Mise en ligne d’une nouvelle galerie de photos

Je vous signale la mise en ligne d’une nouvelle galerie de photos, consacrée aux différents éléments de décors sculptés dans le jardin (statues, vases, fleurons, mobilier). L’essentiel de ces éléments est concentré dans le jardin italien, aménagé par Elsa Kœberlé et Genia Lioubow dès l’immédiat après Grande Guerre.

J’ai mis à profit une journée particulièrement pluvieuse de la semaine dernière pour demander l’autorisation d’explorer les archives relatives au jardin. J’ai donc passé une délicieuse matinée à dépouiller un carton d’archives dans lequel j’ai trouvé quelques éléments intéressants concernant la statuaire. Si aucun document ne m’a renseigné sur la réalisation des éléments bâtis du jardin italien (bassins, pergola, bancs et tables, bordures des parterres de rosiers) j’ai en revanche découvert des traces des recherches faites par Elsa et Genia concernant la statuaire et les vases. Notamment une très intéressante facture, datée du 18 décembre 1924, qui fait état de la commande à la SA « La Pierre Agglomérée » (sise à Boulogne, département de Seine) d’un ensemble de vases et de deux statues, celles qui sont à encore à l’honneur aujourd’hui dans le jardin italien :

  • Une copie de la statue de Marie-Adélaïde de Savoie, Duchesse de Bourgogne, en Diane, par Antoine Coysevox (1640-1720). L’original, datant de 1710, se trouve désormais conservé au Musée du Louvre (Département des sculptures, n° d’inventaire M.R. 1817). Voici la notice technique que l’on peut lire sur le catalogue du Louvre :

Marbre ; H. : 2 m. ; L. : 0,83 m. ; Pr. : 0,80 m.
Portrait en déguisement mythologique, exécuté en 1710, un an avant la mort de la duchesse de Bourgogne (1685-1711), épouse du petit-fils de Louis XIV, dont le caractère joyeux réjouissait particulièrement le roi.
Le marbre fut placé successivement à Petit-Bourg, château du duc d’Antin, directeur général des Bâtiments du Roi, puis à Louveciennes, dans la propriété de Madame Du Barry, enfin à Saint-Cloud de 1802 à 1834, et au Grand Trianon.

  • Une copie d’une statue romaine représentant Polymnie, Muse de l’Art lyrique et de la Rhétorique (j’ai écrit à tort qu’il s’agissait de Mnémosyne, mère de Polymnie…). Après quelques recherches, j’ai lu que l’original de cette statue se trouvait lui aussi au Musée du Louvre (comme faisant partie de la Collection Borghèse) mais ne suis pas parvenu à en retrouver la trace dans le catalogue numérique du Musée. Le site internet d’un antiquaire qui vendait une copie XIXe de cette statue indique dans sa notice que la partie inférieure de l’original datait bien de l’antiquité mais que la partie supérieure avait été complétée en 1780 par Agostino Penna (1728-1800), sculpteur, restaurateur et marchand d’art italien. C’est peut-être en raison de cette restauration (excessive ?) que l’œuvre est pour l’instant absente du catalogue des Antiquités romaines, en attente de trouver sa place dans le bon département…

Le catalogue de la maison « La Pierre Agglomérée » se trouve lui aussi dans les archives et consiste en un ensemble de cartes postales présentant les différents modèles de statues et vases à la vente, chaque modèle portant un numéro (n° 222 pour Diane ; n° 253 pour Polymnie).

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Les massifs de Sainte-Casarie

La chapelle Sainte-Casarie (XIe siècle) est à la fois le point culminant du jardin mais elle en est aussi le « pivot » historique. C’est en effet en raison de l’existence d’un pèlerinage très populaire à Casarie, sainte ermite du VIe siècle qui s’était retirée ici dans la solitude, que les bénédictins se sont installés au sommet du Mont Andaon dès le Xe siècle (la première abbaye est fondée au début de l’année 980).

