux du jour

Après avoir remis en fonction les lignes d’arrosage au goutte-à-goutte (il fait déjà très chaud et sec) et les avoir programmées, j’ai retrouvé ma ratissoire et mon râteau et poursuivi l’entretien systématique des surfaces gravillonnées du jardin (image parlante de l’éternel recommencement) ! Aujourd’hui, l’église Saint-André et le parvis de la grande terrasse.

 

Musique du jour

Gustav Mahler (1860-1911) ; Rückert-Lieder n° 3 : « Ich bin der Welt abhanden gekommen », Me voilà coupé du monde.

Lucerne Festival Orchestra, sous la direction de Claudio Abbado ; Magdalena Kožena (mezzo-soprano).

 

Mercredi 15 avril

Aujourd’hui, je vous propose une promenade dans le Jardin botanique de Padoue, le plus ancien d’Europe.

Peut-être parce qu’elle était plus sensible aux jardins d’agrément qu’aux jardins à visée scientifique, Edith Wharton est assez lapidaire dans sa notice consacrée au jardin botanique de Padoue :

Peu de jardins en Italie peuvent être comparés à Val San Zibio, mais il en est un, à Padoue, qui a conservé, lui aussi, ses charmes d’antan. Il s’agit du fameux jardin botanique créé en 1545 ; on dit qu’il est le plus vieux jardin d’Italie. A l’extérieur, des plantations d’arbres exotiques entourent un large espace circulaire que cerne un magnifique mur de brique ancien surmonté d’une balustrade où alternent les bustes et les statues. Ce mur est ouvert par autre portails ; l’un constitue l’entrée principale, les trois autres donnant sur des hémicycles ornés de statues qui se détachent sur fond de verdure. Dans le jardin lui-même, les plantations de « simples » sont ceinturées par de petites grilles et, à l’intérieur des massifs, des murets de pierres dessinent des subdivisions pour chaque espèce de plantes.

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Complétons donc sa présentation, en lisant ce que nous en dit l’introduction historique du site internet de l’Orto botanico di Padova :

Le Jardin botanique de Padoue a été créé en 1545 pour la culture des plantes médicinales, qui constituaient alors la grande majorité des « simples », c’est-à-dire ces médicaments qui provenaient directement de la nature. C’est précisément pour cette raison que les premiers jardins botaniques ont été appelés « jardins des simples » ou horti simplicium.

À cette époque, la renommée de l’Université de Padoue était déjà consolidée dans l’étude des plantes, en particulier en tant qu’application de la science médicale et pharmacologique : les travaux botaniques d’Aristote et de Théophraste étaient lus et commentés ; toujours ici, entre autres, avaient étudié Albert le Grand (1193-1280), considéré comme le plus grand spécialiste en science botanique après Aristote, et Pietro D’Abano (1253-1316), qui avait traduit la thérapeutique grecque de Galien en latin.

Au moment de la création du jardin, une grande incertitude régnait quant à l’identification des plantes utilisées en thérapie par les célèbres médecins de l’antiquité : les erreurs et les fraudes étaient fréquentes, avec de graves dommages pour la santé publique. L’institution d’un horto medicinale, encouragée par Francesco Bonafede qui occupait alors la chaire de « lecture des simples », aurait permis aux étudiants de reconnaître plus facilement les vraies plantes médicinales avec précision. A cet effet, le premier « gardien » du Jardin, Luigi Squalermo (1512-1570), appelé Anguillara, y fit introduire et cultiver un grand nombre d’espèces.

Le jardin, en raison de la rareté des plantes qu’il contient et du prix des médicaments obtenus, était victime de vols nocturnes continus, malgré les lourdes sanctions infligées à ceux qui avaient causé des dommages (amendes, prison et exil). Un mur de clôture circulaire fut bientôt construit (d’où aussi les noms de hortus sphaericus, hortus cinctus et hortus conclusus).

