Le sentier nord

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Voici venu le moment de vous présenter le dernier « chantier » de cet hiver. Au nord du jardin, le long du mur d’enceinte (n° 7 sur le plan), un chemin permet de rejoindre la chapelle Sainte-Casarie depuis les terrasses. Souvent « oublié » des visiteurs, tout en marches et en roches, ce sentier longe en son départ le fond du Jardin du Feu, puis l’oliveraie est. Il est bordé de restanques sur sa plus grande longueur. C’est un de mes endroits préférés dans le jardin, plein de charme et de poésie. On y accède par une porte (un portique plutôt), surmontée d’un linteau renaissance : une fois cette porte passée, on a le sentiment d’être passé de l’autre côté du miroir… On voit le sentier monter, mais sans savoir vers où il nous mène.

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Comme dans les autres cas, la végétation avait poussé anarchiquement, bouchant les vues latérales sur l’oliveraie, envahissant certaines plantes remarquables, notamment un Anthyllis barba-jovis (« Barbe de Jupiter ») ancien et de toute beauté, ainsi qu’un superbe lentisque pistachier (Pistacia lentiscus). Cette strate arbustive, composée quasi exclusivement de lauriers-tin et de Rhamnus alaternus (Nerprun alaterne), avait fait disparaitre presque complètement la structure en restanques mais commençait aussi à déborder excessivement sur le sentier, rendant la circulation laborieuse.

Enfin, des lilas avaient envahit tout l’espace disponible, parasitant visuellement la compréhension de l’ensemble. Par ailleurs, ces lilas étaient devenus peu adaptés à la situation : ne souffrant pas assez de la sècheresse pour disparaître d’eux-même, ils n’en devenaient pas moins très inesthétiques dès les premières chaleurs, fleurissant peu et présentant aux visiteurs un bosquet au feuillage cramoisi…

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L’Anthyllis barba-jovis avant et après intervention

Il m’a donc fallu tailler, recéper, déssoucher, arracher, pour réouvrir des vues sur l’oliveraie, sur Sainte-Casarie au loin, retrouver les restanques, en piteux état, remonter (modestement) un muret en pierres sèches qui avait complètement disparu sous les lilas et que les fortes racines de ces derniers avaient abimé. J’ai aussi pu faire réapparaitre la roche qui affleure partout et qui marque fortement l’identité de cette partie du jardin.

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Sur la gauche : les lilas ; à droite, le Pistacia lentiscus (avant intervention)
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Le massif des lilas après intervention ; à ce jour, les iris ont pu reprendre le dessus et tapissent l’ensemble du massif. Débarrassés des lilas, ils vont pouvoir reprendre leur développement.

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« Re-découverte » des restanques disparues…

Projets d’avenir…

L’ensemble, sans perdre de son charme mystérieux (je l’espère tout du moins !) est redevenu lisible et pourra se prêter, dans les années qui viennent, à un programme de plantations. J’ai pour ma part suggéré de transformer ce chemin en « sentier de botanique méditerranéenne ». Les visiteurs se plaignent régulièrement de ne pouvoir identifier les végétaux dans le jardin. Il semble difficile et peu pertinent de truffer le jardin d’étiquettes, d’autant plus que la diversité botanique n’y est pas importante. Ce sentier permettrait donc de concentrer l’étiquetage dans une seule partie du jardin, tout en étoffant des collections de plantes méditerranéennes, ou en proposant, pourquoi pas, une collection d’intérêt national consacrée à un seul genre (Cistus par exemple). De plus, la structure en restanques du sentier se prêterait bien, me semble-t-il, à ce type d’aménagement. A suivre…

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Arrivés en haut du sentier, Sainte-Casarie se profile à nouveau à l’horizon…

Ex Cursus technique : gare au taille-haie !

Cet article me donne l’occasion de parler d’un problème récurrent à Saint-André, auquel je n’ai cessé de me confronter au cours de ces travaux d’automne et d’hiver : celui des conséquences de la taille au taille-haie.

Le taille-haie (manuel ou électrique) est en effet une tentation pour le jardinier : il permet, rapidement (et sans avoir à trop réfléchir…) de contraindre un arbuste à peu de frais tout en lui donnant une forme qui satisfera grosso modo son sens pointu de l’esthétique. Cette forme, on le sait, reste majoritairement la sphère (finalement la plus simple à mettre en œuvre). On sait que l’ars topiaria a promu bien d’autre formes, jusqu’aux plus farfelues, mais malgré tout la boule domine. On taille donc en boule (voire en « bouboule », la bouboule étant, comme on le sait, le nec plus ultra de la boule, son apogée, son ultime perfection). « Vite fait, bien fait »… Cela reste encore à vérifier.