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Cette chapelle romane minuscule (une « chapelle-reliquaire » pourrait-on dire) est juchée au sommet d’un promontoire rocheux qui affleure de toutes parts. Entourée d’une _DSC4312plate-forme qui mêle harmonieusement roche et maçonnerie, elle surplombe l’oliveraie et l’emplacement de la grotte occupée par l’ermite, murée depuis le Moyen-Âge. De l’entrée de la chapelle on a une vue splendide vers le sud, vers Avignon et sur la cime des oliviers.

Deux massifs encadrent ce promontoire : un à l’est, s’étendant entre le muret de la plate-forme et une allée des cyprès ; l’autre au sud, en contre-bas de la plate-forme, au pied d’une sorte d’abrupte falaise miniature. Au fil du temps, ces deux massifs se sont transformés en petites friches, mêlant pèle-mèle quelques vénérables cistes (mais devenus peu florifères en raison même de leur ancienneté), des Perovskia, des Iris échappés des bordures, les incontournables lauriers tin qui se ressèment allègrement partout dans le jardin, sans compter les adventices de toutes sortes et résidus de choix malheureux. Sans oublier une clématite sauvage extravagante qui avait recouvert la paroi sud du promontoire et était partie à l’assaut des oliviers.

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Massif est, avant intervention
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Massif sud, avant intervention

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Après un défrichage en règle (mais sélectif ! j’ai ainsi conservé l’ensemble des yuccas mais aussi les vieux cistes très beaux dans leurs ramifications), j’ai proposé un nouveau plan de plantation, exclusivement composé de plantes résistantes à la sècheresse :

Euphorbes (Euphorbia myrsinites, rigida, ‘Portugese Velvet’), Cistes (Cistus purpureus, x verguinii ‘Paul Pecherat’, oblongifolius, pulverulentus), Phlomis, Tanacetum densum, Bulbine frutescens ‘Hallmarck’, Stipa tenuifolia, Myrthus communis ‘Flore pleno’, Senecio vira-vira, Yucca rostrata, Muhlenbergia capillaris 

Nous sommes allés chercher ces plantes avec Marie Viennet, propriétaire des lieux, à la pépinière Quissac (à Souvignargues, Gard), spécialisée en plantes méditerranéennes et de jardins secs, dont je vous recommande chaleureusement la visite.

Après avoir transplanté les lavandes retirées du Jardin du Feu (cf. article précédent), qui semblent à ce jour avoir bien supporté l’opération, j’ai pu, fin novembre, procéder à la plantation des nouvelles venues. Cette date peut sembler tardive mais, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’automne est désormais, du moins sous nos latitudes, la période la plus favorable pour les plantations. Les plantes ont ainsi le temps de s’installer tranquillement sans avoir à faire face aux rigueurs de l’été qui arrivent très brutalement dès que le printemps s’achève, et qui sont bien plus dangereuses que les rigueurs (toutes relatives maintenant) de l’hiver. Elles bénéficient des pluies automnales et hivernales mais aussi (et de cela, il n’y a pas lieu de s’en féliciter, me semble-t-il), de la douceur des hivers méridionaux d’aujourd’hui.

Du déchignonage…

J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’évoquer cette pratique importante sans jamais rentrer dans le détail. Je profite donc de cet article pour le faire brièvement ! Il est indispensable, à la plantation, de procéder à un déchignonage méticuleux de la plante. De quoi s’agit-il ? Les plantes de pépinières sont généralement issues de semis ou de boutures et n’ont jamais connu que la vie en godet, puis en pot ou en container. Le système racinaire de la plante est donc contraint par l’espace du pot et, pour poursuivre sa croissance, n’a d’autre choix que de se développer en pivotant. Cette spirale compacte de racines que vous découvrez lorsque que vous retirez la motte du pot est appelée « chignon ». Il existe aujourd’hui des pots « anti-chignon » qui permettent aux racines de s’échapper un peu et de ne pas se lancer dans leur spirale infernale ! Mais leur efficacité est relative.

Il convient donc, avant de planter, de briser ce chignon de racines c’est à dire de briser leur mouvement hélicoïdal qui, sans cette opération, se poursuivra en pleine terre (cf. article précédent, au sujet des lavandes qui avaient été plantées sans déchignonage préalable). Et il faut pour cela trancher dans le vif, ce qui peut paraître brutal (c’est pourquoi beaucoup n’osent pas le faire) mais qui est pourtant indispensable. Il ne faut pas hésiter à briser cette dure motte de racines en la coupant au couteau (un couteau bien propre et désinfecté) pour permettre aux racines saines et vigoureuses d’émettre des radicelles latérales qui pourront librement investir leur bout de terrain.

