Dimanche 12 avril

DSC01019A chacune et à chacun d’entre vous,

Je souhaite une belle fête de Pâque, malgré les circonstances qui nous enchainent les uns loin des autres, particulièrement de ceux que nous aimons.

Je pense à celles et ceux d’entre-vous qui vivront ce jour dans la solitude, privés de leur famille et de leurs amis ou qui, peut-être, ont perdu un être cher. A celles et ceux, soignants ou malades, qui ont perdu le fil du temps dans les hôpitaux…

Puisse ce mot vous apporter un peu de réconfort et un peu de joie.

Avec toute mon amitié.

Florilège de Christ-jardinier…

Marguerite Yourcenar, Le Temps, ce grand sculpteur, essais, X. Fête de l’an qui tourne, « Séquence de Pâques : une des plus belles histoire du monde », 1977. Editions Gallimard, Paris, 1983.

La nuit venue, ce maître, plus seul encore dans ce coin de verger qui domine la ville où tous, sauf ses ennemis, l’ont oublié : les longues heures noires où la prescience se change en angoisse ; la victime qui prie pour que l’épreuve attendue lui soit épargnée, mais sait aussi qu’elle ne peut pas l’être et que, « si c’était à refaire », il referait le même chemin ; « l’âme éternelle » qui observe son vœu « malgré la nuit seule ». (Qu’Aragon et Rimbaud nous aide à comprendre Marc ou Jean.) Pendant qu’il souffre, ses amis dorment, incapables de sentir l’urgence du moment. « Ne pouvez-vous veiller un moment avec moi ? » Non : ils ne peuvent pas ; ils ont sommeil ; et celui qui les appelle n’ignore pas d’ailleurs que le temps viendra où ces malheureux auront aussi à souffrir et à veiller.

L’arrivée de la troupe, prête à arrêter l’inculpé. Le bouillant défenseur qui risque d’empirer encore les choses et presque aussitôt se dégonflera. Les deux établissements, l’ecclésiastique et le laïque, gênés quand même, ce repassant l’accusé ; l’éternel dialogue de la ferveur et du scepticisme, se complétant l’un l’autre : « Quiconque aime la vérité m’écoute. — Qu’est-ce que la vérité ? » Le grand fonctionnaire excédé, qui voudrait bien se laver les mains de cette affaire, laissant à la foule le choix du prisonnier qu’on libérera pour la fête toute proche et ce qu’on choisit est, bien entendu, la vedette du crime et non le juste innocent. Le condamné, insulté, frappé, tourmenté par d’épaisses brutes dont plusieurs sont probablement de bons pères de famille, de bons voisins, de bons types, forcé de traîner la poutre de son gibet, comme dans les camps, parfois, les prisonniers traînaient une pelle pour creuser leur fosse. Le petit groupe des amis restés tout près du supplicié, acceptant l’humiliation et le danger qu’encourt la fidélité. Les chamailleries des gardiens qui se disputent la défroque vide, comme en temps de guerre les camarades d’un mort se dispute parfois son ceinturon et ses bottes.

La tendresse se faisant jour sous la forme de recommandations aux siens, de la part d’un être trop pris jusque-là par sa mission pour songer beaucoup à eux : le mourant donnant pour fils à sa mère son meilleur ami. (Ainsi, de notre temps, par tous pays, les dernières lettres de condamnés ou de soldats partant pour une mission dont ils ne reviendront pas, pleines de conseils quant au mariage de la sœur ou à la pension de la vieille mère.) L’échange de propos avec un condamné de droit commun en qui on a reconnu un homme de cœur ; la longue agonie au soleil, au vent aigre, à la vue de la foule qui, peu à peu, s’écoule parce que ça n’en finit pas. L’exclamation qui semble indiquer que, pour que tout soit accompli, le désespoir est un état par lequel il faut passer. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et, dans quelques heures, ces pauvres gens obtiendront pour leur mort l’aumône d’un tombeau et les factionnaires (on se méfie des rassemblements) dormiront près du mur comme naguère près du vivant angoissé les humbles compagnons fatigués.

Quoi encore ? Les heures, les jours, les semaines qui s’écoulent ensuite entre deuil et confiance, entre fantôme et Dieu, dans cette atmosphère crépusculaire où rien est tout à fait avéré, vérifié, probant, mais où passe le courant d’air de l’inexplicable, comme tel de ces pauvres rapports fait à des sociétés pour l’avancement des sciences psychiques, d’autant plus troublants qu’ils sont inconclusifs.

L’ancienne fille de joie venue au cimetière prier et pleurer, et croyant reconnaître celui qu’elle a perdu sous l’aspect du jardinier. (Quel plus beau nom donné à celui qui fait lever tant de semences dans l’âme humaine ?)

Et plus tard, quand l’émotion, comme disent les rapports de police, s’est un peu calmée, les deux fidèles marchant le long d’une route, rejoints par un sympathique voyageur qui consent à s’attabler avec eux à l’auberge et disparaît au moment où ils se disent que c’est Lui. L’une des plus belles histoires du monde s’achève par ces reflets d’une Présence, assez semblables à des nuages que colore encore le soleil passé sous l’horizon.

« Je me sentirais plus près de Jésus s’il avait été fusillé plutôt que crucifié », me disait un jour un jeune officier ayant fait la guerre de Corée. C’est pour lui et pour tous ceux qui ne parviennent pas à retrouver l’essentiel sous ce qu’on pourrait appeler les accessoires du passé, que je me suis risquée à écrire ce qui précède.

Musique pour ce jour

Jean-Sébastien Bach

Cantate BWV 31

Oratorio de Pâques (BWV 249).

