A vos postes (radiophoniques) !

Suite à l’article de Pascale Krémer paru dans le Monde au mois d’août, Laure Adler a souhaité découvrir les jardins de l’abbaye Saint-André et venir m’y rencontrer. J’ai donc eu la joie et le privilège de l’accueillir dans les jardins, à l’Heure bleue, pour l’enregistrement d’un entretien de son émission « L’Heure bleue », diffusée tous les soir à 20h05 du lundi au jeudi, sur France Inter. Cet entretien sera lui-même diffusé jeudi soir prochain (c’est à dire demain, jeudi 24 septembre), à écouter en direct « derrière le poste » demain soir ou par la suite sur votre ordinateur (ou tout autre engin connecté) en « baladodiffusion » et enfin à la réécoute sur le site de France Inter : https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-24-septembre-2020

Je profite de cette note pour vous inviter à écouter la très belle « Grande table des idées » d’hier, sur France Culture : « La vieillesse, le plus bel âge de la vie ? ». Laure Adler était l’invitée d’Olivia Gesbert à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage La voyageuse de nuit (Grasset, 2020) et évoquait la manière dont nos sociétés contemporaines et occidentales considèrent (ou pas) la vieillesse et les personnes âgées : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/la-vieillesse-le-plus-bel-age-de-la-vie

David Graeber

Enfin, certain d’entre vous ont peut-être eu l’occasion d’approcher les travaux de David Graeber, anthropologue et économiste, mort le 2 septembre dernier à l’âge de 59 ans. Il était notamment l’auteur d’un ouvrage au titre évocateur, Bullshit jobs (littéralement « Les jobs à la con »), publié aux Liens qui Libèrent en 2018. Il s’y interrogeait, en anthropologue et en économiste, sur le fleurissement contemporain de ces boulots ineptes voire inutiles (bien que remarquablement lucratifs) dont « même ceux qui les exercent ne parviennent pas à justifier à l’existence ». France Culture a rediffusé en hommage un entretien que David Graeber leur avait accordé en 2018 et je tenais moi-même, très modestement, à m’associer à cet hommage en vous proposant de l’écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/les-jobs-a-la-con-sont-partout-et-cest-a-ca-quon-les-reconnait

Illustration d’entête (légende en forme d’énigme) : poste TSF de M. R. dans le salon de sa maison de M.-l’A. (que je ne suis pas sensé avoir photographié lorsque je l’ai visitée car c’était défendu… mais je n’ai pas su résister).

Revue de presse…

… et erratum !

Chères lectrices, chers lecteurs,

Je voudrais vous signaler la parution d’un bel article consacré aux jardins de Saint-André (et à leur jardinier…) dans le Monde de ce jour (Dimanche 9 – Lundi 8 août 2020). Celles et ceux d’entre vous qui êtes abonnés peuvent le lire sur le site du journal Le Monde, en suivant ce lien : https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2020/08/08/olivier-ricomini-un-poete-de-la-binette_6048449_3451060.html

Mille mercis à Pascale Krémer qui en est l’auteur ainsi qu’à Olivier Metzger, qui a fait les très belles photographies du jardin (uniquement visibles sur la version web de l’article).

Je voudrais cependant profiter de cette occasion pour corriger, sans délai — avec la bénédiction de Pascale Krémer ! — une erreur qui s’est glissée dans l’article suite à un malentendu ou une confusion, que sais-je ? Vous lirez (ou vous avez lu, car je soupçonne que l’article du Monde est à l’origine de la soudaine explosion de nouveaux abonnements à ce blog que je constate depuis 24h !), vous lirez, donc, qu’il est question d’un certain groupe de yogi indélicats, sur lequel sont tombées les foudres du jardinier, qui souhaitaient s’installer dans la prairie des oliviers alors qu’elle était en pleine floraison. Ce groupe, qui n’était que de passage à Saint-André, il y a un ou deux ans, n’est en aucun cas celui qui se réunit deux fois par semaine au jardin depuis sa réouverture en mai dernier, comme peut le laisser entendre l’article. Ses membres se comportent de manière exemplaire et je suis personnellement ravi qu’ils puissent se réunir à Saint-André pour y pratiquer leur discipline. Étant de ceux (mais nous sommes nombreux dans ce cas, je pense) qui supportent mal l’injustice, il était important pour moi, par respect pour eux, d’apporter cette correction.