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Euphorbia myrsinites au sortir du pot…
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Après déchignonage

Empierrement des massifs

Comme partout ailleurs dans le jardin, la terre de ces massifs est excessivement pauvre, pulvérulente et donc très vulnérable à l’érosion. Pour éviter que ces sols ne soient trop durement exposés, pour limiter leur lessivage et le ravinement, mais aussi pour conserver au maximum la fraicheur pendant les périodes chaudes de l’année, j’ai pensé que la solution de l’empierrement pourrait être pertinente. Elle présentait de plus l’avantage d’intégrer visuellement ces massifs dans un ensemble déjà très minéral, non exempt d’une certaine austérité que je qualifierais volontiers « d’érémitique » ! J’ai donc écumé le jardin à la recherche de pierres, ce qui m’a permis par ailleurs de faire un grand ménage, un certain nombre de ces pierres provenant des allées et cheminements sur lesquels elles entravaient la marche, mais aussi de l’oliveraie. J’ai donc fait,… d’une pierre deux coups !

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Petit journal des travaux

Massif est

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Etat juin 2017

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Massif sud

Etat octobre 2017, vu depuis la plate-forme de la chapelle et depuis l’oliveraie

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Après les plantations, l’empierrement…

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Etat décembre 2017

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Quelques portraits des nouvelles venues

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Tanacetum densum
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Bulbine frutescens ‘Hallmarck’
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Euphorbia rigida (à droite), Euphorbia characias ‘Portugese Velvet’ (à gauche), avant plantation
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Euphorbia rigida en pleine terre, prenant très légèrement sa teinte d’hiver. Cette euphorbe devient normalement rouge avec le froid mais celui-ci n’étant jamais venu, elle s’est plutôt décidée à fleurir (photo à venir)…

 

 

 

 

Le Jardin du Feu

Le Jardin du Feu (cf. n° 4 sur le plan) est une petite « cellule régulière » incluse dans le jardin méditerranéen qui, comme je l’écrivais, s’apparente davantage à une garrigue jardinée. Il est implanté sur le lieu où, vraisemblablement, les bénédictins faisaient leur feu. Il semblerait aussi que le premier aménagement de cet espace soit dû à Elsa Kœberlé, ce qui explique peut-être son caractère régulier et italianisant, comme une réponse, dans la partie haute des jardins, aux jardins italiens situés en contrebas des terrasses.

Ce jardin est aménagé de manière classique selon un plan en croix : quatre parcelles irrégulières bordées de buis réparties symétriquement autour d’un espace central circulaire. Au centre du jardin, une grande vasque moderne ornée d’un bas-relief évoquant les Vestales. Le Jardin du Feu est situé en contrebas de l’oliveraie, au pied d’un mur de pierres sèches orné, sur sa margelle, de quatre vases Médicis. Le long de ce mur, à l’ouest, est plantée une haie de cyprès (Cupressus sempervirens non fastigiés). Au sud, bordant le chemin longeant le jardin, une haie de cyprès fastigiés (Cupressus sempervirens var. stricta). Le fond du jardin, au nord, est fortement marqué par l’oblique de la colline, soulignée par un mur en pierres sèches ; ce massif tout en pente est planté de cyprès, d’oliviers et d’un tapis de Ceratostigma plumbaginoides qui apprécient cette exposition ombragée et relativement fraîche, offrant en été une belle floraison bleue et à l’automne un feuillage rouge éclatant. Derrière ce massif, courant le long du mur d’enceinte nord, un chemin particulièrement attachant (un de mes lieux préférés dans le jardin ! mais j’aurai l’occasion de vous en reparler bientôt) qui conduit jusqu’à la chapelle Sainte-Casarie). Faisant couronne à l’ensemble, une strate arbustive essentiellement composée de Viburnum tinus (Laurier tin), de Rhamnus alaternus (Nerprun alaterne), et de quelques Pittosporum tobira. Enfin, chacune des quatre parcelles étaient plantées de lavandes (essentiellement Lavendula angustifolia).