Vendredi 10 avril

Aujourd’hui à Saint-André

Musique au jardin

De Jean-Sébastien Bach, la Cantate BWV 106, « Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit » dite Actus Tragicus,

et de Frederic Mompou, deux extraits de ses magnifiques Impropères (les Impropères font partie, dans la liturgie catholique latine, de l’Office de la Passion du Vendredi Saint).

Mompou. Los Improperios. I. Preludio

Mompou. Los Improperios. II. Popule meus

Vous pouvez retrouver les Impropères en intégralité ici : Frederic Mompou ; Les Impropères

 

Samedi 4 / Dimanche 5 avril

Comme promis, je vais vous donner ce week-end quelques nouvelles du grand parterre du jardin italien.

Vous le savez déjà (ou peut-être pas…) mais voilà un an déjà qu’a été prise la décision de tourner la page des rosiers. Je vous ai souvent parlé des problèmes liés à ces massifs de rosiers (des Rosa chinensis ‘Old Blush’) et des nombreuses difficultés auxquelles il fallait faire face : pauvreté extrême d’un sol très abimé, exposition problématique, inadaptation des rosiers aux conditions climatiques et pédologiques. Sans compter le fait que, au grand dam des visiteurs estivaux, les rosiers étaient réduits à leur plus simple expression à partir de la mi-juin et ne se refaisaient « une beauté » qu’en septembre, fleurissant à partir de novembre, pendant toute la période de fermeture des jardins au public !

Souvenons-nous… du temps des rosiers

En décembre 2018, une rencontre « au sommet » a réuni à Saint-André, autour de Gustave et Marie Viennet, des membres de la DRAC Occitanie, Jean-Michel Sainsard, expert Parcs et Jardins au Ministère de la Culture, rencontre centrée sur le devenir des rosiers et du grand parterre. A l’issu de cette réunion, nous avons eu le feu vert pour l’arrachage des rosiers et pour lancer une réflexion de fond sur le réaménagement de cet espace emblématique, d’une manière qui soit à la fois adaptée au site (tant d’un point de vue technique qu’esthétique) mais aussi aux nouvelles conditions climatiques, au caractère précieux de l’eau, etc. … Bref, une réflexion qui permette de penser l’adaptation du monument historique vivant qu’est un jardin à son époque et à ses défis.

Cette réflexion, qui doit aboutir à un projet pérenne, est toujours en cours et demandera du temps : il ne faut pas se tromper ! Le sujet est complexe car les paramètres problématiques sont nombreux : je l’ai déjà dit, pauvreté du sol, exposition difficile, alternant plein soleil (redoutable en été) et ombre compacte du rideau de cyprès planté au sud du parterre, sachant que cette exposition varie d’une saison à l’autre : des parties qui sont longtemps à l’ombre des cyprès au printemps passent brusquement au soleil alors que celui-ci est le plus brûlant. Un vrai casse-tête…

A cela s’ajoute (et c’est pour moi la difficulté majeure, tant d’un point de vue technique qu’esthétique) la très grande surface que représente ce parterre (un peu plus de 300 m2) : comment « habiter » intelligemment et efficacement une telle surface ? Les archives photographiques des jardins montrent que le problème s’est posé dès l’origine et n’a cessé de se poser jusqu’à aujourd’hui. Ces mêmes archives ont aussi confirmé que, depuis les premières années, les rosiers se sont trouvés en difficulté et ont été plusieurs fois remplacés suite à des vagues de mortalité. Roseline Bacou, qui trouve le grand parterre vide à son arrivée à Saint-André en 1950, décide de replanter des rosiers mais se retrouve rapidement confrontée aux mêmes difficultés. Un document des années 90 montre qu’elle prend conseil, auprès d’un paysagiste, pour savoir que planter parmi les rosiers qui puisse « masquer la misère » des Rosa chinensis déplumés en été…

En attendant que ce projet pérenne ait vu le jour, nous avons décidé, l’an dernier déjà, de procéder à un semis de prairie fleurie. L’expérience a été assez concluante, suffisamment pour que nous la reconduisions cette année (avec une variante dont je vous entretiendrai dans un prochain article… suspens !)

Last, but not least, Gustave Viennet, qui prend soin de moi, a décidé d’installer une ligne d’arrosage automatique, munie d’asperseurs, autour de chacune des quatre palmettes de ce grand éventail et ce afin de m’éviter la corvée d’un fastidieux arrosage au tuyau, pendant de longues heures ! Arrosage indispensable pour maintenir la prairie en vie pendant l’été… Mille mercis, Gustave, pour ce travail de romain !

Le parterre est donc fin prêt et je me prépare à semer, vraisemblablement mardi (car lundi Météo France nous annonce du vent…) A suivre !

La prairie fleurie à Saint-André, l’an dernier…

Musique du jour

Dimanche des Rameaux oblige, la Cantate BWV 182 « Himmelskönig, sei willkommen » (« Roi du Ciel, sois le bienvenu »), de Jean-Sébastien Bach, bien sûr.

 

Mercredi 25 mars 2020

L’aube de ce jour, depuis Saint-André

Deux minutes de l’aube de ce jour, avec la brume qui danse au-dessus du Rhône, les coqs qui chantent, les ânes qui braient… A regarder en plein écran et en tendant l’oreille…

Travaux du jour

Je vous en parlerai plus longuement ce week-end puisque je me suis attaqué au nettoyage du tout nouveau sentier botanique, ce qui me permettra de vous en donner quelques nouvelles !

Et la musique du jour…

En ce 25 mars, jour de l’Annonciation, c’est naturellement le « Magnificat » de J.-S. Bach (BWV 243) qui m’a accompagné au jardin.

Puisse cette musique vous donner toute l’énergie dont vous avez besoin en ce moment. Pour ma part, elle m’aide habituellement à résister au chaos…