Car il faut savoir que rares sont les végétaux qui s’accommodent bien de ce traitement. Si le buis et l’if s’y prêtent sans trop de difficultés, la plupart supportent mal l’opération et finissent même par développer des maladies. Car non seulement la taille au taille-haie ne respecte pas l’architecture propre aux arbustes mais elle représente un traumas indéniable : le taille-haie, surtout quand il est électrique, déchiquète les parties ligneuses ainsi que les feuilles, laissant leur limbe blessé et à nu.

De plus, surtout lorsqu’il s’agit de tailler des arbustes acrotones*, on s’expose à devoir s’affronter tôt ou tard à des problèmes qui ont peu de solutions… En effet, le taille-haie ne permet de tailler qu’en surface. Mais la plante poursuit implacablement sa croissance, en hauteur et en épaisseur. A plus ou moins longue échéance, on court le risque de produire de très belles boules qui finiront par déborder, soit sur un cheminement, soit sur une vue qui sera alors obstruée. On se heurte alors à une impasse. Car si vous souhaitez tailler un peu plus sévèrement pour retrouver la vue ou regagner de l’espace, l’arbuste, qui la plupart du temps s’est dégarni de la base, présentera invariablement l’aspect d’une pelote de bois sec juchée au sommet d’un manche à balais… Il ne reste plus d’autre solution que de repartir à zéro en recépant.

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Viburnum tinus (Laurier-tin) après plusieurs années de taille au taille-haie.

Enfin, il faudrait invoquer des motifs esthétiques : si la « géométrisation » du végétal par la taille est légitime dans certaines parties du jardin, en fonction de son style et de son époque, elle ne l’est pas nécessairement partout. Signe et symbole de notre volonté de maîtrise du vivant jusque dans l’imposition d’une forme qui n’est pas la sienne, ce type de taille risque, si elle est répétitive, de provoquer l’ennui. En tout cas, elle ne cesse de renvoyer à une main-mise par trop marquée de l’humain sur la nature.

Pour ma part, j’apprécie particulièrement le travail dans la partie méditerranéenne du jardin (qu’Elsa Kœberlé appelait « le jardin sauvage ») car je peux y travailler des heures et des jours sans que mon passage de ne se remarque. Une autre manière d’être jardinier, en essayant de s’effacer… Cela nous invite aussi à réévaluer notre idée du beau, qui pendant trop longtemps s’est articulée (pour ne pas dire identifiée) à celle du propre (concept éminemment néfaste pour le jardin).

Donc, méfiez-vous du taille-haie et préférez-lui la taille douce ou raisonnée, plus longue et plus complexe mais qui vous donnera l’occasion d’entrer dans l’intimité de la vie et du développement de vos plantes, ce qui se révèlera passionnant !

Je terminerai en soulignant l’importance du choix des végétaux : anticipez leur croissance et leur développement avant de les planter. Car la taille ne pourra résoudre tous les problèmes. Si un arbre ou un arbuste est génétiquement « programmé » pour mesurer 10 mètres dans sa pleine maturité, vous le rendrez malheureux en le taillant pour qu’il ne dépasse pas un mètre ou deux. J’ai le sentiment d’énoncer là une vérité première mais on n’insiste jamais assez sur la nécessité de respecter ce critère particulier de sélection.

Si la question de la taille vous intéresse particulièrement, je vous conseille la lecture des ouvrages de Pascal Prieur, récemment réédités par Ulmer dans des éditions mises à jour et augmentées : « La pratique de la taille raisonnée des arbustes » et « Les fondamentaux de la taille raisonnée des arbustes » qui constitue le volet théorique de son travail. Votre pratique de la taille s’en trouvera changée.

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Taille sévère des lauriers tin, pour réouvrir la vue sur l’oliveraie

 

* Acrotone – Acrotonie : « Principe de ramification selon lequel un axe développe plus vigoureusement les bourgeons situés à son extrémité que ceux situés à sa base. » (Pascal Prieur). S’oppose à la basitonie, qui présente la tendance inverse.

 

Deuxième moment solennel

Je reviendrai bientôt sur le sujet (problématique) des parterres de rosiers du Jardin italien mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette grande nouvelle : le paillage tant attendu des parterres à débuté ce matin !