Comme dans d’autres parties du jardin, il a fallu procéder à un « rajeunissement » de l’ensemble : la croissance excessive des végétaux, des semis spontanés et quelques plantations « intempestives » avaient gommé la structure du jardin. Ainsi, la haie de cyprès, tous très sénescents, masquait entièrement le mur et la vue sur l’oliveraie qui surplombe le jardin. Les vues traversantes sur le paysages (notamment à l’est, vers le Mont Ventoux) étaient perdues, ainsi que la perception de l’oblique qui marque le fond du jardin. Enfin, au sud, la plantation trop serrée des cyprès — qui produisent une ombre très compacte — empêchait la lumière de s’introduire dans le jardin, au grand dam des lavandes qui ne parvenaient plus à se développer.

Ce chantier a donc été le premier de l’automne et j’ai été efficacement secondé dans ce travail par une stagiaire, Kathleen Personnic, en formation au CFPPA d’Avignon (BTSA « Aménagement paysager » en formation continue), qui m’a été d’une aide précieuse pendant les quinze jours qu’elle a passés à Saint-André au début de l’automne.

Les travaux de taille, d’élagage et d’abattage ont été complétés par l’arrachage des lavandes qui, pour la majorité d’entre elles, étaient arrivées en bout de course. Quelques-unes semblaient pourtant avoir été plantées relativement récemment mais sans réussir à s’enraciner. Pauvreté du sol, manque de lumière ou plantation hâtive sans dé-chignonage préalable (certains pieds présentaient en effet un étranglement du collet par une racine) ? IMG_20171023_094831Il ne faut écarter aucune de ces hypothèses. Les lavandes les plus robustes ont été conservées pour être replantées dans les massifs de Sainte-Casarie (que je vous présenterai dans un prochain article).

Nous avons décidé, avec les propriétaires, de ne pas replanter de lavandes pour le moment. J’ai donc proposé, pour tenter de redonner vie à un sol très appauvri et très pulvérulent, de semer un engrais vert, essentiellement composé de céréales et de fabacées (Avoine, Seigle, Lentille, Serradelle, Trèfle incarnat, Vesce, Epinard, Lin, Moutarde, Phacélie, Sarrasin). J’ai procédé au semis après une légère préparation des parcelles au motoculteur. Je craignais d’avoir fait ce semis trop tard dans la saison mais la douceur exceptionnelle de cet hiver et quelques pluies bienfaisantes sont venues à ma rescousse : quelle n’a pas été ma joie, au courant du mois de décembre, de voir apparaître une légère brume verte à la surface du sol !

En début de floraison, IMG_20171116_085708je faucherai et enfouirai superficiellement les coupes préfanées. Pour le printemps, je pense semer un mélange de prairie fleurie adaptée aux terrains secs, mélange que je compte agrémenter copieusement de coquelicots pour réchauffer ce jardin dédié au feu. Toutes ces opérations ont pour but de préparer le terrain en vue de l’élaboration d’un plan de plantation plus pérenne et réfléchi, qui tiendra compte des contraintes pédologiques du lieu, des contraintes d’exposition et qui, espérons-le, honorera dignement la mémoire du feu des bénédictins !

 

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Etat mars 2017
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Etat novembre 2017

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Faire entrer de la lumière…

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La haie de cyprès à l’ouest
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Retrouver les vues

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Histoire d’un semis…

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Janvier 2018. Vu depuis l’oliveraie. On aperçoit l’ombre portée particulièrement dense des cyprès plantés en bordure du jardin. Mais aussi, la petite brume verte du semis qui a levé…

Topographie des Jardins de l’Abbaye Saint-André

Les Jardins de l’Abbaye Saint-André sont implantés au sommet du Mont-Andaon, grand promontoire rocheux qui surplombe Villeneuve-lès-Avignon et la vallée du Rhône. L’abbaye et le bourg qui s’était établi à son ombre ont été fortifiés à partir du début du XIVe siècle, dans le contexte du conflit qui opposait le roi de France au pape installé en Avignon (pour un exposé plus complet de l’histoire du lieu, je me permets de vous renvoyer au site officiel de l’abbaye  : http://www.abbayesaintandre.fr/histoire/).