Ayant satisfait aux exigences de la vérité et de la justice, je voudrais dire néanmoins que j’assume totalement la petite phrase au vitriol que j’avais adressée alors aux yogi coupables d’un manque de sensibilité qui m’avait laissé pantois (mais pas sans voix). J’ai le plus grand respect pour ces pratiques qui nous viennent de l’Orient et que nous avons tout intérêt à découvrir, pourvu que nous ne les détournions pas de leur but profond. Sans en être un spécialiste, il me semble qu’elles ont pour objectif, tout en nous permettant de reprendre contact avec nous-même, de nous ouvrir à un horizon plus large que nous-même. Oserais-je le dire : à notre dimension cosmique. Ces disciplines, si nous le voulons bien, nous entrainent bien au-delà de nos préoccupations « bien être » et « développement personnel » … Elles ont trop de valeur, trop de noblesse pour que nous en fassions une énième stratégie pour nous mieux regarder le nombril, si vous me permettez cette trivialité.

C’est ce qui m’avait fâché, alors que je trouvais ce groupe s’apprêtant à piétiner la prairie de printemps : trop préoccupés d’eux-mêmes, ils n’avaient pas encore su ouvrir leurs yeux…

Et pour nous donner de l’inspiration pour la semaine : Ravi Shankar (mille mercis à mon amie Monique M. de me l’avoir fait découvrir).

Le beau monde d’après

Deux mois durant, nous avons été abreuvés de paroles, de bonnes paroles. Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’écœurement. Sans oublier les bons sentiments et les bonnes intentions (dont nous savons que l’enfer est pavé).

Nous avons applaudi les soignants à nos balcons, nous avons entendu que le monde ne serait plus le même, que nous allions changer, que la pandémie serait l’occasion d’une « prise de conscience » collective.

Mais comme d’habitude, nous nous sommes payés de mots (j’aime bien cette expression), autrement dit prononcé des tombereaux de paroles qui n’engagent finalement à rien.

Mon plaisir (mon bonheur) est, vous le savez, d’arriver au jardin à l’aube, en cette saison plus qu’en toute autre. Et cette semaine, j’ai pu constater qu’en effet la « vie » avait repris (je mets des guillemets car s’agit-il vraiment de vie ?), en trouvant quasiment quotidiennement le parvis du Fort Saint-André couvert de détritus, reliefs des agapes nocturnes qui s’y déroulent. Signe que nous sommes quand-même passés dans le « nouveau monde du COVID-19 », parmi les bouteilles, paquets de chips et mégots, on trouve désormais des masques : voilà la nouveauté, voilà le changement.

Je me suis régulièrement interrogé sur la nature et la qualité du rapport aux autres que cultivent un certain nombre de mes contemporains et, régulièrement, j’en suis arrivé à la conclusion que, hélas trop souvent, il était nul, inexistant, absent.

Dire que nous étions censés avoir redécouvert les méprisés, les oubliés, les invisibles de la société, ceux qui étaient soudainement mis « en première ligne » : les caissiers/caissières, les femmes et hommes de ménage, les éboueurs…

« Paroles, paroles, paroles, Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots », comme dit la chanson.

Quelle conscience celui qui jette son masque usagé au sol a-t-il de la vie de celui qui passera derrière lui pour le ramasser ? Aucune.

Pour changer, donc, des beautés de Saint-André ou d’ailleurs, c’est un peu de cet abject du comportement humain que je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

Et vive le monde d’après !

Mardi 7 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Travaux du jour

Jour sans vent, j’ai donc pu terminer le semis dans le jardin italien.

Comme promis, voici la composition des deux mélanges utilisés.

« Gazon » : Cynodon dactylon ; Festuca arundinacea (Fétuque élevée) ; Poa pratensis (Pâturin des près) ; Achillea odorata (Achillée odorante) ; Trifolium fragiferum (Trèfle fraise).