Le jardin était continuellement enrichi de plantes provenant de diverses parties du monde, en particulier des pays où la République de Venise avait des possessions ou des échanges commerciaux ; pour cette raison, Padoue a joué un rôle de premier plan dans l’introduction et l’étude de nombreuses espèces exotiques.

http://www.ortobotanicopd.it/it/la-nascita

Johann Wolfgang von Gœthe le visite le 27 septembre 1786 et cette découverte est pour lui décisive dans l’élaboration de sa théorie de la métamorphose des plantes. Voici ce qu’il en dit, non dans son journal de voyage, mais dans un texte publié bien plus tard, en 1831, « Histoire de mes études botaniques » :

Le passage des Alpes réveilla vivement en moi le goût que j’avais pour la nature en général et pour les plantes en particulier ; les mélèzes, plus nombreux que dans la plaine, les cônes du pin pignon, nouveaux pour moi, me rendirent attentif aux influences climatériques. Malgré la rapidité du trajet, je remarquai d’autres plantes plus ou moins modifiées ; mais en entrant dans le jardin botanique de Padoue, je fus ébloui par l’aspect magique d’un Bignonia radicans, dont les rouges campanules tapissaient une longue et haute muraille qui paraissait tout en feu. Je compris alors toute la richesse des végétations exotiques ; plus d’un arbrisseau que j’avais vu végéter misérablement dans nos serres, s’élevait librement dans la campagne. Les plantes qu’un léger abri avait défendues contre les froids passagers d’un hiver peu rigoureux, jouissaient en pleine terre de l’influence bienfaisante de l’air et du soleil. Un palmier en éventail (Chamærops humilis) attira toute mon attention. Les premières feuilles, qui sont simples et lancéolées, sortaient de terre ; leur division allait en se compliquant de plus en plus, et enfin elles apparaissaient complètement digitées. Une petite branche chargée de fleurs s’élevait au milieu d’une gaîne spathiforme, et semblait une création singulière, inattendue, complètement étrangère à la végétation transitoire qui l’entourait. A ma prière, le jardinier me coupa des échantillons représentant la série de ces transformations, et je me chargeai de plusieurs grands cartons pour emporter cette trouvaille. Je les ai encore sous les yeux tels que je les recueillis alors, et je les vénère comme des fétiches qui, en éveillant et fixant mon attention, m’ont fait entrevoir les heureux résultats que je pouvais attendre de mes travaux.

in Goethe, Johann Wolfgang von (1749-1832). Œuvres d’histoire naturelle de Goethe : comprenant divers mémoires d’anatomie comparée, de botanique et de géologie / traduits et annotés par Ch.-Fr. Martins,.. ; avec un atlas in-fol. … enrichi… d’un texte explicatif sur la métamorphose des plantes, par P.-J.-F. Turpin,…. 1837. pp. 202-203.

Source : gallica.bnf.fr : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6577881q.texteImage

Le Chamærops humilis est toujours visible à Padoue et le souvenir du passage de Gœthe toujours vivant…

Notons que le jardin botanique de Padoue s’est agrandi en 2014, avec l’adjonction aux anciennes collections d’un « Jardin de la biodiversité », constitué d’un ensemble de serres rassemblant près de 1300 espèces présentées en fonction de caractéristiques climatiques allant du climat tropical au climat désertique. Une très belle réussite, notamment du point de vue écologique et pédagogique. http://www.ortobotanicopd.it/it/il-giardino-della-biodiversit%C3%A0

38 Orto botanico di Padova

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Plan du jardin botanique de Padoue incluant le « Jardin de la biodiversité » (à droite) ; à gauche, le premier jardin circulaire, clos de murs.

Et maintenant, bonne promenade !

 

Dans les serres du « Jardin de la biodiversité »

 

Musique du jour

Aujourd’hui, Claudio Monteverdi (1567-1643)

Madrigali guerrieri e amorosi (1638), « Lamento della Ninfa », par Paul Agnew et Les Arts Florissants.

Et pour celles et ceux qui ont le temps, L’Orfeo, œuvre considérée comme le premier opéra de l’histoire de la musique (1607), ici dans une très belle interprétation de Jordi Savall à la tête de La Capella Reial de Catalunya, représentation donnée au Gran Teatro del Liceo de Barcelona en 2002. Un bijou.