Les jardins s’organisent sur deux niveaux, qui se distinguent nettement l’un de l’autre grâce aux grandes terrasses, supportées en leur extrémité est par des voutes, édifiées par les moines bénédictins mauristes au XVIIIe siècle et destinées à gagner de la surface sur la colline pour y construire un ensemble monumental de bâtiments conventuels, aujourd’hui disparus.

Dans la partie basse (à la porte d’entrée de l’Abbaye), l’altitude est de 55 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans la partie la plus haute (chapelle Sainte-Casarie), elle est de 70 mètres (données Géoportail).

La partie inférieure du jardin a été aménagée (à partir des années 1920) en Jardins italiens par Elsa Kœberlé (1881-1950). Ils se composent au sud, le long du rempart, d’une promenade ouvrant sur Avignon et la vallée du Rhône et, pris entre cette promenade et les terrasses, d’un ensemble très architecturé : parterres de rosiers en éventail (Elsa Kœberlé était passionnée par les éventails et les collectionnait), deux bassins, deux massifs d’iris et une pergola, initialement plantée de vigne, adossée à la terrasse. L’ensemble ponctué régulièrement de cyprès d’Italie et agrémenté de quelques statues soigneusement choisies : Diane au centre de l’éventail de parterres de rosiers ; Cérès, au centre de la pergola (cette statue se trouvait originellement à l’extrémité de la terrasse sud) ; Mnémosyne, déesse de la Mémoire et mère des Muses, qui domine paisiblement le bassin est du jardin italien.

La partie haute du jardin, à laquelle on accède soit par un escalier construit sur le flanc du Palais abbatial à l’ouest de la pergola, soit par un plan incliné passant sous les voûtes à l’est, est essentiellement l’œuvre de Roseline Bacou (1923-2013) qui hérite du lieu à la mort d’Elsa Kœberlé en 1950. On lui doit de nombreux travaux archéologiques qui ont permis de mettre en valeur les ruines des églises Saint-André et Saint-Martin, de redécouvrir le cimetière des moines, mais aussi la restauration de la chapelle Sainte-Casarie. Ces jardins ont été judicieusement aménagés en jardins méditerranéens et s’apparentent à une « garrigue jardinée », dominée par la présence d’oliviers plus que centenaires qui composent un écrin à la chapelle Sainte-Casarie. Dans cette partie du jardin, la roche-mère affleure partout, lui conférant une dimension tellurique très marquante.

J’espère que ce plan en trois dimensions vous permettra de mieux visualiser l’implantation du lieu, sa topographie complexe et de me suivre plus à l’aise dans les pérégrinations que je vous proposerai bientôt, au fil de mes travaux d’automne et d’hiver ! Vous pouvez retrouver ce plan en grandes dimensions (et donc bien plus lisible) sous la rubrique « Plan de Saint-André », dans la colonne de droite. A bientôt… au Jardin du Feu !

 

Plan Jardins Saint-André copie

Grandes manœuvres d’automne et d’hiver

Si les périodes automnales et hivernales sont normalement des temps de repos pour le jardin, elles ne le sont pas pour le jardinier ! C’est en effet le moment idéal pour entreprendre des travaux de fond sur la structure du jardin. Ces travaux, sans cesse renouvelés, sont essentiels à plus d’un titre. Ils permettent de conserver sa lisibilité au jardin, de ne pas perdre les vues et ouvertures sur le grand paysage (essentielles à Saint-André). C’est aussi le moment idéal pour reprendre et renouveler des massifs, préparer le terrain pour des projets et interventions à venir.

Si ces travaux ne sont pas effectués régulièrement et attentivement chaque année, on court vite le risque d’être débordé : les vues se referment, les éléments structurants du jardins disparaissent sous la végétation, l’équilibre des masses végétales se perd petit à petit. Et cela va très vite, les plantes poursuivant leur croissance régulière sans se soucier de tous ces détails qui incombent… au jardinier !

Taille, élagage et débroussaillage tous azimuts donc, depuis la fermeture du jardin, plus quelques plantations au pied de la chapelle Sainte-Casarie, que je vous présenterai dans un article à venir.