DSC00864L’entreprise villenevoise Coop-élagage nous a livré de bonne heure un plein camion de broyât de peuplier tout frais. Gustave Viennet, propriétaire des lieux, m’a efficacement prêté main forte pour l’épandre aussitôt sur le premier parterre.

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Nous espérons beaucoup que cette opération, que nous répèterons régulièrement dans les années à venir, permettra de renouveler en profondeur un sol totalement épuisé et dans lequel les rosiers ne trouvent plus la matière organique nécessaire à leur croissance (il faudrait dire à leur survie !) Par ailleurs, le paillage protègera le sol des intempéries (nous savons désormais qu’il est néfaste de laisser les sols nus), permettra de limiter l’évaporation de l’eau d’arrosage mais aussi la réverbération excessive de la chaleur et de la lumière par une terre composée essentiellement de sable.

 

Planter, déplanter, replanter…

Au début du mois d’avril, après avoir désherbé les quatre parterres de rosiers du Jardin italien, une de mes premières tâches a consisté à replanter une centaine de pieds de

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santolines qui composent les bordures de ces parterres. C’était sans compter sur les conditions climatiques provençales que j’avais un peu oubliées après un séjour de presque 10 ans à Paris : le sud-est n’est pas l’Île-de-France. Et je constate, première leçon, qu’il est déjà trop tard pour planter au début du mois d’avril. La grande chaleur, arrivée brutalement, a grillé sur place nos pauvres santolines, qui n’ont pas eu le temps de s’installer.

A cela s’ajoutent des conditions pédologiques peu favorables, j’aurais l’occasion d’y revenir bientôt lorsque je vous parlerai plus précisément du défi qui se présente à nous dans les parterres de rosiers. Le sol, vraisemblablement « importé » de la plaine du Rhône au moment de la création du Jardin italien, est essentiellement composé de sable et de limon et par conséquent d’une pauvreté extrême. Cette pauvreté en matière organique, si elle pose problème aux rosiers, ne devrait pas en poser aux santolines, habituées aux sols ingrats. Une autre caractéristique de ce sol est de ne pas retenir l’eau et de s’ouvrir en séchant. dsc02350.jpgExposé en permanence au plein soleil, la terre se fend et forme ainsi de nombreuses poches d’air autour des mottes des jeunes santolines qui n’ont pas pu développer leur système racinaire.

Je viens donc de passer ces deux derniers jours à déplanter les santolines pour les remettre en pots : bassinage intensif, paillage, rabattage drastique, mise à l’ombre, j’espère que ces soins permettront de les sauver pour une replantation ultérieure à l’automne qui semble désormais la saison la plus appropriée pour les plantation sous ces latitudes. Je ne manquerai pas de vous donner de leur nouvelles dans les semaines qui viennent.

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Joies simples du jardinier

Depuis deux jours me voilà équipé d’un objet simple mais qui change la vie : un dévidoir de tuyau sur roues ! Il me permet désormais d’arpenter allègrement le jardin pour venir en aide aux assoiffés qui ne bénéficient pas de l’arrosage automatique (notamment les plantes en pots) sans avoir à porter à bout de bras une vingtaine de mètres de tuyau (très lourds lorsqu’ils sont encore remplis d’eau…) Je n’ai pas pu résister au plaisir de vous le présenter.

Moment solennel

Aujourd’hui, l’arrosage automatique des massifs les plus sensibles du jardin est totalement opérationnel ! Le réseau primaire avait été installé cet hiver. Il y a quinze jours, une entreprise locale est venu installer les réseaux secondaires dans les différents massifs. Ce soir, point d’orgue de l’opération, j’ai paramétré les programmateurs de chaque secteur : me voilà pour l’essentiel libéré des séances d’arrosage au tuyau, ce qui me rendra disponibles pour d’autres tâches au jardin. Ce n’est pas du luxe puisque la radio ou la télévision ont dû vous informer que nous battions des records de chaleur à Avignon ces jours-ci… 38° au plus chaud de la journée un 13 juin : l’été débute en fanfare et avant l’heure.

Il s’agit d’un arrosage au goutte-à-goutte enterré, ce qui garantira un arrosage copieux et en profondeur, avec des taux d’évaporation moindres. Ce sont les parterres de rosiers du jardin italien qui inaugurent cette nuit notre tout nouveau système !

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Température prise à l’ombre aujourd’hui en fin d’après-midi… En plein soleil, rajouter quelques degrés supplémentaires !