Prairie fleurie : Antirrhinum majus (Muflier) ; Callistephus chinensis (Reine marguerite) ; Centaurea cyanus (Bleuet des champs) ; Consolida regalis (Pied d’alouette) ; Cosmos bipinatus (Cosmos) ; Eschscholzia californica (Coquelicot de Californie) ; Gypsophila elegans (Gypsophile élégante) ; Iberis umbellata (Iberis en ombelle) ; Lobularia maritima (Alysse maritime) ; Nigella damascena (Nigelle de Damas) ; Saponaria vaccaria (Saponaire des vaches) ; Silene coeli-rosa / viscaria oculata (Silene visqueux).

Ces très beaux mélanges sont composés par la société Phytosem, installée à Gap, qui nous avait déjà fourni les semences l’an dernier (pour en savoir plus : Site de Phytosem)

Le semis (avec Olivier Messiaen… merci à Marie Viennet qui a fait la vidéo !) et l’arrosage automatique en fonction !

Musique au jardin

Aujourd’hui, Les Années de pèlerinage de Franz Liszt (1811-1886).

Deux extraits :

Les cloches de Genève (Nocturne) (Quasi Allegretto — Cantabile con moto — Animato — Più lento), pièce qui clôture le recueil Première année : Suisse (S 160).

Les jeux d’eau à la Villa d’Este (Allegretto), quatrième pièce du recueil Troisième année : Italie (S 163). Elle est ici interprétée par Claudio Arrau : l’enregistrement n’est pas fameux, l’image non-plus, mais c’est Arrau ! Une merveille.

Mercredi 25 mars 2020

L’aube de ce jour, depuis Saint-André

Deux minutes de l’aube de ce jour, avec la brume qui danse au-dessus du Rhône, les coqs qui chantent, les ânes qui braient… A regarder en plein écran et en tendant l’oreille…

Travaux du jour

Je vous en parlerai plus longuement ce week-end puisque je me suis attaqué au nettoyage du tout nouveau sentier botanique, ce qui me permettra de vous en donner quelques nouvelles !

Et la musique du jour…

En ce 25 mars, jour de l’Annonciation, c’est naturellement le « Magnificat » de J.-S. Bach (BWV 243) qui m’a accompagné au jardin.

Puisse cette musique vous donner toute l’énergie dont vous avez besoin en ce moment. Pour ma part, elle m’aide habituellement à résister au chaos…

 

Détail technique…

Une précision technique, suite aux interrogations perplexes de plusieurs lecteurs.

Lorsque je publie un nouvel article, vous recevez automatiquement un courriel dont le but premier est de vous informer de cette nouvelle publication. Il vous en donne un aperçu qui, vraisemblablement, est très désorganisé du point de vue de la mise en page…

Pour profiter au mieux de l’article (et des photos), il faut vous rendre sur le blog pour voir l’article dans « son cadre naturel », si j’ose dire. Il vous suffit pour cela de cliquer sur le titre du nouvel article, en bleu dans le courriel que vous avez reçu. Vous serez automatiquement redirigés… au bon endroit !

Mardi 23 mars 2020

A Saint-André aujourd’hui

Apprendre à regarder, les humbles du jardin, parfois méprisées, parfois persécutées… et pourtant ! Petits portraits réalisés aujourd’hui, sous un ciel gris et hivernal. Certaines de ces fleurs ne mesurent que quelques millimètres… discrétion de la flore méditerranéenne. (Cliquer sur les photos pour les agrandir)

Travaux de ce jour…

P1100209Bis repetita placent ! J’ai poursuivi le travail de désherbage et de triage du gravier, au Jardin du Feu et dans la grande allée conduisant vers les oliveraies et l’allée de cyprès de la chapelle Sainte-Casarie.

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Et comme toujours, j’épargne certaines compositions spontanées installées en bordure de cheminement.