J’ai pu venir à bout de l’énorme quantité de déchets verts générée par ces travaux grâce à l’arrivée, en octobre, d’un broyeur de végétaux, outil indispensable, qui m’a permis de redistribuer toute cette matière verte dans le jardin sous forme de broyât.

Mais avant de rentrer dans le détail de ces différentes interventions, je souhaiterais, à l’intention de celles et ceux qui n’ont jamais visité les Jardins de l’Abbaye Saint-André, vous présenter rapidement la topographie des lieux et la répartition dans l’espace des différents jardins qui composent cet ensemble.

Belle et heureuse année 2018

Je vous souhaite à toutes et à tous une heureuse année 2018. Qu’elle soit riche en belles rencontres, en projets passionnants et placée sous le signe de la joie et de la paix, pour vous et tous ceux qui vous sont chers.

Avec toute mon amitié et mes remerciements pour votre fidélité à la lecture de mes aventures hortésiennes !

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Rhinechis scalaris…

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Une jolie rencontre, en toute fin d’été, avec Rhinechis scalaris, une couleuvre à échelons, le premier serpent que je croise dans le jardin depuis mon arrivée. C’est son sifflement qui m’a signalé sa présence à proximité. Elle prenait tranquillement le soleil dans l’oliveraie lorsque Balthazar l’a débusquée…  et elle avait manifestement l’intention d’en découdre ! Une fois le danger éloigné et le calme recouvré, elle a gentiment accepté d’être photographiée, sans faire preuve d’agressivité. Avant de reprendre doucement son chemin…

La couleuvre à échelons mesure jusqu’à 1m60. Adulte, elle possède une livrée gris-jaune ou gris brunâtre. Elle possède deux traits longitudinaux sombres le long du corps. Chez les jeunes sujets, ces deux traits sont reliés par des lignes transversales, faisant penser à une échelle.

Cette couleuvre vit dans le midi de la France. On la trouve aussi bien dans les garrigues et les maquis que dans les zones habitées près des cultures.

Très active pendant tout l’été même aux heures les plus chaudes, elle est très agressive et se jette gueule ouverte sur son agresseur. Cette couleuvre inoffensive est massacrée sans pitié si elle s’aventure le long des sentiers ou près des maisons. Elle est aussi menacée par les incendies très fréquents là où elle vit.

C’est un prédateur redoutable pour les rongeurs, oisillons, lapereaux. Il tue par constriction.

Source : http://www.serpentsdefrance.fr/Couleuvreaechelons.php

 

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Retour sur les travaux de l’été : la division des iris…

Chères lectrices, chers lecteurs, après une nouvelle interruption due, en partie, au démarrage des « grandes manœuvres » d’automne et d’hiver (dont je vous parlerai bientôt), je suis heureux de revenir vers vous en cette fin d’année pour vous donner des nouvelles du jardin.

Et pour commencer, remontons un peu le temps, pour nous arrêter sur une des tâches importantes de l’été : la division des iris. Il y a beaucoup d’iris à Saint-André, essentiellement Iris germanica. Je me suis concentré cette année sur les deux massifs, très emblématiques, qui ornent le jardin italien, le long de la pergola. J’ai été efficacement (et heureusement !) secondé dans ce travail par notre stagiaire, Antoine Santucci, étudiant de l’ENSP Versailles (Ecole Nationale Supérieure de Paysage) qui a passé un mois au jardin cet été.

Les iris, pour être heureux, en bonne santé et florifères nécessitent d’être divisés tous les trois ou quatre ans. Cette opération doit avoir lieu pendant l’été, après la floraison, de la mi-juillet jusqu’à la mi-septembre. Les massifs du jardin italien n’avaient pas été divisés depuis six ou sept ans : il était donc grand temps d’agir, les iris fleurissant de moins en moins.

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La touffe d’iris se développe de manière concentrique à partir d’un rhizome et s’étend progressivement, les rhizomes les plus anciens se trouvant au centre de la touffe. Au fil du temps, les rhizomes du centre se nécrosent et affaiblissent la plante.

