A écouter sur France Culture !

Je vous recommande l’écoute de la très belle émission de « La méthode scientifique » du 26 février dernier, consacrée au renouveau de la botanique : « Un nouveau printemps pour la botanique« , avec Marc Jeanson, responsable de l’herbier du Muséum national d’Histoire naturelle, et Sébastien Thomine, directeur de recherche CNRS à l’Institut de Biologie Intégrative de la Cellule de Paris Saclay.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-du-lundi-26-fevrier-2018

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L’herbier du MNHN – Photo O. Ricomini, avril 2014

Photo d’ouverture : planche de l’herbier de Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland, constitué au cours de leur voyage en Amérique équinoxiale, en Nouvelle-Espagne à Cuba et aux Etats-Unis (1799-1804) et déposé au Muséum à leur retour à Paris. Photo O. Ricomini, avril 2014.

A vos agenda !

Peut-être connaissez-vous la très belle série documentaire « Jardins d’ici et d’ailleurs« , diffusée au printemps sur Arte depuis trois ans ?

La troisième saison sera diffusée du lundi 5 mars au 30 mars, à 17h35 sur ARTE. Et l’émission du 12 mars sera consacrée… aux Jardins de l’Abbaye Saint-André ! Notez donc scrupuleusement cette date sur vos tablettes…

Chaque épisode sera disponible en replay pendant 60 jours (https://www.arte.tv/fr/).

Au programme :

Lundi 5 mars Kerdalo (France) réalisé par Hugo Benamozig

Mardi 6 mars Marqueyssac (France) réalisé par Lelio Moehr

Mercredi 7 mars Jardin alpin du Lautaret (France) réalisé par Emmanuel Descombes

Jeudi 8 mars Hermannshof (Allemagne) réalisé par Emmanuel Descombes

Vendredi 9 mars Tresco Abbey (Royaume-Uni) réalisé par Timo Ebermann

Lundi 12 mars Abbaye de Saint-André (France) réalisé par Mathieu Despiau

Mardi 13 mars Les Hortillonnages (France) réalisé par Lelio Moehr

Mercredi 14 mars Jardins de Linne (Suède) réalisé par Mathieu Despiau

Jeudi 15 mars Sezincote (Angleterre) réalisé par Timo Ebermann

Vendredi 16 mars Babylonstoren (Afrique du Sud) réalisé par Julien Naar

Lundi 19 mars La Garenne Lemot (France) réalisé par Timo Ebermann

Mardi 20 mars Arboretum de Trsteno (Croatie) réalisé par Timo Ebermann

Mercredi 21 mars Englischer Garten (Allemagne) réalisé par Emmanuel Descombes

Jeudi 22 mars Jardin Georges Delaselle (France) réalisé par Hugo Benamozig

Vendredi 23 mars La Mortella (Italie) réalisé par Emmanuel Descombes

Lundi 26 mars à Little Sparta (Ecosse) réalisé par Timo Ebermann

Mardi 27 mars Villa Gamberaia (Italie) réalisé par Simon Watel

Mercredi 28 mars Jardin botanique Hanbury (Italie) réalisé par Simon Watel

Jeudi 29 mars Rosendal (Suède) réalisé par Mathieu Despiau

Vendredi 30 mars Kirstenbosch (Afrique du Sud) réalisé par Julien Naar

 

L’Iris de Suse

Certains d’entre vous connaissent ma passion et mon admiration pour Jean Giono et son œuvre. Il y a quelques années j’ai entrepris la lecture de son dernier roman, paru en 1969, un an avant sa mort, « L’iris de Suse ». Ignorant tout de la trame du roman, j’imaginais une aventure dont le héros serait un iris : j’en fus pour mes frais. La notice d’introduction de mon édition (Gallimard, collection Folio) se chargea en effet de me détromper sans détours, en citant Giono lui-même (mais sans indiquer de source précise) :

L’iris de Suse n’a jamais été une fleur (il n’y a pas d’iris à Suse)  ; c’était en réalité un crochet de lapis-lazuli qui fermait les portes de bronze du palais d’Artaxerxès (voir Mme Dieulafoy). Ici, il n’est qu’un os minuscule, pas plus grand qu’un grain de sel (au surplus inventé) qui crochète la voûte crânienne des oiseaux…

Et voilà. J’étais averti : il ne serait pas question d’iris dans le roman ! Je n’en goûtais pas moins les tribulations de Tringlot, de Toulon aux montagnes de Haute-Provence, où il finit par trouver sa place et son vrai bonheur (ses vraies richesses ?…) Et, bien évidemment, je crus Giono sur parole : l’iris de Suse n’existait pas.

Quelle ne fut donc pas ma surprise, lors de mon incursion dans les archives de Saint-André, de découvrir une facture des Etablissements Cayeux et Le Clerc (sis quai de la Mégisserie), spécialisés, comme chacun sait (la maison Cayeux existe toujours) dans les iris, qui mentionnait la commande par Elsa Kœberlé, en 1929 (facture datée du 23 décembre 1929), de plusieurs variétés d’iris, dont 40 rhizomes d’Iris de Suse (et des gros) : Giono m’avait trompé !

De retour chez moi je fis donc une petite recherche et découvrais qu’Iris susiana existait bel et bien. Le site de la WCSP (World Checklist of Selected Plant Families), liée au Jardin botanique de Kew, m’apprit qu’il s’agissait d’Iris susiana L.,  par conséquent nommé et décrit par Linné (en 1753), que sa zone de distribution était limitée au Liban (selon Linné ; cette zone de distribution s’est ensuite élargie à toute l’Asie Mineure). La base de donnée botanique du MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle) a confirmé cette identification (cf. http://coldb.mnhn.fr/catalognumber/mnhn/p/p01840911).

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Planche de l’herbier du MNHN (n° d’inventaire MNHN-P-P01840911) ; Iris susiana L., collecté par l’Abbé Michon en Palestine en 1852

De son côté, le site internet de la RHS (Royal Horticultural Society) mentionne plusieurs synonymes : « Iris de Chalcédoine » (c’est sous ce nom qu’il apparaît dans l’herbier de Basilius Besler) et « Iris deuil », cette dernière dénomination faisant certainement référence à la nuance très particulière du violet de la fleur, tirant subtilement vers le noir, qui n’est pas sans rappeler le violet des ornements liturgiques dédiés aux temps de pénitence ou aux funérailles.

 

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Herbier de Basilius Besler (1613) ; au centre, Iris calcedonica

Reste-t-il des descendants de ces Iris de Suse plantés par Elsa Kœberlé à Saint-André ? Je ne saurais le dire. Il me faudra les scruter plus attentivement lors de la prochaine floraison !

Grâces soient donc rendues à Elsa qui, au détour d’une recherche dans ses archives, m’a permis de faire cette jolie découverte.

Et je n’en veux pas à Jean Giono d’avoir affirmé de manière si définitive que l’Iris de Suse n’existait pas : il a eu le génie poétique de le réinventer.

 

Jean GIONO, L’iris de Suse, Editions Gallimard, collection « Folio », Paris, 1970.