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Sonchus tenerrimus (Laiteron délicat), Géranium rotundifolium, Papaver rhoeas (Coquelicot), Euphorbia peplus (Euphorbe des jardins ; à confirmer)…

Et je continue de « pailler » les plate-bandes du Jardin du Feu, plate-bandes qui me servent aussi de petits laboratoires expérimentaux, où j’associe végétaux « importés » (Bulbines, Œnothera, Kniphofia) et… ce qui advient !

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Instruisons-nous

Si vous souhaitez approfondir (ou inaugurer) vos connaissances en matière d’histoire de l’art des jardins, je vous recommande le visionnage de la série de cours publics donnés à la Cité de l’architecture et du patrimoine, série intitulée « Les jardins : entre nature et culture » (2010-2011), intégralement disponible en ligne :

https://www.citedelarchitecture.fr/fr/videos/collection/1186

Enfin…

Une lectrice, qui sait que j’aime travailler en musique, se demandait quelle musique j’écoutais en ce moment : voici donc mon programme de ces derniers jours !

Des Mélodies de Reynaldo Hahn,

des œuvres pour piano de Déodat de Séverac et de Jean Cras,

« Cydalise et le chèvre-pied », ballet de Gabriel Pierné,

les « Pini di Roma » d’Ottorino Respighi,

et, encore et toujours, Bach (Sonates en trio, surtout…)

Voilà !

A demain.

Humour du jour…

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette petite merveille d’humour, création de l’artiste iranien Danial Kheirikhah, envoyée par une amie (merci Monique !) et qui nous aidera peut-être à suivre plus joyeusement les recommandations relatives au lavage des mains… (n’oubliez pas le son). Sur la Danse Hongroise n°1 de Johannes Brahms…

 

Et pour commencer l’année en beauté…

… je me permets de vous signaler que vous pouvez voir et écouter le concert qui a été donné le 21 décembre dernier, à la Philharmonie de Paris, à l’occasion des 40 ans des Arts Florissants (cf. lien ci-dessous). Un moment de grâce, qui vous permettra de goûter ce merveilleux florilège musical que nous ont offert les Arts Florissants, sous la direction de William Christie et de Paul Agnew. Et, comme vous pourrez vous en rendre compte, un moment de joie et d’amitié, palpables tout au long de ce concert.

Odyssée baroque – Les Arts Florissants – William Christie – Paul Agnew – Concert du 21 décembre 2019 à la Philharmonie de Paris

Dans un tout autre registre, je vous signale aussi que j’ai créé une nouvelle rubrique (en haut à droite de la page d’accueil) intitulée « conférences et publications » (Conférences et publications), dans laquelle j’ai réuni différents textes — conférences et articles — que j’ai eu l’occasion d’écrire ces dernières années et que vous pourrez télécharger si vous le souhaitez. Vous trouverez notamment le texte que j’ai écrit pour le Hors-série de la Revue des Deux Mondes, pour les 40 ans des Arts Flo.

Bonne écoute, bonne lecture !

Photo d’accueil : capture d’écran du concert du 21 décembre 2019. William Christie au premier plan, à l’orgue positif, Paul Agnew au pupitre et, bien sûr, les musiciens des Arts Florissants.

Belle et heureuse année

Vœux 2020

Chères lectrices, chers lecteurs,

Je viens vous souhaiter, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers, une belle et heureuse année 2020.

Dans un monde où les rapports humains nous apparaissent peut-être de plus en plus marqués par la brutalité et la violence, puisse-t-elle être, pour chacune et chacun d’entre vous, à votre échelle et à la place qui est la vôtre, empreinte de douceur, d’attention, de considération et devenir ainsi, le temps d’une année, l’espace fécond de créations et de rencontres nouvelles : l’espace et le temps de la poésie.

Puisse-t-elle être, pour reprendre la formule de Pierre Teilhard de Chardin, riche en occasions « d’être plus »

Ce que l’Homme attend en ce moment, et ce qu’il mourrait de ne pas trouver dans les choses c’est un aliment complet pour nourrir en lui la passion du plus-être.

Pierre Teilhard de Chardin, L’Activation de l’Énergie, Éditions du Seuil, Paris, 1951, p. 290.