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Il s’agit donc de déterrer délicatement la touffe d’iris, avec une fourche bêche, en tâchant de ménager le plus possible le système racinaire. Puis, à l’aide d’un couteau, de sélectionner les rhizomes les plus jeunes et les plus vigoureux qui se trouvent à la périphérie de la touffe, en les coupant franchement (en conservant une vingtaine de centimètres de rhizome) afin de les replanter rapidement (à raison de cinq ou six rhizomes par m2) dans un massif qui aura été préalablement soigneusement désherbé (les iris détestent la compétition des adventices) et dont le sol aura été amendé (ici, j’ai procédé à un apport de lombricompost sur toute la surface du massif). Les iris sont peu gourmands en matière organique mais après plusieurs années il est important de leur donner un petit « coup de pouce » pour les aider à reprendre.

_DSC2670Détail important : après avoir coupé le feuillage en éventail (afin de ne pas épuiser la plante stressée par la division et limiter l’évaporation) il faut veiller à ne pas enterrer le rhizome. Opération délicate qui consiste à n’enfouir que les racines en laissant le rhizome le plus possible en surface, bien exposé au soleil. La plantation s’est achevée par un arrosage substantiel (en raison de l’extrême sècheresse de cet été), en veillant toutefois à ne pas inonder les rhizomes fraichement repiqués (un excès d’humidité favorise le développement de moisissures).

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Antoine arrosant les iris fraichement repiqués…

Trois mois après, les iris divisés semblent s’être bien installés et produisent déjà leur nouveau feuillage. Nous attendons maintenant le printemps, en espérant que les iris rajeunis nous offrirons une belle floraison !

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Rhizomes repiqués en septembre ; le 20 décembre 2017

Après l’été…

Chères lectrices, chers lecteurs, comme vous avez pu vous en apercevoir, je n’ai pas tenu ma promesse du partage (presque) quotidien de mes activités aux Jardins de Saint-André. Peut-être ai-je été victime de cet été caniculaire provençal dont j’avais perdu l’habitude, après presque dix ans d’étés franciliens ?… Mais me revoilà et je vais tenter de rattraper le retard accumulé.

Ceci dit, comme vous le savez en bons amateurs de jardins que vous êtes, l’été n’est pas la saison des grands travaux et remaniements : tout le monde se repose, ou plutôt se protège, se met à l’abri, tente de survivre aux températures et à la sècheresse estivales :

Dans la région méditerranéenne, la mauvaise saison n’est pas l’hiver mais l’été, c’est pourquoi beaucoup de végétaux méditerranéens pour lesquels la période de végétation débute à l’automne ont accompli leur cycle de reproduction avant la fin du printemps et ont disparu de la surface du sol en été.

(Maurice Reille, Dictionnaire visuel des plantes de la garrigues et du Midi, Les Editions Ulmer, Paris, 2016, p.8)

Pour résumer la situation d’un point de vue météorologique, il n’a pas vraiment plu à Villeneuve-lès-Avignon depuis la fin du mois de mai et nous avons subi des températures exceptionnellement élevées (un relevé dans les parterres de rosiers du jardin italien, en début d’après-midi un jour de juin indiquait 47° C.) Et les spécialistes nous expliquent que ce qui jusque-là était exceptionnel allait devenir la règle… A bon entendeur, salut ! A ce sujet, je vous conseille l’écoute ou la réécoute d’une émission de France Culture diffusée cet été : https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre-dete/changement-climatique-le-temps-de-ladaptation

Mère Nature ne nous a gratifié que d’un orage sec au mois d’août, plein d’espérances déçues. Et nous attendons toujours la pluie.

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J’ai donc passé l’essentiel des mois d’été un tuyau d’arrosage à la main, afin d’aider au mieux les végétaux les plus fragiles et les plus vulnérables du jardin, notamment ceux qui sont en pots. Toutefois, quelques travaux typiquement estivaux m’ont bien occupé : taille des rosiers non-remontants, division des iris, taille des santolines, travaux auxquels je consacrerai des articles spécifiques.

Mais l’automne est là — enfin ! — et depuis quinze jours environs les températures ont très sensiblement chuté. Le jardin revit, et le jardinier avec ! Et en effet, comme on me l’avait dit, l’automne est comme un second printemps après les rigueurs de l’été : le jardin refleurit, la fraîcheur suffisant à lui donner un regain d’énergie.

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Les rosiers du Jardin italien refleurissent de manière inespérée : le goutte-à-goutte enterré et le paillage leur ont permis de supporter l’épreuve de l’été et ils nous remercient aujourd’hui avec générosité !

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Signe que l’automne est là, la floraison spectaculaire et soudaine des Sternbergia lutea (plante vivace bulbeuse de la famille des Liliaceae ou Amaryllidaceae, selon la classification phylogénétique), appelés Vendangeuses ou, improprement, Crocus d’automne, puisqu’il ne s’agit absolument pas d’un Crocus !

Lyristes plebejus

Sous ce titre énigmatique (peut-être pas pour tout le monde), j’inaugure une nouvelle catégorie de messages : « Parisiens, tendez vos mannes. » Les lecteurs d’Alphonse Daudet auront reconnu une citation du « Curé de Cucugnan », dans les « Lettres de mon moulin » :

Tous les ans, à la Chandeleur, les poètes provençaux publient en Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu’aux bords de beaux vers et de jolis contes. Celui de cette année m’arrive à l’instant, et j’y trouve un adorable fabliau que je vais essayer de vous traduire en l’abrégeant un peu… Parisiens tendez vos mannes. C’est de la fine fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois…

Je vous laisse découvrir (ou re-découvrir) la suite du fabliau dans le volume des « Lettres » qui doit certainement se trouver sur les rayonnages de votre bibliothèque.

Je me propose ainsi de partager avec vous des réalités spécifiquement méditerranéennes, au fil de mes découvertes, curiosités et selon les circonstances saisonnières.

Je commence donc en vous présentant Lyristes plebejus, la Cigale plébéienne, à la fois si familière et méconnue. La forte chaleur de ces derniers jours a provoqué une véritable explosion démographique de la population cigale dans le jardin et cela me donne l’occasion de vous dire quelques mots de cet insecte touchant et admirable (quoiqu’en dise et en pense Monsieur de la Fontaine).

La femelle Lyristes plebejus (famille des Cicadidae) pond ses œufs (environ 600) dans les tiges des arbres, arbustes et plantes herbacées. Les larvules qui naissent de ces œufs subissent une première mue (et acquièrent ainsi des pattes) et se laissent tomber dans le sol dans lequel elles vont s’enfoncer grâce à une paire de pattes fouisseuses.

La larve vit sous terre au moins deux ans, tout en subissant quatre autres mues. Aveugle, vivant isolément, elle creuse des terriers individuels à proximité des racines qui lui procurent la sève dont elle se nourrit. Après la quatrième mue, la larve passe au stade de larve nymphoïde et remonte à la surface en laissant dans le sol des trous caractéristiques.

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L’imago au sortir de l’exuvie

Sortie de terre, cette larve grimpe sur un support (souvent végétal : plante à développement bas mais aussi sur la base des troncs d’arbres ; parfois, comme ici, sur le pied d’une table…) et effectue sa dernière mue, la mue imaginale. L’imago apparaît en environ une quinzaine de minutes abandonnant l’exuvie, la peau morte de la larve nymphoïde.

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Exuvies

Trois heures après, l’imago acquiert sa pigmentation compète ainsi que l’usage de ses ailes. Elle présente la physionomie définitive de la cigale qui a notamment abandonné la paire de pattes fouisseuses qui ne lui sont plus d’aucune utilité.

Dès lors, la cigale entre dans la dernière période de sa vie, la plus courte puisqu’elle ne vit que deux à quatre semaines, le temps de se reproduire. Dès sa sortie de terre et une fois la dernière mue effectuée, le mâle commence à chanter ce qui s’apparente bel et bien à un chant du cygne…

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Je dois à l’exposé de Manuel Ibanez (publié sur le site de l’OnEm, Observatoire Naturaliste des Ecosystèmes Méditerranéens, http://www.onem-france.org/cigales/files/Expose_Cigales_MI.pdf) ma toute fraîche connaissance des cycles de la vie de Lyristes plebejus.

Photos : Olivier Ricomini